Photo Solidaire, Romain Mirafra

Brabant-wallon :: « Pas d’essoufflement, mais une volonté d’action »

Zonings bloqués, centres commerciaux fermés, écoles à l’arrêt, étudiants solidaires des grévistes... Dans le Brabant-wallon, la grève a été très bien suivie ce lundi 8 décembre. La combativité était claire aux piquets, et au grand rassemblement syndical qui a eu lieu au centre de Wavre, au cœur même de la ville du Premier ministre Charles Michel.

Dès 3h30 du matin, les différents sites de la multinationale pharmaceutique GSK étaient à l’arrêt. Une grève historique pour cette entreprise dont les 3 sites (à Wavre et Rixensart) ont connu une belle mobilisation : « Les trois quarts de mon atelier sont là! » s’exclame fièrement Michel, un des travailleurs. Ce début de grève très matinal et combatif a donné le ton à un mouvement qui a traversé le Brabant-wallon avec succès.

Du côté de Nivelles, les zonings étaient à l’arrêt. De nombreux ronds-points étaient bloqués, que ce soit pour empêcher l’accès aux grandes entreprises en grève ou pour opérer des barrages filtrants. Malgré le froid, les militants et délégués sont nombreux, et se relaient au coin du feu pour se réchauffer et commenter l’action. La colère est grande, et traverse les secteurs et les catégories professionnelles. Ainsi, nous explique Alain Tournay, délégué SETCa à l’UCB présent au blocage du rond-point de Nivelles Sud, « tant les ouvriers que les employés sont mobilisés. Il y a même une cadre qui a remis sa carte de grève ! » La raison d’une telle portée du mouvement ? « Il n’y a pas une mesure qui soit bonne dans l’accord de gouvernement. On précarise les travailleurs et les allocataires sociaux de mille et une manières, mais rien n’est exigé au capital. Au contraire : il bénéficie encore de plus de réductions de cotisations. »

Postiers et délégués de l’hôpital ont également rejoint la mobilisation au rond-point. « Ils sont fous de penser qu’on peut faire ce boulot jusqu’à 67 ans », s’indigne un postier.

Ce qui inquiète aussi, outre la réforme des pensions, des prépensions et le saut d’index, c’est le sort réservé aux chômeurs. « Attention, indique Alain Tournay, les mesures d’exclusions ont été votées par le gouvernement précédent. C’est la logique générale qui n’est pas bonne. »

Thierry Bodson, Secrétaire général de la FGTB wallonne, fait la tournée des piquets pour saluer et encourager les grévistes. « Nous n’accepterons pas de lâcher le retrait du saut d’index ou de la réforme des pensions, même sous prétexte d’une petite mesure que le gouvernement pourrait proposer en termes d’innovation ou de recherche. S’il prend 100 euros dans la poche des travailleurs et qu’il utilise 50 pour financer l’innovation, cela reste les travailleurs qui paient, et cela ne va pas. »

Chômeurs convoqués le jour de grève : ils bloquent l’Onem

La distribution est également touchée à Nivelles, où le Shopping est complètement fermé. Un grand succès pour les travailleurs de Delhaize, Hema, Di, et d’autres enseignes de distribution présentes dans le complexe, désert en ce jour de grève. « Personne n’a essayé de venir travailler », se réjouit Christian Staelens, délégué CNE chez Delhaize. Il a amené un cake aux couleurs de son syndicat pour nourrir les grévistes. « Si on doit faire grève même plusieurs jours, on le fera. Nous sommes prêts et les travailleurs déterminés. » Beaucoup de jeunes sont aussi présents aux piquets. « Ce dont je suis fière aujourd’hui, c’est que ma fille aussi fait grève », lance fièrement une déléguée de chez Di.

Les chômeurs aussi sont mobilisés. Fortement touchés par les mesures du gouvernement, en plus de celles prises par le gouvernement Di Rupo, ils ont bloqué l’Onem de Nivelles, avec les groupes de travail de la CSC et de la FGTB qui mobilisent les travailleurs sans emploi. « Ce qui est en plus scandaleux, indique Frédéric Vanlerberghe (CSC), c’est que l’Onem a convoqué des chômeurs pour aujourd’hui. Alors qu’ils savent très bien que, même avec toute la bonne volonté du monde, ils auraient les pires difficultés du monde à se rendre à la convocation. Mais c’est tellement facile de s’en prendre aux plus faibles. C’est “todi les p’tits qu’on spotche”, comme on dit. Heureusement, on ne se laisse pas faire. »

Waterloo, morne plaine, mais vive résistance

A Waterloo et Braine l’Alleud, ce sont les commerces qui ont été les plus touchés. De grands Carrefour, Colruyt, Brico, étaient fermés. Pour de nombreuses personnes travaillant dans la distribution, les temps partiels sont involontaires, et les mesures du gouvernement vont faire mal.

A Braine l’Alleud, des manifestations de solidarité ont aussi marqué la journée. Ainsi, un petit commerçant a décidé de fermer durant la journée et de n’ouvrir qu’en fin d’après-midi, par solidarité pour les grévistes. Beaucoup insistent en effet sur le fait que les petits indépendants allaient tout autant être touchés que les travailleurs et les allocataires sociaux. En effet : pas de pouvoir d’achat, pas d’achat. C’est simple.

Les zonings d’Ittre et de Tubize étaient fortement touchés, ainsi que celui de Wauthier-Braine. NLMK, notamment, était à l’arrêt. Par ailleurs, le Delhaize de Tubize, un de ceux menacés par les plans de la direction, était complètement fermé. Les délégués présents s’inquiétaient particulièrement de l’avenir. « Qu’allons-nous devenir, nous et les autres 2 500 travailleurs dont l’emploi est menacé ? Et les jeunes, quel avenir peuvent-ils espérer dans cette situation ? »

Le secteur de la jeunesse s’est mobilisé largement aussi. Outre le manque de moyens dans l’enseignement et dans les institutions pour la jeunesse, professeurs et éducateurs savent qu’avec les mesures du gouvernement, et notamment la pension à 67 ans, les perspectives d’emplois pour les jeunes ne sont pas reluisantes. L’IPPJ de Wauthier-Braine était donc à l’arrêt, de même qu’une série d’écoles du coin.

A la prison d’Ittre, l’austérité se fait déjà sentir. « Modifications d’horaires, manque de personnel, baisses de salaires... C’est déjà notre quotidien », expliquent les grévistes.

Des secteurs peu habitués fortement mobilisés

A Ottignies et Louvain-La-Neuve, de nombreux secteurs peu habitués à de tels mouvements de grève se sont mobilisés. Ainsi, l’entrée du home Le Chenoy, à Ottignies, était-elle marquée par la présence d’un piquet. Inutile de dire que les travailleurs des secteurs sociaux et de soins savent combien les mesures du gouvernement et l’idéologie qui les soutient vont à l’encontre des valeurs qu’ils portent dans leur travail quotidien.

A Louvain-La-Neuve, le Parc scientifique est bloqué, et, fait peu commun, l’Esplanade est fermée. Les travailleurs des nombreuses enseignes qui font partie de ce complexe commercial ont également bien suivi la grève, et même la Fnac connaît sont piquet.

Dans la ville, surtout connue pour son université, de nombreux étudiants se manifestent aux piquets pour montrer leur solidarité. L’AGL, l’organisation représentative des étudiants de l’UCL, a en effet officiellement marqué son soutien à la grève. Comac, le mouvement de jeunes du PTB, a également participé de façon très active à la grève, en rendant de nombreuses visites de solidarité aux piquets.

Par ailleurs, à l’université même, les travailleuses de Loverti, société de nettoyage qui s’occupe notamment de l’UCL, ont mené des actions pour sensibiliser les étudiants.

Wavre : toutes les écoles en grève

A Wavre, dans la ville du Premier ministre, la grève est omniprésente. Le centre-ville est désert, et les zonings sont bloqués. Outre GSK, une des plus grandes entreprises de la région, l’entreprise Heytens connaît une grève remarquable. « Cela fait 22 ans que je suis délégué, et c’est la première fois que je vois toutes les travailleuses de l’atelier se mettre en grève », confie un gréviste. Aux blocages des ronds-points d’accès aux zonings, les travailleurs d’Automatic Systems et Belgique Diffusion, notamment, sont aussi présents.

Mais il ne s’agit pas que des grandes entreprises privées. En effet, au Carrefour de l’Europe, un des principaux points d’entrée de Wavre, les travailleurs de chez Carrefour, les enseignants et les postiers se sont unis pour mettre en place le barrage. On rencontre d’ailleurs des travailleurs de bpost à différents piquets, et toutes les écoles de Wavre sont fermées. Presqu’aucun élève n’est venu se présenter. Il faut dire que les enseignants avaient fait un important travail de sensibilisation auprès des parents.

Résistance sociale au cœur du fief de Charles Michel

C’est également à Wavre qu’a eu lieu le clou de cette journée d’action dans le Brabant-wallon. Dès midi, les organisations syndicales ont commencé à converger vers la place Bosche, où un rassemblement était prévu. Marco Van Hees, député fédéral du PTB, Frédéric Gillot et Ruddy Warnier, députés wallons du PTB, ont tous sillonné la province dès l’aube pour aller soutenir les piquets. Ils se sont tous retrouvés à ce rassemblement, enthousiasmés par l’ampleur de la mobilisation. Raoul Hedebouw, député fédéral et porte-parole du PTB, les y a rejoints, en amenant des échos de la grève à Bruxelles, où il avait passé la matinée.

Plus de 500 manifestants ont répondu à l’appel des organisations syndicales pour ce rassemblement militant, et ont représenté leurs camarades, dont beaucoup étaient restés aux piquets. L’ambiance y était à la fois conviviale et combative. La CSC avait prévu plusieurs mises en scène permettant de dénoncer les mesures du gouvernement et de mettre en avant leurs alternatives. Ainsi, les syndicalistes ont eu droit à une démonstration de « Ghostbusters », des chasseurs de fantômes qui ont dissipé symboliquement les « mesures antisociales » du gouvernement Michel - De Wever.

Un Père Noël étrangement accompagné de Pères fouettards ont également égayé les manifestants en réclamant le retrait de la réforme des pensions. Des masques à l’effigie de Charles Michel circulaient aussi, ce qui a donné l’occasion à Raoul Hedebouw de mettre en évidence le message qu’il adresse au Premier ministre, au Parlement d’une part, en marquant sa présence aux piquets et au rassemblement syndical d’autre part : « M. Michel, il n’est pas question qu’on laisse passer le saut d’index ou la pension à 67 ans ! »

Les animations ont ensuite laissé place aux discours des représentants syndicaux. Giorgio Cocco, président de la CSC Brabant-wallon, a parlé le premier. Il a insisté, et tous les orateurs le rejoindront là-dessus, sur le succès important de la grève dans la province, qui s’intègre dans la lignée des grèves tournantes du 24 novembre et du 1er décembre. A l’évocation de Charles Michel, au centre de la ville duquel se sont donc rassemblés les manifestants, les huées ont fusé. « Défendre comme le fait le gouvernement des mesures d’appauvrissement de la population, c’est inacceptable », a-t-il déclaré.

Enzo Gramaglia, secrétaire régional de la FTB Brabant-wallon, a succédé à Giorgio Cocco. « Le gouvernement veut détruire tout ce qui fait notre système social », s’est-il insurgé. Cependant, il a également insisté sur l’importance de la mobilisation et sur l’espoir qu’elle représente : « Nous devons revendiquer un changement de cap radical. Il faut faire cesser ce gouvernement, et c’est à nous de le faire cesser. »

« Pas d’alternative, pas le choix ? Vous faites le mauvais choix ! »

Anne Léonard, Secrétaire nationale de la CSC, a embrayé : « La colère grandit. Ce gouvernement n’épargne personne, même pas les plus faibles. Les travailleurs paient la facture. Mais en fait, si, il épargne une catégorie : les plus riches, les actionnaires, les grands patrons... » Entre les coupes dans les services publics, qui touchent les travailleurs et les usagers, mais aussi la pension ou le saut d’index, d’une part, et les réductions de cotisations sociales qui vont remplir les poches des actionnaires, d’autre part, le « déséquilibre » est évident, pour Anne Léonard.

« Il n’y a pas d’alternative, nous dit le gouvernement, nous n’avons pas le choix ? C’est faux, vous ne faites simplement pas le bon choix ! » a-t-elle déclaré. Avant de mettre en avant les alternatives portées par les organisations syndicales : impôts sur la fortune et les plus-values, lutte contre la grande fraude fiscale...

Enfin, c’est Marc Goblet, Secrétaire général de la FGTB, qui est monté sur le podium : « La mobilisation d’aujourd’hui, la réussite de la grève, montrent que nous ne sommes pas dans l’essoufflement du mouvement, mais dans la volonté d’agir et de se faire respecter. » Lui aussi a pointé l’injustice de la logique qui guide le gouvernement : « Ils prennent l’argent des travailleurs pour le mettre dans la poche du capital. » Quant aux accusations de certains, à droite, voyant dans la grève une manœuvre politique, Marc Goblet a clarifié les choses : « Quel que soit le gouvernement, s’il prend ces mesures, il aura à faire aux mêmes actions. »

C’est que tout le monde sera touché, selon le représentant de la FGTB, qui a illustré son propos en prenant quelques exemples de la manière dont les travailleurs âgés, les allocataires sociaux, les temps-partiels involontaires – « souvent des femmes, dans la distribution », a-t-il précisé – seront touchés par les mesures. « On fait payer ceux qui travaillent, y compris les indépendants. Je ne sais pas si Walter le libraire m’entend, mais ceux qui font travailler les indépendants, ce sont les travailleurs. Ce n’est pas Albert Frère qui fait tourner une librairie en venant y acheter son journal. »

Marc Goblet a insisté sur la solidité du front commun, qui continuera après le 15 décembre (jour de la grève générale), malgré les tentatives de division « tant des organisations syndicales entre elles qu’au niveau communautaire. Mais ça ne marchera pas ! » Et de conclure : « Après le 15 décembre, nous resterons dans l’action et ferons en sorte de maintenir la mobilisation pour faire reculer le gouvernement. »

 

 

 

 

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