Photo Dr Case, Flickr

Avant-hier : Hiroshima-Nagasaki. Et aujourd’hui ?

auteur: 

Jean Pestieau

Avec la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945, la Seconde Guerre mondiale touchait à sa fin. Mais il fallait encore défaire le Japon militariste. Celui-ci était exsangue. Les Etats-Unis ont choisi la méthode forte. Très forte…

Le Président des États-Unis, Harry Truman, décide fin juillet 1945 d’en finir avec la guerre de manière radicale en utilisant l’arme nucléaire nouvellement mise au point, qui reste jusqu’à présent la plus terrible des armes de destruction massive. 

Dans son Journal, Truman note ainsi, le 25 juillet 1945:

« Nous avons découvert la bombe la plus terrible de l’histoire […]. Nous l’utiliserons contre le Japon d’ici le 10 août. C’est certainement une bonne chose pour le monde que la bande de Hitler ou celle de Staline n’aient pas mis au point cette bombe atomique. Il semble que ce soit l’invention la plus terrible qui ait jamais été faite, mais cela peut aussi être la plus utile. »1

Les interceptions américaines des télégrammes codés entre les autorités japonaises et leurs diplomates avaient permis de connaître un fait essentiel : le pouvoir nippon acceptait de transiger. Déchiffré le 31 juillet par le renseignement américain, un message du ministère des Affaires étrangères japonais daté du 26 juillet, assurait ainsi que « Tokyo étudie l’ultimatum allié ». D’autre part, à la demande expresse de Washington, Staline s’était engagé, début 1945, à déclarer la guerre au Japon, trois mois après la capitulation allemande, soit le 8 août. Or l’entrée en guerre de l’URSS était extrêmement redoutée par les autorités japonaises. Cela n’intéressait plus Truman dès lors qu’il apprenait le test réussi de l’arme nucléaire effectué le 16 juillet 1945.2

Le 6 août 1945, un bombardier étasunien largue une bombe nucléaire à uranium-235 sur la ville d’Hiroshima. La première bombe atomique de l’histoire avait une puissance équivalente à 15 kilotonnes de TNT (soit 15 000 grosses bombes conventionnelles). On estime à 140 000 le nombre de morts. Le 8 août, comme convenu, l’URSS déclare la guerre au Japon. Le 9 août, une bombe nucléaire américaine au plutonium est larguée sur la ville portuaire de Nagaski. Elle a une puissance équivalente à 22 kilotonnes de TNT et tue 75 000 personnes. Le 15 août, l'empereur Hirohito enregistre une allocution et la fait radiodiffuser dans tout l'Empire japonais. Dans ce discours, il annonce la reddition du Japon aux Alliés (États-Unis, Union soviétique, Chine, Royaume-Uni).

Pourquoi de tels crimes contre l’humanité ont été commis ? Le témoignage du physicien nucléaire Joseph Roblat - qui reçut le Prix Nobel de la Paix en 1995 - est éclairant.3 Celui-ci participait à la mise au point de la première bombe nucléaire à Los Alamos (États-Unis). En mars 1944, à l’occasion d’un dîner, J. Rotblat fut offusqué par une déclaration du général Leslie Groves (responsable militaire du Projet Manhattan de développement des premières bombes atomiques à Los Alamos) : celui-ci affirmait que le but réel de la bombe était de soumettre les Soviétiques. À cette époque, les Soviétiques étaient les alliés des Américains et ils consentaient d’énormes sacrifices en vue de vaincre l’ennemi commun. Un peu plus tard, au cours de cette même année 1944, il devint évident, pour reprendre les paroles de Rotblat, que « la guerre en Europe serait terminée avant que soit mené à bien le projet de la bombe », ce qui rendait « inutile sa propre participation au projet ».  Une fois l’Allemagne vaincue, Rotblat estima que poursuivre le projet de bombe eût été immoral et, de ce fait, il ne prolongea pas sa collaboration. En cela, il fut le seul parmi les nombreux scientifiques qui travaillaient au projet de la bombe.

Quand, en 1951, le général en chef de l’armée américaine Douglas MacArthur, dans la guerre de Corée (1950 – 1953), menaça de bombarder nucléairement la Chine, Harry Truman, président des États-Unis le démit de ses fonctions. La donne avait changé. L’Union soviétique possédait l’arme nucléaire depuis 1949…  Une guerre nucléaire était évitée. C’était le début de l’équilibre de la terreur dans lequel nous vivons toujours.

A Hiroshima et Nagasaki, deux crimes contre l’humanité ont été commis non pas pour terminer la Seconde Guerre mondiale, la guerre la plus atroce jamais connue par le genre humain mais d'abord et avant tout pour montrer aux Soviétiques la supériorité militaire des États-Unis.

Aujourd'hui, avec un budget militaire 10 fois plus petit que celui des USA (et même, depuis 2015, plus petit que celui de l'Arabie saoudite !), la Russie – sur base de l’armement nucléaire de l’URSS – est le seul pays au monde capable, dans une guerre globale, de contrer nucléairement les USA. La Chine vient bien loin derrière. C’est la raison principale de l'agressivité des USA et de l'OTAN contre la Russie.

Aujourd'hui, les deux menaces principales pour l'humanité sont les armes nucléaires et la destruction de l'environnement accompagnant le réchauffement climatique. Le démantèlement des armes de destruction massive, en commençant par celles des premiers fauteurs de guerre, les Etats-Unis et l’OTAN, est urgent. Le président Obama a annoncé un plan pluriannuel de modernisation des armes nucléaires de l’ordre de mille milliards de dollars. La production des chasseurs-bombardiers F-35 – capables de transporter des armes nucléaires particulièrement performantes – pour les armées de l’OTAN aura un coût de plus de mille milliards de dollars.  De telles sommes doivent être réorientées vers la protection de l’humanité et de la nature et non vers leur destruction. C’est une question de survie.

1. Les Américains auraient-ils pu épargner Hiroshima et Nagasaki ?, Nouvel Obs, 27 mai 2016 • 2. voir par exemple, Pierre Piérat et Wies Jespers, « D’Hiroshima à Sarajevo », EPO, 1995 • 3. Joseph Roblat, « Leaving the bomb project », 1995. Voir également : http://cerncourier.com/cws/article/cern/29496/9 , http://www.investigaction.net/034-Hiroshima-c-039-etait-contre/

 

 

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Commentaires

tout ce que vous dites est vrai, mais il faut ajouter pour etre complet que la capitulation du japon n'est pas due uniquement aux bombes atomiques, mais aussi du fait de l'entrée en guerre de l'urss en mandchourie, ou ils font faire plus de 900000 prisonniers nippons et enlevant ainsi toutes véléités de resistance au japonais, je vous conseille de lire le livre de jacques sapir sur la guerre en manchourie