Alain Mathot (PS, à gauche) et Damien Robert (PTB, à droite). (Photomontage Solidaire, Salim Hellalet)

Alain Mathot fait face aux critiques du PTB et démissionne de tous ses mandats Publifin

Lors du dernier conseil communal de Seraing, le bourgmestre Alain Mathot (PS) a annoncé sa démission de ses différents mandats dans Publipart et d’autres entités. Mandats qui lui permettaient de toucher… 265 000 euros bruts par an. Il faut dire que le PTB local n’a rien lâché. Retour sur un conseil animé.

« Avec le PTB en franc-tireur, Mathot ne passe jamais un conseil communal de tout repos. Damien Robert, chef de groupe du PTB, s’est clairement érigé en procureur ou président de la commission parlementaire. Que retenir du débat ? Une opacité digne de Publifin. Alain Mathot a noyé le poisson… » Voici comment la Dernière Heure de ce mercredi 15 février revient sur le conseil communal d’il y a deux jours.

Lors du conseil communal de ce lundi 13 février, le bourgmestre de Seraing a annoncé qu’il démissionnait de ses mandats dans Publipart. Le « scandale Publipart » secoue la Flandre depuis quelques jours. Publipart est un holding semi-public, filiale de l’intercommunale Publifin. Publipart investit de l’argent public dans des armes chimiques au phosphore blanc, entre autres financements douteux. Alain Mathot a aussi annoncé sa démission de l’ensemble des mandats qu’il détenait dans la galaxie Publifin : PubliLec (la maison mère de Publipart), Socofe, EDF Luminus et Newin.

Jusqu’ici, Alain Mathot gagnait 265 000 euros bruts par an, dépassant la limite légale imposée aux députés et mandataires politiques. Complètement indécent. D’autant plus que Seraing, comme beaucoup d’autres villes du pays, connaît une pauvreté grandissante.

Ses démissions, un premier pas vers plus d’éthique ? Pas si sûr... Car beaucoup de questions posées par le PTB sont restées sans réponses lors du dernier conseil communal.

Se servir en serrant la ceinture des citoyens ?

Juste après un débat sur les conséquences d’une diminution des subsides du CPAS, Damien Robert lui a posé la question : « Comment pouvez-vous justifier un tel pillage d’argent public pour votre profit personnel alors que partout on demande aux gens de se serrer la ceinture ? » Réponse ? Pas vraiment. Il a seulement répondu qu’avec ses mandats dans ces intercommunales de l’électricité, il gagnait 2 600 euros nets en plus par mois comme administrateur...

Investir dans les armes ?

À la question : « Comment pouvez-vous investir l’argent du contribuable et de nos intercommunales dans des entreprises qui bafouent les droits humains, qui pratiquent le travail des enfants, qui sont accusées d’esclavagisme et qui fabriquent des armes chimiques ? », la réponse était ... détonante. « On ne savait pas. Ce sont les banquiers qui ont géré l’argent de Publipart. Quand on investit dans un fonds, on ne sait jamais dans quelle entreprise ça va. » Damien Robert lui a répondu : « Votre façon de gérer notre argent est irresponsable. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de contrôle sur ce que font les banquiers. Premièrement, vous avez fait le choix d’investir l’argent public dans des fonds d’investissement et c’est irresponsable. Mais, en plus, il est évident que lorsque vous allez trouver votre banquier pour investir dans des fonds, vous pouvez choisir et suivre les entreprises qui s’y trouvent. » Alain Mathot a ensuite répondu que son fils avait 1 000 euros dans des fonds d’investissement et que ça ne l’empêchait pas de dormir... Mais ça, c’est le problème d’Alain Mathot junior, l’argent de son fils n’étant pas celui des Serésiens, selon le PTB.

Qui sont les intérimaires de PubliLec ?

Troisième question du chef de groupe PTB : « Dans PubliLec, il y a 1,9 équivalent temps plein qui sont engagés. La presse a révélé que l’intercommunale engageait en plus 4 intérimaires qui étaient grassement payés vu qu’ils recevaient chacun mensuellement 8 500 euros bruts par mois. Qui sont ces gens et pourquoi reçoivent-ils cette somme ? » Dans un premier temps, il a répondu qu’il ne savait pas. Damien Robert s’est ensuite tourné vers le président de Publilec, qui n’est autre que l’échevin des sports Eric Vanbrabant (PS), qui s’est tu dans toutes les langues. Alain Mathot lui a alors lancé : « Ca doit être des consultants comme Mc Kinsey. La somme totale est de 1 700 000 euros, ce n’est pas si élevé pour ce genre de consultants. Il faut bien qu’on consulte des spécialistes. » Non satisfait de cette explication, Damien Robert a rebondi : « A mon avis, ce n’est pas vrai. Car chaque année, on retrouve le même schéma dans les comptes. Quatre personnes reçoivent la même somme. Ce n’est donc pas une mission d’experts que l’on commande comme ça, d’un coup. C’est un salaire récurrent, qui tombe tous les mois. Qui sont ces gens ? » « Votre question est trop précise, on ne sait pas répondre », s’est défendu le bourgmestre au PTB. Vu que le président de cette société, Eric Vanbrabant, se trouvait juste devant lui, Damien Robert l’a de nouveau interpellé : « Qui sont ces gens ? Vous êtes le président, ce sont quasiment les seules personnes que vous avez engagé dans cette intercommunale depuis des années, vous devez être au courant... » Silence. Puis un lacunaire « vous n’aviez qu’à poser la question par écrit »…

Obligés de libéraliser ?

Enfin, le bourgmestre a longtemps expliqué que la libéralisation avait transformé les intercommunales et qu’il fallait bien que les pouvoirs publics s’allient au privé pour faire face. Encore une fois, une explication trop courte pour le PTB qui a rétorqué qu’il était trop facile de remettre la faute sur la libéralisation car eux-mêmes l’avaient voté à la Région wallonne. Sur les bancs du PS, on s’est indigné en rappelant que c’était un Ecolo qui avait rédigé le décret sur la libéralisation de l’énergie. Réponse simple du chef de groupe PTB : « C’est vrai, mais vous l’avez voté aussi. » « On était obligé », a tenté de se justifier le conseiller communal et député wallon PS Alain Onkelinx. « Non, vous n’étiez pas obligés, a répondu Damien Robert. Vous avez simplement accepté cette menace et vous avez fait comme les autres. Vous avez accepté la corde qu’on vous a mise autour du cou. C’est la différence entre vous et nous : nous, nous ne l’accepterons jamais car en agissant comme ça, vous poussez nos intercommunales à devenir des requins pour éviter de se faire manger par les autres requins. La libéralisation, partout où elle est passée, a amené son lot de désastres : des prix plus élevés, une qualité de service diminuée et une privatisation des services. Vous en êtes responsables. »

Le débat n’est pas clôt. Beaucoup (trop) de questions restent en suspens...