Photo Paul Weaver / Flickr

Au pays de Trump, la colère des enseignants secoue tous les États

auteur: 

Tino Delabie

Aux USA, les profs n'en peuvent plus, et ils le font entendre. En Oklahoma, par exemple : « Après plus de 10 ans d'économies et de négligence des autorités, nos élèves sont dans des classes surpeuplées, au mobilier insuffisant, avec de vieux livres scolaires qui tombent en morceaux, dans une école qui n'est ouverte que 4 jours par semaines, avec des enseignants qui sont obligés de vendre leur plasma sanguin, d'avoir un deuxième boulot ou de recourir aux banques alimentaires pour nourrir leur famille. »

La citation ci-dessus provient de l'Oklahoma Education Association, la plus grande organisation d'enseignants de cet État. La colère des profs suite aux économies effectuées depuis de longues années dans l'enseignement ainsi qu'aux restrictions salariales a fait des  enseignants une importante force politique, qui peut jouer un rôle dans les élections intermédiaires en novembre in États en districts.1

Take me home, country road

Dans l'État de Virginie-Occidentale, les salaires des enseignants sont parmi les plus bas des États-Unis. De nombreux profs gagnent moins de 15 dollars par heure. Dans cet État, où les Républicains sont au pouvoir, les enseignants n'avaient plus fait grève depuis 1990 ; plus encore : en 2016, des lois ont été instaurées pour museler les syndicats et limiter les grèves. Et Trump y a remporté une victoire écrasante. Et pourtant...

Pourtant, cet État possède une tradition de lutte ouvrière. Et c'est aussi là que les enseignants ont allumé la mèche de la révolte. Le gouvernement républicain voulait faire payer par les enseignants une cotisation plus chère pour leur assurance-maladie et rogner leurs droits de pension. De plus, Trump a nommé la très réactionnaire Betsy De Vos au poste de ministre de l'Enseignement. En colère, les jeunes enseignants ont commencé à faire connaître leurs griefs et leurs aspirations via les réseaux sociaux. Par ailleurs, élèves et étudiants ayant lancé la lutte contre les armes suite à la énième fusillade meurtrière dans une école, les enseignants ont aussi rejoint ce combat et ont réussi à  sensibiliser des milliers de collègues dans l'État.

Fin février, tout cela a débouché sur une grève. 33 000 enseignants de Virginie-Occidentale sont descendus dans la rue pour exiger une augmentation de salaire, une meilleure assurance-maladie et la suppression du plan de diminution des pensions. Les réseaux sociaux leur ont donné une grande visibilité et le soutien du public a suivi. Après 9 jours de grève, deux syndicats ont négocié une augmentation de salaire de 5% et d'autres améliorations. Dans leur sillage, les autres syndicats d'agents publics ont eux aussi décroché une augmentation salariale.

Ces événements ont essaimé dans d'autres parties des États-Unis, où les profs sont aussi passés à l'action.

Comme une traînée de poudre

À Pittsburgh, Pennsylvanie, il a suffi que le syndicat des enseignants menace d'une grève pour que, endéans deux jours, toutes ses revendications soient acceptées. 

À Frankfort, Kentucky, plusieurs centaines de profs ont participé à une marche de protestation, et les sénateurs républicains ont promptement annoncé qu'ils ajournaient leur proposition de loi de diminution des pensions.

En Arizona, un appel à l'action lancé sur Facebook a récolté quelques jours 2 000 témoignages de soutien de la part d'enseignants. Lors d'un tout récent meeting d'enseignant à Phoenix, la capitale de cet État, il a été décidé de passer à l'action pour exiger une augmentation de salaire de 20% et plus de moyens pour les écoles.

D'après le journal britannique The Guardian qui suit les grèves de près, les enseignants en Arizona, dans le New Jersey, en Pennsylvanie et dans d'autres États se préparent eux aussi à l'action. Le journal souligne que « ces grèves sont uniques parce que, pour la plupart, elles ne sont pas faites à l'appel des dirigeants syndicaux, mais par de simples membres qui activent les réseaux sociaux et leurs réseaux personnels pour organiser les enseignants à l'échelle d'un État entier et désormais de tout le pays ».2

L'enseignement dans un État pétrolier

Et puis, il y a l'Oklahoma. L'Oklahoma est l'État où les impôts sur les bénéfices de l'extraction du pétrole et du gaz sont les plus bas. En même temps, les salaires annuels des enseignants sont de 13 000 dollars sous la moyenne américaine.

Une page Facebook créée par un enseignant et appelant à la grève a rapidement fait 60 000 membres. Le 2 avril, quelque 30 000 enseignants se sont rassemblées en un meeting bruyant devant le Parlement d'Oklahoma. Ils exigent une augmentation de salaire de 10 000 dollars, davantage de financement des écoles et une augmentation pour les chauffeurs de bus et autre personnel auxiliaire des écoles.

Dans plus de 100 districts scolaires, les enseignants ont arrêté le travail pour faire valoir leurs revendications. « Après plus de 10 ans d'économies et de négligence des autorités, nos élèves sont dans des classes surpeuplées, au mobilier insuffisant, avec de vieux livres scolaires qui tombent en morceaux, dans une école qui n'est ouverte que 4 jours par semaines, avec des enseignants qui sont obligés de vendre leur plasma sanguin, d'avoir un deuxième boulot ou de recourir aux banques alimentaires pour nourrir leur famille », déclare la Oklahoma Education Association dans The Guardian du 2 avril.

Le résultat ? Pour la première fois en 28 ans, les impôt sur les bénéfices de l'extraction du pétrole et du gaz vont augmenter pour refinancer l'enseignement.

1. The New York Times https://www.nytimes.com/2018/04/02/us/teacher-strikes-oklahoma-kentucky.html
2. The Guardian, https://www.theguardian.com/us-news/2018/apr/02/teachers-wildcat-strikes-oklahoma-kentucky-west-virginia

 

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