Frédéric Gillot (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

Budget wallon : taxe poubelle, f*** l’environnement et cadeaux aux entreprises

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Fred Gillot

Le Parlement wallon vote cette semaine le budget pour l’année 2016. Un budget truffé d’une augmentation de 10% de la taxe poubelle, qui ne rencontre absolument pas l'urgence sociale. Mais où les subsides aux grandes entreprises sont eux bien préservés. Voici l’intervention du député PTB Frédéric Gillot.

« 250.000 travailleurs sans emploi et plus de 20.000 chômeurs exclus ou non-admis en Wallonie.

Un taux de chômage de 14 %.

Un enfant sur quatre qui grandit dans la pauvreté.

Un ménage wallon sur dix en difficulté de paiement pour sa facture d'eau.

40.000 familles en attente d'un logement social.

Les communes et CPAS en difficultés financières.

C’est à ces réalités de terrain que doit répondre le budget 2016 de la Wallonie. Derrière un budget, il y a une politique que l'on mène...ou pas. Et derrière un budget, il y a la vie, le quotidien et les besoins des gens que l'on rencontre...ou pas.

Pour le PTB, il n’est pas question d’aller chercher dans la poche des gens de quoi combler le trou du budget.

Aujourd’hui, nous apprenons que le gouvernement wallon compte couper dans ses subsides aux intercommunales liés à la gestion des déchets. Résultat: une probable augmentation de 10% de la taxe poubelle, alors qu’elle augmente déjà sans arrêt depuis 2009 dans la plupart des communes[1]. C’est un comble pour le gouvernement wallon, qui s’était interdit toute nouvelle taxe. Pour le PTB, il n’est pas question d’aller chercher dans la poche des gens de quoi combler le trou du budget. Et vous allez encore dire que ce n’est pas de l’austérité ?

Vous avez également voulu éviter ce débat sur l’austérité lors de la réforme du bonus logement : des 850 millions investis dans le bonus logement, il n’en restera plus que 660 pour le chèque habitat. Le chèque habitat, c’est donc 22% de coupe dans le budget d’aide au logement, qui veut se faire passer pour une mesure sociale[2]. Décidément, on n’arrête pas la créativité. Ces 190 millions coupés pourraient être investis dans la construction de nouveaux logements sociaux. Cela triplerait le budget prévu à cet effet, qui n'est aujourd'hui que de 106,5 millions par an. Voilà qui serait faire preuve d’ambition sociale.

De l’ambition sociale, vous sembliez par contre en avoir avec votre Plan de Lutte contre la Pauvreté présenté à la rentrée. Mais cette ambition est mise en doute par vos propres chiffres budgétaires : on ne retrouve dans le budget aucun financement spécifique pour le Plan de Lutte contre la Pauvreté. Zéro euros, zéro centimes.

Qu’est-ce qui est donc prioritaire alors dans votre budget ? Je reprends vos mots : “L’ADN du gouvernement, la structure vitale de ce budget”, c’est le Plan Marshall 4.0, et en particulier le plan pour le numérique. En pratique, ça veut dire : partout ailleurs, on coupe et on “rationalise”, mais pour le Plan Marshall 4.0 et le numérique, pas question de réductions. Ici, on investit. Ici, on a de l’ambition...

On ne retrouve dans le budget aucun financement spécifique pour la lutte contre la pauvreté. Zéro euros, zéro centimes.

Depuis le début, je m’interroge sur cette priorité au numérique. N’importe quelle caissière, n’importe quel ouvrier qui travaille à la chaîne sait qu’avec le numérique viennent souvent des suppressions d’emplois. A quoi vont donc servir les investissements du Gouvernement wallon ?

Vont-ils aller à la société civile, au service public, aux écoles ? Ou plutôt aux grandes entreprises pour encore un peu plus remplacer des hommes par des écrans ?

La composition du nouveau Conseil du Numérique créé par M. Marcourt ne laisse aucun doute sur le sujet : il réunit le patron de Google Belgique, de IBM, de Microsoft, d’Agoria, du groupe Rossel qui possède RTL, SudPresse et Le Soir… Rien que ça.

50 millions d’euros sont prévus dans le budget pour le plan numérique. En réalité, il s’agit de 57 millions. A quoi vont-ils servir ?

  • D'abord : ils iront à 69% aux grandes entreprises. Tout ce qui concerne l’éducation, la formation, la recherche, le service public, les communes: tout ça ...devra se répartir 25%. Et les PME devront se contenter des 6% qui restent.
  • Ensuite : le décret prévoit explicitement que les millions prévus pour les PME, l’éducation et la recherche pourront être transférés comme aides aux grandes entreprises.
  • Enfin, on peut se demander quelle place auront les logiciels libres et gratuits dans un Conseil du numérique où Microsoft est présent... 

Voici donc l’ADN du gouvernement wallon : l’incertitude pour le service public, les communes, la formation et les PME, mais des cadeaux sûrs et certains aux grandes entreprises. Tout ça se fait, rappelons-le, sans aucune conditions de création d’emplois. Sans conditionnalité stricte des aides à de la création d’emplois stables, celles-ci sont autant de cadeaux qui vont directement augmenter les dividendes.

Le PTB déposera prochainement une proposition d’expériences pilotes de la semaine de 30 heures dans l’administration wallonne.

“Ce budget donne de l’élan à la Wallonie”, a déclaré M. Prévot. A quelle Wallonie donnez-vous donc de l’élan ? Celle de la création de dividendes ou celle de la création d’emplois ?

Depuis les échecs des premiers Plan Marshall en la matière, créer de l’emploi n’est même plus un engagement du Plan Marshall 4.0. De l’emploi, vous en détruisez par contre. Notamment dans la fonction publique. En 2015, 4 fonctionnaires sur 5 partant à la retraite ne seront pas remplacés. Ce sont 232 emplois détruits en 2015, alors que les besoins pour assurer un réel service public sont immenses. Ce sont 232 équipes du service public où la pression au travail va encore augmenter, alors que le burn-out et la dépression sont officiellement la cause de l’absentéisme d’un fonctionnaire sur trois. Ce sont 232 équipes où le service et le contact avec le citoyen, l'usager sera encore affaibli. Et ce sera rebelotte en 2016.

A quoi rime toute cette communication sur le renouveau démocratique si vous détricotez ainsi le service public ? Quelles perspectives offrez-vous donc à tous ceux qui se consacrent au service public, jour après jour ?

Le PTB déposera prochainement une proposition visant la mise sur pied d’expériences pilotes dans l’administration wallonne pour introduire la semaine de 30 heures. Les expériences menées en Suède montrent que cela augmente le bien-être au travail, diminue l’absentéisme et les maladies… tout en permettant de créer de l’emploi. Voilà qui permettrait de la création d’emplois solides et concrets, au lieu des éternelles supputations sur la création d’emplois par le privé.

Il y a encore de nombreuses autres pistes de création d’emplois, notamment celles qui sont liées à l’enjeu climatique.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la nouvelle ligne budgétaire appelée “développer l’innovation dans le secteur énergétique et des énergies renouvelables” était créditée de… zéro euros. Zéro euros pour l’innovation dans les énergies renouvelables, alors que l’on sort tout juste de la COP 21. Alors que l'année 2015 est apparemment l'année la plus chaude jamais enregistrée, et pas que socialement ! Quel manque d’ambition pour construire une société durable…

Zéro euros pour l’innovation dans les énergies renouvelables, alors que l’on sort tout juste de la COP 21.

La question des TEC est elle aussi interpellante. S’il y a un dossier dans lequel l’ambition sociale et environnementale devraient se retrouver, c’est bien celui des transports publics. Or le leitmotiv du Ministre Di Antonio se résume à deux choses en la matière : justifier la “rationalisation” du réseau ainsi que la stagnation de la dotation.

Le réseau TEC est déjà largement insuffisant. Et chaque rationalisation aggrave la situation. Ce n’est pas de ça que la Wallonie a besoin, mais d’un réseau large et accessible à tous, qui offre une vraie alternative à la voiture. Un réseau dont nous pourrons être fiers au prochain sommet climatique mondial, qui serait la preuve de l’élan de la Wallonie pour relever l’enjeu d’une mobilité durable.

Voilà ce dont la Wallonie a besoin aujourd’hui: de projets socialement et environnementalement ambitieux. »

 

[1] Voir ici la réaction du PTB contre l’augmentation de 10% de la taxe poubelle.

[2] Voir ici la réaction du PTB sur la réforme du bonus logement.