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700 militants belges pour le climat à Varsovie :: « Rendez-nous notre futur ! »

Lors du sommet international sur le climat, 2 000 manifestants ont marché dans les rues de Varsovie. Parmi eux, plus de 700 Belges, qui ont fait entendre la voix de ceux qui subissent les premiers et le plus durement les conséquences du réchauffement climatique. Alors qu’ils ne sont pour rien dans ses causes.

Dans la capitale polonaise, il faisait un froid de canard. Du moins jusque dans l’après-midi du samedi 16 novembre, lorsqu’un train venu de Belgique et spécialement affrété par la plateforme Climat et Justice sociale s’est immobilisé en gare de Varsovie. En ont débarqué plus de 700 militants belges du climat dans un enthousiasme tout feu tout flamme, prêts à faire entendre leur voix jusqu’au stade de foot de Varsovie, où se déroulent les négociations internationales sur un nouvel accord climatique.

Le voyage en train ayant duré 20 heures, les militants ont eu du temps pour s’organiser, tenir des ateliers pratiques, mener des débats politiques et… improviser de petites fêtes. Le « Climate Express » comprenait aussi un bar et une cantine bio, un wagon « débats » et un magasin Oxfam. Comac, l’organisation de jeunes du PTB, et le mouvement de jeunesse JNM (Jeugdbond voor Natuur en Milieu) avaient chacun réservé un wagon du Climate Express, un projet un peu fou qu’ils avaient porté dès le début. Avec pas moins de 130 jeunes, Comac et le PTB formaient un groupe impressionnant à la manifestation pour le climat. Autres délégations importantes : celles d’Oxfam, de l’organisation de défense du climat UGent1010 de l’Université de Gand, des « Working Class Heroes » de la FGTB-jeunes, de l’ACV, de la CSC Transcom. Des journalistes de la RTBF, de De Wereld Morgen et du quotidien français Libération faisaient partie du voyage.

Top ou flop ?

Ce sont finalement quelque… 2 000 manifestants qui ont marché dans les rues de Varsovie : un nombre vraiment réduit, beaucoup de Belges s’attendant quand même à davantage de mobilisation. Les organisations environnementales locales ont expliqué à quel point il était difficile de sensibiliser les habitants au problème du climat, dans un pays dont l’énergie repose traditionnellement sur le charbon. Les Polonais sont nombreux à s’inquiéter pour l’avenir, alors que la crise économique sévit fortement et que le chômage atteint des sommets. En outre, plusieurs ONG environnementales internationales étaient absentes à la manifestation. Après l’échec du sommet de Copenhague, certains ont visiblement baissé les bras ou se sont repliés sur un travail de lobbying.

Beaucoup d’organisations veulent plutôt mobiliser massivement en 2015, pour le prochain sommet, à Paris, où un important accord climatique doit être signé. Or c’est en ce moment même que sont négociées les grandes lignes de cet accord. En outre, une manifestation pour le climat à Varsovie n’est-elle pas le meilleur départ pour une mobilisation de masse à Paris ?

On entend cependant çà et là rétorquer que ce n’est pas le moment de définir les grandes revendications, puisque la crise économique met les budgets des États sous pression et que les plans ambitieux pour le climat sont ainsi amenés à rejoindre le frigo. Telle n’est pas du tout la vision des militants de Climat et Justice sociale. Les multinationales et les entreprises pétrolières se sont empressées de mettre le grappin sur le sommet de Varsovie pour imposer leur propre agenda. Pour celles-ci, la priorité n’est ni les gens ni la planète, mais le profit.

Lors des négociations préparatoires, des multinationales pétrolières comme Shell en Total étaient tout simplement assises à la table en compagnie des ministres en charge des questions climatiques. Et, parallèlement au sommet climatique, se déroule également à Varsovie un sommet du charbon, où les entreprises d’énergie fossile chantent les louanges du charbon et du gaz de schiste. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne faille guère s’attendre à des résultats du sommet de Varsovie – un sommet officiellement sponsorisé par la compagnie aérienne Fly Emirates, le champion des émissions de CO2 Arcelor Mittal et les constructeurs automobiles BWM et General Motors… Voilà qui est significatif de l’offensive de lobbying menée par Big Industry pour saboter une politique climatique ambitieuse.

Une autre voix

À Varsovie, Climat et Justice sociale a voulu faire entendre une autre voix. La voix de ceux qui, alors qu’ils ne sont pour rien dans les causes de la crise du climat, en sont les premiers touchés, et le plus durement. La voix des pays du Sud, comme les Philippines, frappées de plein fouet par des super-tempêtes toujours plus fréquentes, une des conséquences du réchauffement climatique. La voix des travailleurs, qui doivent payer la facture des investissements pour l’énergie verte alors que les entreprises d’énergies fossiles et le secteur nucléaire empochent les bénéfices. « Time is up » (le temps est écoulé), entendait-on de toutes parts à la manifestation de Varsovie, tout comme « Act now » (agissez maintenant), « System change, not climate change », « Rendez-nous notre futur ! ».

Fil rouge de la manifestation et des discussions nombreuses et animées dans le ClimateExpress : le climat est bien trop important pour être laissé aux mécanismes du marché et aux multinationales. Nous devons nous-mêmes prendre le gouvernail en main et lutter d’en bas pour obtenir une politique climatique socialement juste qui réduise les émissions de CO2, maintienne le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré, et protège en même temps les intérêts des travailleurs et ceux des pays du Sud. Pour le PTB et Comac, si l’on veut une révolution écologique, il faut également une révolution sociale. Le PTB et son organisation de jeunes avaient également apporté un plan en cinq points à remettre aux négociateurs, plan qui comprend entre autres un secteur public pour l’énergie sans énergie nucléaire, le transport des marchandises par voies fluviale et ferroviaire, des transports publics gratuits et de qualité, et un accord climatique socialement juste.

La Belgique ? Busée !

La délégation de la Belgique au sommet de Varsovie a également suscité pas mal de discussions. Le gouvernement belge y est présent avec trois ministres et plaide pour des objectifs internationaux ambitieux, alors qu’il n’arrive même pas à réaliser ses propres objectifs environnementaux. Pour Greenpeace, la Belgique n’a pas de quoi pavoiser à Varsovie. Notre pays est un des plus mauvais élèves de la classe européenne. Le secrétaire d’État fédéral Melchior Wathelet (cdH) est gratifié d’un 5 sur 10 par l’organisation de défense de l’environnement, idem pour le ministre wallon Philippe Henry (Ecolo). La ministre flamande Joke Schauvliege (CD&V) écope, elle, carrément d’un 2 sur 10.

Alors que tous nos pays limitrophes ont libéré de l’argent pour un fonds pour le climat destiné à aider les victimes du réchauffement climatique dans le Sud, la Belgique arrive à Varsovie sans même un zloty. Plus encore : lors du sommet climatique précédent, notre pays avait promis de dégager 150 millions, mais même ce montant-là n’a pas encore été entièrement versé (seulement deux tiers). Encore un exemple : pour 2020, les émissions de CO2 en Europe doivent avoir diminué de 20 %. Mais, en 2013, la Belgique n’est est toujours qu’à 7,5 %, en vingt-cinq ans. Pour atteindre la limite en 2020, la Belgique doit augmenter très fortement ses efforts. En outre, la moitié de nos prestations CO2 est fausse. Le gouvernement fédéral et les Régions ont acheté ces dernières années pour 233 millions d’« air pur » à d’autres pays, au lieu de réduire ses émissions de CO2 chez nous.

Prochain objectif : Paris !

Bien peu auraient parié sur le succès d’une telle opération, mais Climat et Justice sociale y est quand même arrivé : affréter un train archi-complet avec 700 militants du climat afin d’aller manifester à Varsovie pour une politique du climat socialement juste. Lors du voyage du retour, dans les wagons, on planchait déjà avec enthousiasme sur l’étape suivante : entamer la mobilisation pour le grand sommet climatique de Paris, en décembre 2015. On ne manquera certainement pas d’ambassadeurs : les 700 militants sont revenus gonflés à bloc, inspirés par les nombreux échanges et discussions du Climate Express. Comac, JNM et d’autres organisations ont bien l’intention de poursuivre sur l’élan de Varsovie. Ce train-là est, aussi, déjà sur les rails.