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1er décembre à Namur : « S'ils passent en force, ce sera la rupture totale. Et là... »

auteur: 

Axel Bernard

Les trains étaient à l'arrêt depuis la veille, les bus des TEC sont restés au dépôt, la plupart des grandes surfaces commerciales sont restées fermées, les piquets de grève étaient devant toutes les administrations locales, provinciales et régionales… Ce lundi 1er décembre, Namur était en grève. Et cela se voyait !

« Nous estimons que ce gouvernement est celui des patrons, nous confie d'emblée Michel, délégué de la Centrale générale dans les carrières aux Dolomies de Marches-Les-Dames. La preuve ? Une des seules choses positives que ce gouvernement prévoyait, c’était de prolonger en cas de maladie la période de salaire garanti à charge des employeurs. Dès que les patrons ont levé le petit doigt pour protester, le gouvernement a retiré son projet. » Les travailleurs des Dolomites sont fâchés, et ça se voit : un quart de l’entreprise était présent dès 6 heures au piquet, malgré le froid, et un immense bulldozer bloque l’entrée de l'entreprise. Michel : « C'est essentiellement la réforme des fins des carrières qui choque. Nous faisons un métier qui est quand même pénible. Personnellement, j'aurais pu être prépensionné dans 6 ans. Mais j'ai calculé que je devrai sans doute attendre jusqu'à 4 ans en plus. Le gouvernement met un terme à toutes les possibilités d'aménager les fins de carrière. » Mais il y a aussi tout le reste : « On attaque notre pouvoir d'achat, la sécurité sociale. Les frais médicaux vont augmenter. En fait, il y a beaucoup de choses qui nous font grogner aujourd'hui. » La grogne, les travailleurs des Dolomites ont décidé de la manifester... tous les lundis du calendrier d’actions décrété par les syndicats. Ils étaient déjà en grève lundi dernier et ils le seront encore la semaine prochaine.

Un bus du Limbourg à Namur

Ils ne sont pas seuls à grogner. Aujourd’hui, Namur était en rouge et vert. A l’entrée du Colruyt, de Belgacom ou d’Electrabel, devant le dépôt des TEC, devant l’administration communale, devant une école... Aux grands zonings de la région, des piquets filtrants étaient organisés. Comme le dit Jean-Paul (CGSP) : « Ce gouvernement nous paupérise alors que, des sous, il y a moyen d'aller en chercher ailleurs. Dans d'autres endroits. On le voit bien avec les histoires du Luxembourg. »

Fait marquant : un car de syndicalistes du Limbourg est venu rendre visite aux grévistes namurois. Nous les avons rencontrés Place Saint-Aubain, lors du rassemblement organisé par le front commun des services publics. « Ce sont des affiliés de la Centrale générale du Limbourg, venus manifester leur solidarité comme nous l'avions fait en envoyant une grosse délégation namuroise lundi passé, nous explique Arnaud Lévêque, de la Centrale générale de la FGTB Namur. Ils nous ont aidé à bloquer le zoning de Rhisnes et nous sommes ensuite allés rendre visite aux travailleurs des Dolomites-Marches-Les-Dames, qui avaient également commencé des actions lundi passé en même temps que le Limbourg. Nous allons ensuite chez AGC Moustier. » Comment réagissent les Namurois quand ils voient débarquer les Limbourgeois ? La réponse de Arnaud Lévêque fuse : « Avec beaucoup de chaleur, évidemment ! Tout le monde est bien conscient que les intérêts des travailleurs du Nord ou du Sud du pays sont exactement les mêmes. On doit avoir le même langage, même mais si nos langues sont différentes. »

Le passage en force du gouvernement ?

Chaussée de Waterloo, un immense calicot couvre l’entrée du Home Béthanie. C'est la première grève des travailleurs de cette maison de repos, mais ils l'ont de toute évidence bien préparée. « En front commun, nous précise Dimitri, délégué CNE, car nous sommes tous collègues. On se soutient. » Il nous explique : « On veut nous faire travailler jusqu'à 67 ans ; ici, certains résidents ont 60 ans. On va être plus vieux que les personnes que nous devons soigner ! » Son collègue, Nicolas, délégué à la Centrale générale, confirme : « Comme dans tous les grands homes privés, nous sommes en manque d’effectifs. On vit dans une société où le profit passe au-dessus du bien-être du résident. Et maintenant, c’est notre sécurité sociale qui est mise sous pression. C’est vraiment la bataille de nos anciens qu'on remet en question... » Les voitures klaxonnent pour exprimer leur solidarité. Des voisins apportent à manger et à boire. Et les résidents descendent au compte-goutte pour soutenir les grévistes au piquet. Dimitri : « On a pris le temps d’aller tous les voir, de leur expliquer pourquoi on fait grève. Alors ils viennent nous dire bonjour au piquet et on s'est donné rendez-vous pour boire l’apéro à 11h30. » Cela témoigne bien de la largeur du mouvement.

Même son du côté de l’administration provinciale,  Place Saint-Aubain, au centre de Namur, où Jean-Paul, notre délégué CSGP, tient le piquet : « Le gouvernement ne se rend pas compte qu’il y a une lame de fond. Ce n’est pas le sommet syndical qui dicte les actions, ce sont les affiliés, les travailleurs, qui sont fâchés et qui nous demandent de faire des actions. Donc, cela ne s’arrêtera pas avant Noël. Et, s’ils passent en force, ce sera la rupture totale de confiance. Et là... »

« Ce sera au finish... »

Nous l'avons entendu ci et là : à Namur, c’était un premier coup de semonce. Le 15 décembre, la grève sera encore bien plus large. Les délégations promettent de remettre le couvert. Clément, délégué CSC dans l'enseignement, nous confie par exemple : « Aujourd’hui, 4 écoles fondamentales (maternelles et primaires) sont à l'arrêt à Namur. Nous avons ciblé ces quatre établissements pour lancer un premier message. Pour continuer à sensibiliser aussi, car certains ne nous croient toujours pas. Mais, quand on leur montre les textes en préparation, ils ouvrent grands les yeux. La grève sera plus grande le 15 décembre. » Beaucoup de grévistes que nous avons rencontrés ce 1er décembre nous le confirment. Ils préviennent aussi : « S'il y a passage en force du gouvernement, ce sera au finish. » Et ce point de vue, nous l’avons entendu dans de nombreux secteurs : aussi bien dans les carrières que dans l’administration ou le non-marchand...