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« Ce gouvernement est plus fragile qu’on le pense : nous avons besoin d’un grand mouvement social »

auteur: 

Peter Mertens

Discous du 1er mai 2016 de Peter Mertens, président du PTB, à Anvers. 

Chers camarades,

Il y a quatre-vingts ans, le 22 mai 1936, à Anvers, deux jeunes syndicalistes étaient assassinés. Albert Pot et Theofiel Grijp étaient tués par balles dans la rue de Bordeaux et devant l’Opéra, la veille du premier dimanche noir à Anvers. Le jour de leurs funérailles, les dockers anversois ont débrayé. A Anvers commençaient les plus grandes actions syndicales de l’histoire de notre pays.  Au final, un demi-million de gens ont arrêté le travail.

Le résultat de la grève :
1.             Les syndicats ont enfin été officiellement reconnus
2.             Tout le monde a reçu une semaine de congé payé
3.             La semaine de travail a été réduite de 48 heures à 40 heures, avec maintien de salaire

Par respect pour notre histoire, par respect pour la journée des 8h arrachée par la lutte

A l’époque, dans le gouvernement, il n’y avait pas de défenseurs d’une réduction du temps de travail, pas de défenseurs des congés payés, et pas de défenseurs d’une assurance-maladie. Et pourtant, il y a quatre-vingts ans, tout cela a été obtenu par la grève contre un  gouvernement de droite.

Si, aujourd’hui, le 1er Mai, dans notre pays, à Anvers, nous sommes à nouveau dans la rue, c’est pour honorer Pot et Grijp, c’est par respect pour notre histoire, c’est par respect pour la journée des huit heures et pour toute la sécurité sociale qui ont été arrachées par la lutte.

Ceci n’est pas du « travail faisable », ce n’est pas la liberté, c’est du flexi-esclavage moderne

Aujourd’hui, tout cela est à nouveau menacé. A nouveau par un gouvernement de droite. Du   « travail faisable », c’est ainsi qu’ils qualifient leur plan. Qu’y a-t-il de « faisable » dans le fait de devoir travailler jusque 67 ans pour toucher ensuite moins de pension ? Qu’y a-t-il de « faisable » à devoir travailler 45 heures par semaine ? Qu’y a-t-il de « faisable » dans un système de 100 à 360 heures supplémentaires que l’on doit discuter, seul à seul, avec son patron ? Qu’y a-t-il de « faisable » dans l’emploi intérimaire à vie, dans les contrats zéro-heure, ou dans les flexi-jobs dont on reçoit l’horaire seulement 24 heures à l’avance ?

Non à la loi Peeters. Nous valons mieux que ça.

Chers camarades, ça, ce n’est pas du « travail faisable ». Ce n’est pas la liberté. C’est du flexi-esclavage. En France, cela fait maintenant plus d’un mois que les jeunes et les syndicalistes mènent des actions contre cette sorte de flexibilité. Eh bien, aujourd’hui, le 1er Mai, nous disons : si le ministre Peeters ne retire pas sa loi, il devra affronter la même colère qu’en France. Non à la loi Peeters. Nous valons mieux que ça.

Il ne s’agit pas de leur pension. Il s’agit de notre pension : il faut abaisser l’âge de la pension.

« Le retour du pur populisme. » C’est ce qu’a dit jeudi Patrick Dewael, chef de groupe des libéraux flamands à la Chambre, à propos de nos révélations sur la règlementation des pensions des parlementaires. C’est inouï. Les populistes, ils sont dans ce gouvernement. Ils ne parlent que de réformer les pensions, ils estiment que nous vivons tous au-dessus de nos moyens. Mais eux-mêmes gagnent plus de 10.000 euros nets par mois. Eux-mêmes, ils peuvent prendre leur pension à 55 ans, et pour toucher 4.150 euros nets par mois.

Nous voulons une carrière vivable, à mesure humaine. Ça, c’est du travail  « faisable ». 

Ce même jeudi, la majorité a voté contre la proposition de relever l’âge de la pension des parlementaires. Mais, ce qui était encore impossible jeudi est subitement devenu possible vendredi.  La pression d’en bas est devenue intenable, et Siegfried Bracke, le président N-VA de la Chambre, a lui-même introduit une proposition pour relever l’âge de la pension des politiciens.

Siegfried Bracke ne réalise pas encore qu’il ne s’agit pas de leur pension, mais qu’il s’agit de notre pension ! Nous voulons que les gens qui ont travaillé dur toute leur vie puissent se reposer, et puissent passer leur travail aux jeunes. Nous ne voulons pas que l’âge de la pension soit relevé, nous voulons qu’il soit abaissé.

Nous voulons une carrière vivable, à mesure humaine. Ça, c’est du travail  « faisable ». 

Rendez l’escroquerie fiscale illégale. Et instaurez un « Fortune-On-Web »

Chers camarades. L’an dernier, ici même, le 1er Mai, nous lancions notre proposition de semaine des 30 heures. Une proposition pour redistribuer le travail, sans perte de salaire. Une proposition pour pouvoir combiner travail payé et vie de famille et détente. Une proposition qui offre un avenir aux jeunes. La proposition n’avait que quelques heures qu’elle était impitoyablement fusillée par la droite. « Complètement fou », déclarait alors Karel Van Eetvelt, de l’organisation patronale Unizo. « D’une autre planète », ricanait la N-VA. « Impayable », assénait la FEB.

Pourquoi, chers camarades, n’entendons-nous jamais cette sorte de langage lorsqu’il s’agit de délinquance fiscale ? L’OffshoreLeaks en 2013, le LuxLeaks en 2014, le SwissLeaks en 2015, et, maintenant, les Panama Papers en 2016. Et, à chaque fois, ressurgissent les noms de gros milliardaires et diamantaires belges. Et, à chaque fois, ressurgissent les noms de grandes banques comme BNP Paribas Fortis et KBC. Et, à chaque fois, il ne se passe simplement rien du tout.

En revanche, ce que ce gouvernement fait, c’est engager 100 inspecteurs supplémentaires pour lutter contre la « fraude sociale » chez les chômeurs et les malades de longue durée. Mais il n’y a quasiment pas d’inspecteurs supplémentaires contre l’escroquerie de milliards d’euros qui est pratiquée depuis des années.

Instaurez un « Fortune-On-Web ». Un cadastre où figurent noir sur blanc toutes les fortunes de ce pays

La coupe est pleine. C’est de l’escroquerie à grande échelle. Et le fait que cette escroquerie soit légale rend la chose encore plus grave. L’amiante est un produit toxique, et il a fallu lutter pendant des années pour le faire interdire. Eh bien, l’évasion de milliards d’euros est aussi un acte toxique, et nous luttons pour la rendre illégale.

Nous lançons aujourd’hui, le 1er Mai, une nouvelle proposition. Vous connaissez « Tax-On-Web », le site de l’administration des Finances sur lequel on remplit sa déclaration d’impôts ? Là, il n’y a rien de secret. Les montants de nos revenus y sont déjà inscrits, à la moindre virgule près. Mais qu’est-ce qui n’y figure pas ? L’argent que les Panama-profiteurs planquent dans les paradis fiscaux. Le capital des diamantaires anversois. Les fortunes des familles ultra-riches de ce pays, celles qui tirent les ficelles politiques.

Et donc, nous proposons : instaurez un « Fortune-On-Web ». Un cadastre où figurent noir sur blanc toutes les fortunes de ce pays, toutes les actions, tous les comptes bancaires, tous les biens immobiliers. Afin de pouvoir nous attaquer à la grande fraude fiscale et enfin instaurer une vraie taxe des millionnaires. Oui, une taxe des millionnaires qui touche le 2% des plus riches, et non pas une taxe symbolique sur la fortune qui touche aussi la classe moyenne.

Nous soutiendrons totalement l’appel à une grève générale à venir

Ce 1er Mai est un jour de lutte. Il est le début d’un nouveau printemps social.

Chers camarades, ce gouvernement est plus fragile qu’on le pense. Non seulement par rapport aux privilèges des ministres. Non seulement par rapport à la Turteltaks, cette taxe injuste sur l’énergie qui touche tous les ménages en Flandre et qui a fait démissionner la ministre Turtelboom sous la pression du mouvement social. Mais aussi par rapport à la politique qu’ils mènent. C’est la politique du passé. C’est la politique du fossé entre riches et pauvres. C’est la politique qui a volé en éclats lors de la crise bancaire de 2008. Nous pouvons faire plier ce gouvernement. Nous avons besoin, maintenant, d’un grand mouvement social. Certes, ce n’est pas facile, mais ils sont fragiles. Comme la génération qui a arraché la journée des 8 heures. Tout comme nos frères et sœurs qui aujourd’hui en France mettent leur gouvernement sous pression. Nous soutiendrons totalement l’appel à la grande manifestation fin mai. Et nous soutiendrons totalement l’appel à une grève générale à venir. Ce 1er Mai, chers camarades, est un jour de lutte. Il est le début d’un nouveau printemps social.