Photo Georgina Coupe, via Number 10 / Flickr

Brexit : il est temps de changer cette Europe de la concurrence et de l’inégalité

auteur: 

Marc Botenga

Out, Brexit : une majorité des Britanniques s’est exprimée pour quitter l’Union européenne. «  L’Europe de la concurrence et de l’inégalité – la peste – nourrit le nationalisme et la division – le choléra », écrivait en 2011 Peter Mertens, le président du PTB, dans son livre « Comment osent-ils ? ». Aujourd’hui, dans une première réaction, il souligne : « Nous ne devons pas nous voiler la face. Une autre Europe est nécessaire : avec plus de démocratie, plus de transparence, et plus de solidarité, afin de rendre possible un changement radical au plan social et écologique. »

Parmi les travailleurs britanniques, ceux qui ont voté pour le Brexit en ont ras-le-bol. Ras-le-bol du dumping social important des travailleurs étrangers sous-payés, dumping organisé par le patronat britannique avec l’aide de l’Union européenne. Ras-le-bol que leur industrie soit détruite et que l’emploi disparaisse. Ras-le-bol que leur chemin de fer ait été détruit par la privatisation. Ras-le bol de voir que leurs soins de santé risquent de subir le même sort. La politique du chacun-pour-soi du Premier ministre britannique David Cameron – par ailleurs ami de Bart De Wever – organise la destruction salariale et monte les gens les uns contre les autres. Les partisans du Brexit ont instrumentalisé les aspirations sociales de la population. Ils ont promis la fin du dumping social et 350 millions de livres sterling en plus pour les soins de santé. En réalité, les dirigeants d’ultra-droite en faveur du Brexit veulent moins de droits sociaux, pas plus. C’est la raison pour laquelle ils promeuvent la division, le nationalisme et le racisme. La population britannique a dû choisir entre la peste et le choléra, entre l’Union européenne néolibérale et les ultralibéraux britanniques. Dans ces limites, les Britanniques ont choisi ce qu’ils voient comme un changement.

Ce référendum confirme encore une fois le gouffre énorme entre l’élite européenne et la population. Il y a un an, l’élite européenne crachait sur les Grecs. Dans un référendum, ces Grecs rebelles demandaient la fin du dogme de l’austérité. L’élite européenne les a écrasés. Tout comme elle a imposé aux Français et aux Néerlandais ce traité constitutionnel qu’ils avaient rejeté dans un référendum en 2005. Charles Michel, François Hollande et Angela Merkel ne l’ont toujours pas compris, et ils veulent maintenir le cap. La grande coalition européenne de libéraux, socialistes et chrétiens-démocrates veut toujours davantage d’austérité, de concurrence et de dumping social. L’orchestre du Titanic Europe doit continuer à jouer pendant que le navire prend l’eau de toutes parts.

Cette Union européenne n’offre aucune alternative à la politique antisociale de Cameron. Pendant que la population britannique souffre du dumping social et des bas salaires, la Commission européenne attaque le salaire minimum pour les camionneurs instauré en France et en Allemagne. Pendant que la population britannique fustige chaque jour la déliquescence de leur chemin de fer privatisé, l’Union européenne impose son quatrième paquet de libéralisation ferroviaire. Et pendant que les multinationales ne paient quasiment pas d’impôts, le commissaire européen Pierre Moscovici privilégie une approche « non-contraignante » pour les paradis fiscaux.

Les travailleurs de toute l’Europe voient cette évolution avec angoisse et méfiance. Un changement de cap est nécessaire. Nous devons arrêter cette Europe de la concurrence et de l’inégalité, qui ne laisse le choix qu’entre davantage d’autoritarisme ou le retour des nationalismes. Cela commence par une remise en cause des traités européens actuels afin de sortir du carcan néolibéral. Plutôt que du dumping social, nous avons besoin d’un salaire minimum européen élevé. Plutôt que de privatisations et de libéralisations, nous avons besoin d’investissements publics dans l’emploi, les infrastructures et les services publics. A la place des paradis fiscaux, nous avons besoin d’une taxe des millionnaires européenne qui fasse contribuer les ultra-riches. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une Europe de la solidarité et de la coopération.