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Bulle photovoltaïque : toujours aux travailleurs wallons de payer

Hier midi, le ministre wallon de l’Énergie, le libéral Jean-Luc Crucke, a présenté sa solution pour résoudre la bulle du photovoltaïque. « Le système des certificats verts est maintenu et c’est la BNP Paribas Fortis qui va reprendre la dette. » Une double annonce qui pose un double problème pour le PTB.

Pour le parti de gauche, le premier problème, c’est le système des certificats verts en lui-même. Lancé par Écolo et développé par le cdH, ce système a permis à la Région wallonne de transférer la responsabilité de la transformation de notre production énergétique verte aux Wallons les plus aisés et aux entreprises privées. En créant un marché des certificats verts, l’idée était de transformer la transition verte en une juteuse opération financière pour qui sait investir.

« Le premier espoir qu’on pouvait avoir avec cette crise des certificats verts était qu’on puisse enfin sortir de ce système financier qui laisse notre avenir dans les mains du marché », explique Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB. « Pour arriver à une énergie 100 % verte, le gouvernement doit prendre le problème à bras le corps et développer des structures publiques de production énergétique. De cette manière, on peut planifier la transition écologique en tenant compte de l’urgence écologique. En prolongeant ce système, c’est tout le contraire que le ministre choisit, il se déresponsabilise pour laisser notre avenir dans les mains de ceux qui n’ont comme seul moteur l’augmentation de leurs profits. »

Si certains pensent que les certificats verts sont des aides aux Wallons qui ont un petit bas de laine pour qu’ils l’investissent en mettant des panneaux photovoltaïques sur leur toit, la réalité est toute autre. 40 % des certificats verts vont au photovoltaïque et 60 % pour le reste des énergies vertes (éolien, biomasse...). « Aucun Wallon n'a les moyens de mettre une éolienne de 150 mètre dans son jardin », explique le porte-parole du parti de gauche. « Dans les 60 %, on trouve des grands groupes et des multinationales alors que dans le photovoltaïque, ce sont principalement des PME et des individus. »

« Le système du gouvernement wallon parle d'environnement alors qu'il s'agit en fait d'une construction financière qui permet à de grandes entreprises de faire des super bénéfices payés directement par le consommateur. C’est-à-dire l’ensemble des Wallons et des Wallonnes », poursuit le porte-parole du PTB. « Il faut en finir avec ce système qui nous fait payer encore et encore des installations déjà bien amorties. C'est important de voir à qui a profité la bulle des certificats verts si on veut casser la logique qui fait aujourd'hui que, quoiqu'il arrive, au bout du compte, c'est au citoyen wallon qu'on présente la facture. »

Accorder notre confiance au secteur bancaire ?

Le second problème soulevé par le PTB est l’arrivée de la BNP dans l’équation. Pour financer sa mesure, le ministre Crucke emprunte 1,8 milliard à la BNP à un taux qui se situe aujourd’hui entre 1 % et 2 %. Un taux qui pourra tout à fait évoluer en fonction du marché. « Nous sommes 10 ans après la crise bancaire », rappelle Germain Mugemangango. « La BNP Paribas avait été la première banque à devoir geler les retraits de certains de ses clients seulement 8 jours après avoir annoncé qu'il n'y avait aucun problème, tant elle avait spéculé sur les fameux subprimes. Malgré les promesses de contrôle et de transparence du secteur bancaire, 10 ans après, nous constatons que tout est redevenu comme avant pour les grandes banques. Ces belles promesses n’ont pas fait long feu face à la soif de profit. Une nouvelle crise bancaire est donc absolument possible. Ce qui veut dire une importante zone d’incertitude quant au devenir de cette dette d’1,8 milliard sur 20 ans que vient de contracter le gouvernement wallon. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’aujourd’hui, accorder une telle confiance au secteur bancaire est pour le moins risqué. »

Le PTB s'interroge sur l'impact à long terme de la décision prise hier et présentée comme une opération gagnante pour tous.

« Après des années de blocages, l'accord d'hier semble presque magique : le problème est résolu, fini la bulle, on va dédommager les possesseurs de certificats verts et la facture d’énergie va diminuer », observe le porte-parole du parti de gauche. « C’est une belle annonce à la veille des élections pour le gouvernement mais qui risque de nous coûter cher sur le long terme. Il est clair que la BNP compte bien se sucrer au passage pour un montant encore inconnu. Nous voulons que la convention passée entre le gouvernement et la BNP soit rendue publique par soucis de transparence et pour que les Wallons puissent voir à quoi ils peuvent s’attendre au delà des belles promesses. D'autres part, les certificats verts ont assuré des rendements mirobolants pour certaines entreprises. Il est grand temps d'aller voir du côté de ceux qui ont le plus profité de ce système pour trouver une solution plutôt que de faire payer les erreurs des derniers gouvernements aux travailleurs wallons. »