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« Choisis le kiwi, Maggie » : une pétition pour diminuer le prix des médicaments

Les spécialistes de la santé du PTB et médecins à Médecine pour le Peuple Dirk Van Duppen et Sofie Merckx ont montré dans une nouvelle étude qu’organiser un système d’appel d’offres pour les 25 médicaments qui coûtent le plus cher en remboursement à l’Inami permettrait d’économiser 480 millions d’euros. C’est le principe du modèle kiwi. Une proposition que vous pouvez soutenir en signant la pétition « Choisis le kiwi, Maggie ».

Sofie Merckx. Beaucoup de nos patients sont en colère face à l’augmentation incessante du prix des traitements et médicaments. Mais ce qui les fâche encore plus, c’est l’annonce par la ministre de la Santé Maggie De Block d’augmenter le prix de plusieurs médicaments courants comme les antiacides ou sprays nasaux. Dès le début de cette année, nous avons mené des actions contre cette décision. Des actions qui ont payé, puisque les médicaments antiacides 20 mg (grand format) restent dans la catégorie B et continuent d’être remboursés. Mais ce n’est pas suffisant. Le prix des antiacides et d’autres médicaments reste pour de nombreux patients beaucoup trop élevé. Lorsqu’on compare les prix de certains médicaments chez nous avec ceux pratiqués aux Pays-Bas, on a du mal à comprendre pourquoi notre gouvernement refuse de faire la même chose.

Mais est-ce réellement possible ?

Sofie Merckx. Économiser sur le budget des médicaments sans toucher au portefeuille du patient est tout à fait possible. Si on organise un appel d’offres pour les médicaments — autrement dit le modèle kiwi —, l’Inami pourra faire des économies sur le budget des médicaments sans faire payer l’addition au patient. Aux Pays-Bas, les organismes privés d’assurance soins de santé utilisent déjà ce système pour tous les médicaments qu’ils doivent rembourser aux patients assurés chez eux. Ce qui explique que les prix de nombreux médicaments chez nos voisins sont beaucoup moins élevés que chez nous. L’antiacide Omeprazol coûte en Belgique 53 euros la boîte de 98 capsules, alors qu’il ne coûte que 9 euros aux Pays-Bas. En Belgique, le patient doit payer 14 euros de sa poche, tandis que le patient néerlandais ne paie rien. En Belgique, l’antiacide coûte donc 39 euros à l’assurance maladie, contre 9 euros aux Pays-Bas.

Nous avons réalisé une étude qui montre que l’application des prix néerlandais aux consommations belges des 10 médicaments les plus consommés en Belgique, l'Inami pourrait économiser 203 million d'euros, et les patients 51 millions. Si nous appliquions en plus ce modèle aux médicaments encore sous brevet mais similaires, l'économie pourrait avoisiner les 480 millions. Il s’agit dans ce cas de médicaments sous brevet mais qui sont en réalité similaires à d’autres qui existent déjà. Il s’agit alors de faire jouer la concurrence. Dans le journal De Morgen du 3 mai, le rhumatologue Rene Westhovens, professeur à la KU Leuven, explique qu’il a vu ces dernières années des tas de « nouveaux » médicaments sortir, dont il estime que beaucoup sont très semblables. Cela montre qu’avec une politique publique d’appel d’offre, le prix peut diminuer très sensiblement.

La marge de manœuvre budgétaire créée grâce à l’application du modèle kiwi peut donc permettre de réduire le ticket modérateur à charge du patient, voire de carrément le supprimer.

Pourquoi la ministre refuse-t-elle d’appliquer ce modèle ?

Sofie Merckx. Il est bien entendu impossible de savoir ce qu’elle a en tête, mais ce qui est sûr c’est que les grandes entreprises pharmaceutiques sont contre ce modèle et qu’elles sont bien représentées au sein de son cabinet. En novembre dernier, elle a notamment nommé en toute discrétion Bart Vermeulen, haut responsable de l’industrie pharmaceutique, chef de cabinet adjoint. C’est donc lui qui dirige le département soins de santé et politique des médicaments. Maggie De Block a en effet toujours été plus favorablement disposée envers l’industrie pharmaceutique. Il y a près de 10 ans, lorsque pour la première fois on a discuté du modèle kiwi au Parlement, elle faisait partie des parlementaires les plus farouchement opposés au projet.

Comment allez-vous vous y prendre ?

Sofie Merckx. Le groupe PTB au Parlement va déposer une nouvelle proposition de loi. Mais rien n’empêche la ministre Maggie De Block de déjà faire un premier pas. Par le passé, nous avons également mené des actions de ce genre avec revendication concrète auprès d’autres ministres, des actions qui souvent ont porté leurs fruits. Il suffit de songer à la baisse du prix du paracétamol, du vaccin antigrippe et du vaccin contre le cancer du col de l’utérus en Flandre.

De leur côté, que peuvent faire les gens ?

Sofie Merckx. Dans toutes les maisons médicales de Médecine pour le Peuple et dans tous les secrétariats provinciaux du PTB, nous ferons circuler des pétitions. Nous invitons tout le monde à les signer. La pétition est également disponible en ligne.

Le 6 mai prochain, nous organiserons aussi une excursion en car aux Pays-Bas où nous irons constater de nos propres yeux les bienfaits du modèle Kiwi sur les prix des médicaments.

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