Centrale à biomasse wallonne : nouveaux subsides pour les uns, nouvelles taxes pour les autres ?

La Belgique s’est fixée un objectif de 13 % d’énergie renouvelable d’ici 2020. La Wallonie entend y arriver notamment en ouvrant la porte aux certificats verts à une grande centrale biomasse. Cela fait grincer les dents des organisations environnementales et du PTB, qui craint de nouvelles taxes pour la population.

Le Parlement wallon a décidé le 10 mars dernier d’octroyer des aides, sous forme de certificats verts, aux entreprises qui décideraient d’investir dans une centrale à biomasse de grande taille. L’enjeu officiel : investir dans l’énergie renouvelable. Coût annoncé : 1,3 milliards d’euros, à charge du consommateur. L’opération, déjà réalisée en Flandre, s’avère pourtant être un désastre tant sur le plan environnemental que sur le plan financier. De nouvelles taxes en perspective pour toujours plus d’émissions de CO2 ? 

Voici l’intervention du député PTB Frédéric Gillot en séance plénière.

«  Avec la modification proposée du décret, le gouvernement wallon entend progresser vers les objectifs de production d’énergie renouvelable. De gros efforts sont en effet nécessaires pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. L’enjeu du débat est que ces efforts aient du sens au niveau environnemental et au niveau social.

Le projet actuel est d’ouvrir le droit à des certificats verts à des centrales à biomasse jusque 200MW. La biomasse est déjà la principale source d’énergie renouvelable en Wallonie. Tout indique donc que le Gouvernement wallon oriente clairement sa politique énergétique vers cette filière.

Or ce n’est pas une solution durable, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan social. En optant pour les centrales à biomasse, le Gouvernement wallon fait le mauvais choix. Nous pensons que c'est une erreur.

La biomasse n’est pas une alternative

Tout d'abord pour des raisons écologiques et de santé publique.

En effet, la combustion du bois est loin d'être neutre au niveau climatique. On parle à ce sujet d'une « dette carbone ». Le temps nécessaire pour fixer le CO2 issu de la combustion du bois est évalué à 38 ans.

Au Canada, l'industrie du bois au profit des centrales à biomasse crée des ravages. Greenpeace y a même consacré un dossier de 38 pages, intitulé « De biomasse… à biomascarade. Pourquoi brûler des arbres à des fins énergétiques menace le climat, les forêts et la population. » 

Ensuite, il est établi que les centrales à biomasse émettent une grande quantité de particules fines, dangereuses pour la santé. C'est pour ces raisons que cinq organisations environnementales ont introduit un recours auprès du ministre flamand de l'Environnement contre le permis d'environnement de la centrale à biomasse BEE Power à Gand (qui aurait une capacité de 215 MW, donc équivalente au projet aujourd’hui sur la table pour la Wallonie).

Voilà les raisons écologiques et de santé publique pour lesquelles nous ne partageons pas l’orientation proposée par le gouvernement wallon. Le PTB n’est pas le seul à le dire : cette semaine encore, Greenpeace, Inter-Environnement Wallonie, le CNCD, Oxfam Solidarité etc. s’exprimaient contre le projet à travers une carte blanche

Mais nous voulons également avertir contre les implications financières de ce choix pour le consommateur : le gouvernement flamand vient d'introduire, ce 1er mars, une taxe qui a reçu le surnom de « Turteltaks » et qui fâche particulièrement la population au Nord du pays.

Il s'agit d'une taxe de 100 euros par ménage et par an sur la facture d'électricité. Or près de la moitié de cette taxe, 43 % pour être précis, a pour but de subsidier les deux grosses centrales à biomasse planifiées en Flandre : BEE Power à Gand (215 MW) et German Pellets à Langerlo, Genk (400 MW).

Sans aides importantes, les centrales à biomasse ne sont pas rentables en Flandre et ne le seront probablement pas non plus en Wallonie.

Il faut investir dans l’énergie renouvelable, et les subsides font partie des instruments nécessaires. Mais ouvrir la porte aux certificats verts pour des grosses centrales à biomasse qui ne sont pas durables sur le plan écologique, qui sont dangereuses pour la santé et risquent de porter un nouveau coup au pouvoir d’achat des ménages, c’est mettre le doigt dans un engrenage dangereux.

Prendre tous ces risques n’est pas non plus nécessaire pour atteindre nos objectifs de production d’énergie renouvelable.

Le PTB plaide pour la création d’entreprises publiques de l'énergie

Des entreprises publiques communales d’énergie verte peuvent également fournir une précieuse contribution, en participant au niveau local, à petite échelle, au système de l’énergie de demain.

Au lieu de laisser les géants de l’énergie faire des choix cruciaux pour notre avenir et celui de la planète, le PTB plaide pour que les pouvoirs publics investissent eux-mêmes dans la production durable d’énergie et qu’ils fournissent l’énergie bon marché à la population.

Cela permettrait de choisir les technologies les plus adaptées et de se satisfaire d'une marge bénéficiaire moindre qui, de plus, retournerait vers la collectivité.

Les entreprises publiques d’énergie ne sont pas une utopie.

Ces dernières années, plus de 60 villes allemandes ont montré la porte aux multinationales de l’électricité qui décidaient de tout au niveau local, et elles ont créé leurs propres entreprises publiques.

À Munich, une entreprise communale fournit de l’énergie verte, à un prix abordable, à 95 % de la population. Les entreprises communales d’énergie allemandes montrent à petite échelle et de manière encore fragmentaire qu’il est bel et bien possible de faire changer les choses.

Le coût des investissements verts doit être payé par Electrabel

Des bénéfices nucléaires, on pourrait déjà retirer 200 millions d'euros pour la Wallonie. C'est une matière fédérale, mais qui devrait être discutée dans le cadre du « pacte énergétique » que la ministre Marghem veut conclure avec les régions.

Inclure, dans ce pacte, l'utilisation de la rente nucléaire pour la production d'électricité verte : voilà un bel objectif que pourrait se fixer le gouvernement wallon. »