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Avertissement pour le fédéral : la résistance à l’austérité démarre en Flandre

auteur: 

Axel Bernard

Selon les calculs du service d’études du PTB, les différentes coupes budgétaires du gouvernement flamand coûteront plus de 3 000 euros par an pour une famille avec trois enfants.

Le programme du gouvernement fédéral de droite se précise : des cadeaux pour les multinationales et les actionnaires, l’austérité pour tous les autres. C’est la même logique pour le gouvernement régional flamand. Mais, là, un large front d’opposition est en germe. Coup de projecteur sur les mesures et les résistances en Flandre qui seront déterminantes pour faire face aux mesures envisagées au Fédéral.

C’est le débat qui anime tout le Nord du pays : la Région flamande s’est lancée dans un plan d’économies de 8 milliards d’euros sur cinq ans. Les principales victimes sont toutes désignées : les services publics (la télévision publique flamande VRT, les transports publics De Lijn…), l’enseignement (une coupe de 736 398 euros est prévue), le secteur socioculturel (qui perdrait 1 214 013 euros de subsides en 5 ans). Mais aussi les ménages. Selon les calculs du service d’études du PTB, les différentes coupes budgétaires du gouvernement flamand coûteront plus de 3 000 euros par an pour une famille avec trois enfants (voir notre infographie). Le gouvernement flamand envisage par exemple d’augmenter le minerval dans l’enseignement supérieur de quelque 200 euros par an.

Notons que le cocktail d’austérité imposé au Nord est très savamment pensé car si les travailleurs, les familles, les jeunes, les pauvres, l’enseignement, le secteur culturel et les services publics vont trinquer, c’est tout au profit du monde des entreprises qui se verront attribuer de nouveaux cadeaux régionaux à hauteur de 500 millions d’euros. Michel Delbaere, le président du Voka, l’organisation patronale flamande a donc attribué à l’accord gouvernemental flamand « une note de 17 sur 20, en attendant que les paroles se transforment en actes ».

Les mêmes recettes au fédéral ?

Les mesures décidées au niveau du gouvernement flamand sont à suivre attentivement. Car, de toute évidence, ce sont les mêmes recettes qui seront appliquées au fédéral. On nous annonce 17 milliards d’austérité pour le fédéral. Il y aura de nouvelles coupes dans le budget des services publics, de la sécurité sociale ou des soins de santé, pour faire accepter de nouvelles privatisations ou pour imposer de nouvelles réformes « structurelles ». On évoque des réformes des fins de carrière (travailler d’une manière ou d’une autre plus longtemps), du marché du travail (plus de flexibilité), des salaires (le blocage des salaires et le traficotage de l’index), du chômage (une dégressivité accrue et le travail forcé des chômeurs). Et à ce niveau de pouvoir aussi, le cocktail d’austérité sera savamment orienté. Si on asphyxie la population d’un côté, c’est pour mieux accorder de l’autre côté de beaux cadeaux aux multinationales et aux actionnaires. Une des premières mesures sur lesquelles MR, N-VA, CD&V et Open-Vld se seraient d’ailleurs mis d’accord est la baisse de 33 à 25 % des cotisations sociales patronales. « Un premier beau cadeau au monde de l’entreprise », titre L’Echo. Avec un coût, 2 milliards d’euros, et un terrible manque à gagner pour la sécurité sociale.

Une thérapie du choc dictée par les cercles patronaux

« Ce n’est pas une question de droite ou de gauche. C’est une question d’efficacité. La Belgique doit entreprendre des réformes structurelles en matière de pension, de compétitivité, d’énergie, du coût de l’État. On a une opportunité aujourd’hui. On peut gouverner pendant cinq ans sans échéance électorale. On peut donc très bien planifier les réformes pour qu’elles se mettent en place progressivement », déclare Pieter Timmermans, l’administrateur de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) dans L’Echo du 16 août. Il insiste : « L’opportunité est réelle de mettre en place un choc de compétitivité. » Un choc permettant de doper les bénéfices des entreprises et les dividendes aux actionnaires. Un choc instaurant l’austérité pour la population où « tout le monde devra trinquer d’une façon ou d’une autre » pour reprendre les mots de Vincent Reuter, l’administrateur-délégué de l’Union Wallonne des Entreprises (UWE). Une thérapie du choc que tous les gouvernements du pays sont chargés de mettre en œuvre, au Nord comme au Sud du pays. « On peut beaucoup s’amuser avec un dictionnaire et aller voir la différence entre austérité et rigueur. Cela ne change strictement rien aux chiffres. Il y a 17 milliards d’euros à trouver », précise le patron des patrons wallons.

S’inspirer de la résistance qui commence en Flandre

Si la traduction de cet agenda patronal a commencé au Nord avec le plan Bourgeois Ier, la résistance aussi. Les réactions sont en effet vives en Flandre. À la VRT, la télévision publique flamande, la CGSP annonce « il n’y a plus rien à économiser ici » après les restrictions budgétaires des années précédentes. Même son de cloche à De Lijn. La colère a également gagné le secteur culturel. Des dizaines d’artistes étaient à l’entrée du Parlement flamand le 14 août pour accueillir le gouvernement Bourgeois Ier, sommé de venir devant les parlementaires. Une pétition vient d’être lancée contre l’augmentation du minerval dans l’enseignement supérieur. En quelques jours, elle a réuni plus de 13 000 signatures (à signer en ligne ici). « N’épargnez pas sur notre futur. Un enseignement de qualité pour tous », clament les signataires. Ces derniers jours, syndicalistes, artistes, acteurs associatifs et étudiants, ont tour à tour déclaré qu’ils  n’acceptent pas les coupes budgétaires prévues (lire un aperçu global des réactions ici).

En Flandre, une résistance s’organise à partir d’en bas avec un agenda d’actions pour le mois de septembre. L’ampleur que prendra la résistance au Nord du pays sera particulièrement déterminante sur celle qui devra s’organiser pour faire face aux mesures que prendront les autres niveaux de pouvoir (les gouvernements fédéral, wallon et bruxellois). Plus la résistance sera forte sur ce premier front, plus il sera difficile de mettre en œuvre les plans d’austérité des autres gouvernements.

 

Une culture du Nord tellement différente du Sud ?

En réaction à l’austérité annoncée au fédéral, certains veulent communautariser le débat. André Flahaut (PS) déclare dans L’Echo du 9 août 2014 : « Les mesures qui seront prises [au fédéral] sont inspirées d’une culture du Nord qui est différente de la culture du Sud. » Le socialiste est pourtant le nouveau ministre du Budget de la Communauté française. Celui-là même qui annonce qu’il faut « trouver 140 millions » dès cette année et dans les années à venir, que « nous nous trouvons devant une situation qui imposera des efforts » tout en refusant d’aller « plus loin dans les détails au niveau des mesures à prendre ». Avec le budget étriqué de la Communauté française, on sait déjà que l’enseignement trinquera. « Je ne suis pas certain qu’on arrivera à garantir les multiples tranches pour les bâtiments scolaires », annonce Flahaut. « Les investissements dans les universités et l’enseignement supérieur vont impacter notre comptabilité », rajoute-t-il. Mais ce sont surtout les enseignants qui seront probablement visés par les mesures d’économies vu que l’essentiel du budget de la Communauté française est alloué aux salaires, en particulier à ceux des enseignants.
En Région wallonne, on évoque une cure d’austérité d’une ampleur similaire à celle menée en Flandre. La cure serait répartie dans le temps. On compte sur le report d’investissements et on s’autorisera peut-être même un certain déficit mais Paul Magnette, ministre-président du gouvernement wallon, annonce dès à présent la réalisation des coupes budgétaires à hauteur de 1,1 milliard d’euros (sur un budget de 13,5 milliards) dès 2015. Avec déjà une première mesure forte avancée : le non-remplacement de quatre fonctionnaires sur cinq les deux prochaines années. D’ailleurs, de la même manière que les patrons flamands se sont réjouis de l’accord du gouvernement flamand, l’administrateur-délégué de l’UWE félicite la Wallonie : « Une des bonnes choses à dire dans ce qui est prévu du côté wallon (avec beaucoup d’incertitudes sur les chiffres), c’est qu’on a décidé d’empoigner le problème tout de suite et de ne pas l’étaler sur toute la législature. » (Matin Première, 13 août 2014).

 

 

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Commentaires

J'espère que les gens seront assez malins et iront aux manifestations, conseils communaux pour autant qu'ils le peuvent pour montrer à nos ministres (ou plutôt ceux des banques et multinationales) que la résistance est là. Si il y a 2 pelés et 3 tondus qui rouspètent et se déplacent ces plans aussi austères soient-ils passeront comme une lettre à la poste !