Matthieu Bolle-Reddat, Secrétaire général de la CGT Cheminots Versailles, et Sophie Lecron, conseillère communale PTB, sur le podium du 1er Mai à Liège. (Photo Solidaire, Sophie Lerouge)

CGT Cheminots : « On peut gagner car c’est nous qui créons les richesses »

Cette année, le 1er mai du PTB à Liège a été marqué par la présence de cheminots français en lutte. Rencontre avec Matthieu Bolle-Reddat, conducteur de train et Secrétaire général de la CGT Cheminots Versailles.

Alors que les cheminots français en sont à leur quinzième jour de grève (!) ce mardi 8 mai, Matthieu Bolle-Reddat nous expliquait, en marge du 1er Mai dernier, pourquoi les travailleurs du rail peuvent gagner leur combat contre le gouvernement Macron et les politiques libérales de l’Union européenne. Rencontre sous le soleil liégeois.

(Lire ici notre reportage sur la journée du 1er mai à Liège avec les cheminots français)

Que retenez-vous de cette journée à Liège ?

Matthieu Bolle-Reddat. La première chose, c’est qu’il fait très beau, contrairement à la propagande libérale qui dit qu’il fait moche en Belgique ! (Rires) Les gens sont très accueillants, c’est extraordinaire de voir ça. Voir toute cette population qui se regroupe autour des organisations ouvrières, les partis (le PTB, le PC), les organisations syndicales comme la FGTB, qui nous accueille avec énormément de sourires, qui nous témoigne sa sympathie, ça nous fait incroyablement plaisir !

On retrouve l’esprit de la lutte internationale pour les droits des travailleurs. En tant que cheminots grévistes français, on est accueillis en frères, on se sent chez nous. Qu’importe la nationalité, la famille ouvrière est transfrontalière.

On ne sait pas quand ni comment va finir une lutte quand on la commence

Pourquoi était-ce important de venir en Belgique aujourd’hui ?

Matthieu Bolle-Reddat. D’abord, il faut briser le mur du silence. On a parlé avec des militants qui sont au courant de notre lutte mais pas forcément des détails, de tout ce que ça implique concrètement.

Et on se rend compte, en discutant avec des cheminots d’ici, que les attaques que nous subissons en France, ils les subissent ici. On a les mêmes ennemis, les mêmes difficultés, mais aussi les mêmes revendications, les mêmes espoirs. L’idée est que cela puisse se traduire dans les mêmes luttes.

D’un côté, je ne suis pas étonné de cet accueil mais de l’autre, j’avais sous-estimé cette chaleur et cette envie de se battre ensemble. Lors de discussions avec des responsables syndicaux cheminots, très vite ça a fait mouche d’organiser une journée commune d’actions en France et en Belgique sur le rail contre la privatisation, contre la casse des services publics. On n’est pas juste là pour boire un coup, même si ça fait plaisir (rires), mais pour travailler à des convergences pour l’avenir. C’est en train de se construire ici-même, sur le pavé liégeois.

Votre lutte vous dépasse, dépasse le rail…

Matthieu Bolle-Reddat. Je découvre en venant ici la réforme des pensions qui est dans les tuyaux chez vous. C’est le copié-collé de celle que Macron a annoncé à la TV il y a quelques semaines. Donc nous subissons les mêmes attaques, mais pas uniquement au niveau du chemin de fer, des services publics : aussi vis à vis des conventions collectives, des salaires, des pensions... Vis à vis de toutes les conquêtes ouvrières depuis la Libération, en fait. Il y a une réaction mondiale qui veut casser les acquis ouvriers. Il est temps pour la contre-attaque transfrontalière de convergence des salariés de tous les pays, en premier lieu dans l’Union européenne.

On veut reprendre le contrôle de nos vies, de nos moyens de production

Peut-on gagner ? Si oui, comment ?

Matthieu Bolle-Reddat. On n’a pas de boule de cristal. On ne sait pas quand ni comment va finir une lutte quand on la commence. La seule chose dont est sûrs est que, quand on ne la mène pas, on l’a perdue.

Après, oui, on peut gagner. On peut gagner car on est les plus nombreux. On peut gagner car c’est nous qui créons les richesses et que si on cesse de les créer, de les transporter, de les distribuer, le capital est frappé au cœur et il ne peut pas y résister. On a une force irrésistible en nous. Celle du nombre et celle de notre travail qui est la seule richesse créée dans la société. Ca peut nous permettre de les plier.

La question décisive est : se met-on en capacité de construire les conditions de l’unité ? D’empêcher les divisions sectaires entre les syndicats, entre les partis mais aussi à l’intérieur du mouvement ouvrier, entre les salariés du public, du privé, entre les retraités, les actifs, les étudiants, etc. ? Est-on capable de se dire « non, on arrête ce poison de la division et on se met tous ensembles pour résister aux attaques, défendre nos droits mais aussi en conquérir de nouveaux » ? Car il y a encore tant de choses à conquérir…

Par exemple ?

Matthieu Bolle-Reddat. D’abord je me reconnais totalement sur ce qu’à dit votre député, « on ne veut pas que le pain, on veut toute la boulangerie », parce que ce que l’on veut c’est reprendre le contrôle de nos vies, de nos moyens de production. Prendre le contrôle de nos gouvernements aussi, car on ne veut pas qu’en France, par exemple, il soit sous le contrôle du Medef (organisation patronale française, NdlR).

A plus court-terme, il y a des réformes immédiates à arracher : les 30 heures par semaine pour tous les salariés sans perte de salaire, des réformes collectives de haut niveau, la sixième semaine de congés payés, la prise en charge totale de l’assurance maladie et retraite par les cotisations patronales, la revalorisation des pensions pour les retraités…

On veut du pain, oui. On veut des roses aussi. On veut le droit au travail. On veut zéro chômeur. On veut le droit aux loisirs et ne pas rester enchaînés au travail… On veut tout. Toutes ces revendications ne s’opposent pas mais se conjuguent. Elles se conjuguent comme différents métaux d’un alliage qui ferait une belle épée.

 

Faire reculer Macron, c’est faire reculer toute l’Europe des riches défendue par nos gouvernements. Nous pouvons les aider à gagner. Faites un versement sur le compte de la CGT 

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