Photo Solidaire, Salim Hellalet

Axa, Caterpillar, IBM… : l’emploi des uns, les dividendes des autres

David Pestieau

Caterpillar, Axa, IBM, ... Les annonces de fermetures, de licenciements massifs s’accumulent ces derniers jours. La prétendue politique de « jobs, jobs, jobs » du gouvernement s'avère totalement inefficace face à des actionnaires avides de dividendes. Un changement de cap s'impose.

« Le gouvernement est presqu’à la moitié de la législature. C’est comme au football : peu importe comment vous jouez en première mi-temps, le match est gagné à la deuxième mi-temps. Beaucoup a été fait, mais le plus dur est encore à venir. » Ainsi commençait, ce 30 août, la lettre ouverte du Voka, organisation patronale flamande, dont Bart De Wever a dit un jour qu’elle était son patron.

Deux jours plus tard, la deuxième mi-temps commençait : l’annonce de la fermeture de Caterpillar (6 000 familles menacées d’être à la rue), puis la restructuration chez l’assureur Axa (650 personnes) qui annonce d’autres licenciements dans le secteur financier et bancaire. 

La politique réelle du gouvernement : « dividendes, dividendes, dividendes »

Les discours « jobs, jobs, jobs » du gouvernement Michel s’est écrasé sur le mur de la réalité, celui de la course implacable aux dividendes qui dictent la loi dans les conseils d’administrations des multinationales. Caterpillar a fermé Gosselies pour garantir une 22e année de hausse des dividendes à ces actionnaires comme Bill Gates. Axa a licencié 18 % de son personnel en Belgique pendant qu’il augmentait ses dividendes de 18 %. « Le plus dur reste à venir », voilà l’avenir que nous offre des méga-groupes avides de dividendes.

Et tous les discours durs contre Caterpillar de ces derniers jours de Charles Michel et consorts servent surtout à cacher la faillite des politiques actuelles.  

Car si Caterpillar ne vend plus ses engins, c’est que l’économie européenne stagne depuis l’éclatement de la crise de 2008, que les politiques d’austérité minent la consommation des ménages et que la course aux dividendes à tout prix étouffe le développement de la société, en spéculant.

Et, surtout, Caterpillar s’inscrit à la suite de la fermeture d’Opel-Anvers, de Ford-Genk, d’ArcelorMittal-Liège, autant d’entreprises structurantes. On l’a vu ailleurs en Europe.

Mais ce n’est pas seulement les travailleurs de l’industrie qui encaissent. Dans le secteur bancaire et des assurances aussi les nuages s’assombrissent. Et Axa est la première d’une série, selon les experts. Les CEO de BNP-Paribas, comme ING, KBC et d’autres, se plaignent des bas taux d’intérêts pour en réalité annoncer des coupes futures et l’augmentation des tarifs pour les clients. Toujours pour garantir leurs dividendes.

Là aussi, les politiques européennes sont en cause. Car si l’austérité étouffe la consommation, les tentatives de la Banque centrale européenne de fournir de l’argent gratuitement au secteur financier pour relancer l’économie ont échoué, sauf pour encore développer la spéculation. On ne peut pas serrer les gens à la gorge d’un côté, injecter de l’oxygène de l’autre côté et espérer que cela marche. C’est un cercle vicieux : le pouvoir d’achat est bloqué, il n’y a pas d’investissement, les États sont endettés et les grands groupes sont assis sur des centaines de milliards qu’ils n’investissent pas car... il n’y a pas de pouvoir d’achat.

Pas étonnant que les assurances qui misent sur le long terme, les assurances vies, les obligations d’État, les contrats de longue durée, n’ont plus autant de marges. Et comme les actionnaires veulent maintenir leur profit, ils font trinquer les travailleurs et les consommateurs.

Le changement de cap pour nos emplois commence le 29 septembre

C’est toute cette politique qui doit être remise en cause si on ne veut pas que « le plus dur reste à venir ». Et pourtant le gouvernement continue sur cette voie sans issue.

L’emploi trinque mais alors que les travailleurs belges sont déjà parmi les plus productifs et plus flexibles d’Europe, le gouvernement et son ministre de l’Emploi Kris Peeters veulent nous faire travailler jusqu’à des semaines de 50 heures et des journées de 11 heures. 50 heures, 11 heures. 

Avec les heures sup’ que le ministre veut autoriser, c’est jusqu’à l’équivalent de 200 000 emplois qui sont en jeu. Car chaque heure sup’ qui se fait, c’est une heure en moins qu’un sans emploi ne peut avoir. 

La consommation stagne mais Peeters a déposé une loi qui bloquerait nos salaires jusqu’en 2020, un blocage de quasiment dix ans. Pour le Voka, on doit encore rattraper 10 % d’écart par rapport à nos voisins. Or les prix ne cessent d’augmenter beaucoup plus vite que chez nos voisins : 41 % pour les prix de l’électricité à cause des hausses de taxes.

Les prix montent à cause de la hausse de la TVA sur l’électricité, de la « Turteltaxe » et d’autres taxes lors de la première mi-temps. Et les cadeaux fiscaux comme les intérêts notionnels n’empêchent pas les multinationales de partir. Au contraire. Pourtant le gouvernement promet une baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés qui passerait de 34 à 20 %. Une baisse qui devrait être compensé pour le Voka par... une hausse de la TVA, voire, pour notre ministre Johan Van Overveldt et la libérale Gwendolyn Rutten, par un nouveau trou au budget. Qu’on nous demandera au prochain contrôle budgétaire de compenser.

Au lieu de continuer à vider les caisses de l’État en donnant des cadeaux fiscaux à des multinationales, il est temps de réinvestir dans la société. Pour la transition écologique, pour la construction de logements sociaux. Pour les maisons de repos et l’accueil des jeunes. Pour créer réellement de l’emploi. Pour protéger le pouvoir d’achat et les horaires de travail.

Il y a là aussi une urgence à ce que la résistance retrouve le chemin qu’elle avait pris au début de la première mi-temps, à l’automne 2014. Face à l’avidité des multinationales droguées aux dividendes et face à l’austérité de notre gouvernement, l’unité est primordiale malgré les difficultés et les différences qui peuvent parfois nous séparer.

Car le gouvernement essaie de nous diviser à tout prix. Entre Wallons contre Flamands, entre fonctionnaires contre travailleurs du privé, usagers contre syndicats. Il a même profité de la vague d’attentats pour détourner l’attention de nos problèmes communs et pour développer la méfiance entre personnes des différentes communautés de notre pays.

« Nous avons besoin de construire une réponse globale » disait déjà Peter Mertens, président du PTB en juin dernier. « Une réponse pour tous les secteurs, privé et public, une réponse dans laquelle Wallons, Bruxellois et Flamands luttent ensemble et ne sont pas montés les uns contre les autres, une réponse dans laquelle le syndicat rouge et le syndicat vert travaillent ensemble, et une réponse dans laquelle l’associatif collabore avec les syndicats. »

Cette réponse peut maintenant se construire dans la mobilisation pour la grande manifestation à Bruxelles le 29 septembre. Avec les syndicats et avec le monde associatif (mutuelles, mouvements de jeunesse, associations sportives…). Pour dire au gouvernement : « Après deux ans, ça suffit, au lieu de chouchouter les multinationales, les banques et les millionnaires avec vos tax-shifts, protégez l’emploi, les salaires et les heures de travail ! »

De l'oxygène pour les travailleurs

La réponse peut se construire dans la solidarité avec les combats pour l’emploi de ceux de Caterpillar, d’Axa et des autres. Une grande manifestation syndicale pour l'emploi aura lieu à Charleroi ce 16 septembre.

Ce sera un début pour commencer à récupérer l’oxygène dont a besoin de notre pays, l’oxygène dont ont besoin les producteurs de richesse matérielle, culturelle, pédagogique de ce pays : les travailleurs, les artistes, les scientifiques, les acteurs du monde associatif de ce pays. 

Ce sera une réponse pour répondre aux choix qu’on nous présente : Allons-nous protéger l’emploi ou encore donner des cadeaux à fonds perdus pour des multinationales ? Allons-nous bloquer nos salaires ou retrouver la liberté de négocier de les augmenter ? Allons-nous allonger nos horaires ou garder du temps pour notre vie de famille ? Allons-nous dégager de l’argent pour nos écoles et nos enfants ou allons-nous encore renflouer nos banques ? Allons-nous taxer les millionnaires ou accepter de nouvelles hausses de la TVA ?

C’est dans ce contexte que ManiFiesta, étendu à 3 jours, les 16, 17 et 18 septembre, sera plus que jamais le rassemblement des acteurs du changement, politique, syndical, culturel, environnemental, pacifiste, démocratique. Histoire de faire le plein d’oxygène à la mer en ce début de deuxième mi-temps.

 

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Commentaires

Et ce n'est pas fini... ING, ensuite BNP ? Non content de manipuler les taux d'intérêts financiers, de réduire les services aux personnes, de faire de nous des employés non rémunérés avec le "tout par soi et chez soi", La valse des restructurations et donc des licenciements n'est pas prête de s'arrêter. CAR IL FAUT TOUJOURS POUVOIR CONTINUER A "GAVER" LES DIRIGEANTS AVEC TOUJOURS PLUS DE POGNONS ! Merci à tous les vendus MR, CD &V, Open-VLD, CDH et NVA et à l'institution européenne d'avaliser toutes conspirations financières. On dit qu'il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis voir de direction... Visiblement, nous sommes dirigés par des cons, à part quelques têtes non étourdies par le tout capitalisme et qui osent s'insurger contre l'austérité déraisonné comme de mettre à mal tout notre bien-être, notre vie : à savoir LA SANTE ! Merci, Madame De Block .
la solution elle existe belle et bien , elle et en face des yeux du gouvernement sauf que celui ci ne veut pas l entendre parler il se cache dérriere sa politique d autruche , il en réfute toute proposition , faudrait déjà une chose éliminer le dumping sociale tous se qui touche transport etc , et attention se n et une toute petite partie de la solution