Christine, Monica, Elio et l’« erreur système »

David Pestieau

« Au niveau mondial, 0,5 % de la population détient plus de 35 % des richesses. »1 Non, ce n’est pas Peter Mertens qui parle. Mais Christine Lagarde, la boss du FMI. « Nous devons, et les gouvernements aussi, accorder plus d’attention à une meilleure distribution des richesses. Je ne suis pas une communiste, mais la réalité est là. »2

Non, Lagarde n’est pas contaminée par la fièvre rouge. Elle traduit la peur des élites face aux remous sociaux. Ce qui explique ce nouveau discours.

Mais pas de changement de politique en vue : Lagarde a déclaré qu’il n’y avait « pas d’alternative à l’austérité ». Sauf que Lagarde affirme que, si on applique l’austérité, le capitalisme peut se relancer et assurer une meilleure distribution des richesses. Si on y prête un peu d’attention et qu’on y apporte quelques correctifs. Or chaque jour qui passe montre que le capitalisme produit davantage d’inégalité. Ce système fonctionne sur le moteur du profit. Et la compétitivité ne peut entraîner qu’une spirale vers le bas pour les droits sociaux.

Le gouvernement Di Rupo défend au fond le même discours que Lagarde. Il nous vend la régression sociale tout en affirmant veiller au maintien du pouvoir d’achat et à la réduction des inégalités.

Par exemple. Sans les révélations de Solidaire, puis du Soir, sur l’avant-projet de loi de la ministre sp.a Monica De Coninck, notre gouvernement aurait fait passer en douce ce corset étouffant fixé sur nos salaires pour les six ans à venir. Le projet donne un cadeau de 1,2 milliard d’euros aux patrons qui bloquent les salaires. Un double jackpot. Il met une pression maximale sur l’index : il couple en effet nos salaires à ceux de nos voisins, même si ceux-ci voient leur pouvoir d’achat baisser.

La mainmise d’institutions non élues comme le FMI et la Commission européenne s’accroît

Et le projet De Coninck ressemble comme deux gouttes d’eau à ce que le FMI a recommandé – exception faite de l’extinction de l’index qu’exige le FMI. Celui-ci est sur la même longueur d’onde que la Commission européenne : il s’agit d’« accélérer  » les réformes structurelles pour restaurer « la compétitivité » afin de « renforcer le lien entre l’évolution domestique des salaires et celle des pays partenaires », tout en corrigeant les « déviations » passées3. Est-ce ainsi que les richesses seront mieux distribuées ? Et que le pouvoir d’achat sera maintenu ? Evidemment non.

L’heure n’est pas à se laisser endormir. La mainmise d’institutions non élues comme le FMI et la Commission européenne s’accroît. Il y a des politiques qui dénoncent en paroles la Commission mais s’apprêtent à lui transmettre plus de pouvoirs : ils veulent ainsi voter, en douce, le Traité budgétaire européen. Or ce pacte gravera l’austérité dans le marbre et permettra une intervention plus directe de cette Commission dans les politiques sociales.

Il est temps de résister à cette politique gouvernementale qui, avec ses projets de réformes des salaires et des statuts ouvrier-employé, exécute bravement ces directives. Rendez-vous déjà à la manifestation syndicale du 7 juin à Bruxelles.

1. Discours de Lagarde cité dans Le Monde du 15 mai. Peter Mertens écrivait, sur base des chiffres d’une banque d’affaires suisse, dans Comment osent-ils ? (Aden, 2012) que 0,5 % de la population mondiale possèdait 38,5 % des richesses • 2. The Wall Street Journal, 17 mai 2013 • 3. Le Soir, 18 mai 2013