Médecine pour le Peuple mène campagne contre la politique de Maggie De Block à l'égard des travailleurs malades de longue durée. Ici, une action ludique était organisée à ManiFiesta, la fête de la solidarité. (Photo Solidaire, Karina Brys)

Comment la politique de Maggie De Block pousse aux licenciements

Les employeurs pourront désormais licencier les malades de longue durée sans indemnités, suite à l’une des réformes de la ministre de la Santé. Saskia Deceuninck, médecin à Médecine pour le Peuple, témoigne : certains de ses patients sont déjà inquiets et stressés, et ça ne fera qu’empirer.

Saskia Deceuninck est médecin à Médecine pour le Peuple (MPLP) La Louvière. MPLP a lancé une campagne contre les mesures de Maggie De Block qui s'attaquent aux malades de longue durée, et a notamment lancé le site www.maladeslongueduree.be.

« Dorénavant, l’employeur devra payer 10 % de l’indemnité de maladie lorsqu’un travailleur est en maladie longue durée », explique Saskia Deceuninck. Les patrons vont donc être plus enclins à licencier ces travailleurs malades, là où, auparavant, le fait que la sécurité sociale prenait en charge l’intégralité de l’indemnité permettait de soulager le malade et l’employeur d’une pression à la remise au travail.

C’est d’autant plus le cas, estime Saskia Deceuninck, que, là où la médecin traitant définissait jusqu’à présent le statut et le trajet de réinsertion du travailleur malade, c’est maintenant le médecin du travail qui va faire une analyse pour voir dans quelle mesure le malade est en état de travailler.

« Le problème est que s’il n’y a pas de postes adaptés dans l’entreprise où la personne travaille, le médecin du travail pourra mettre le travailleur en inaptitude médicale. Du coup, l’employeur sera poussé à le licencier, et dans ce cas-là, il n’y a ni préavis ni indemnités à payer. »

Pression, contrôles, quotas

Cela s’intègre en réalité dans toute la logique des mesures de Maggie De Block et du gouvernement, qui veut organiser la chasse aux travailleurs malades de longue durée et pratiquer l’austérité sur leur dos.

C’est ainsi, explique Saskia Deceuninck, qu’« au bout de deux mois déjà, le travailleur va recevoir un questionnaire où on lui demande s’il pense qu’il pourra reprendre le travail, quand, etc. L’accent y est aussi mis sur les aspects non professionnels, où on pose des questions sur la vie privée pour savoir s’il y a autre chose que le travail qui l’empêche de recommencer à travailler. »

Une manière de mettre encore plus la pression et d’augmenter encore le stress que ressentent les malades de longue durée à l’approche des contrôles. « Aujourd’hui déjà, je constate que les patients qui doivent aller voir le médecin conseil sont très inquiets et stressés, et ça ne fera qu’empirer. » Quand on sait que les principales causes des maladies de longue durée sont d’ordre psychologiques, ça promet.

Ainsi, Maggie De Block mise sur 10 000 remises au travail de travailleurs malades. Pourtant, avec ses mesures, c’est la peur au ventre et par crainte des sanctions que beaucoup de gens iront travailler alors que leur santé ne le leur permet peut-être pas vraiment. Les formulations des questions du questionnaire adressé aux travailleurs malades ainsi que l’existence d’un objectif chiffré de la part de Maggie De Block semblent indiquer que, pour le gouvernement, les malades sont des fraudeurs.

Pour le travail, l’accompagnement

« Nous sommes pour le travail adapté, insiste Saskia Deceuninck, mais il doit se faire sur une base volontaire. Et, surtout, à la mesure du patient, avec l’appui du médecin traitant. C’est lui qui peut accompagner et guider le trajet du patient vers le retour au travail. »

Médecine pour le Peuple demande aussi que la loi portant sur les quotas de postes de travail adaptés dans les entreprises soit appliquée, afin de garantir la possibilité de trajets de réinsertion.

« Par ailleurs, les causes des maladies longue durée, c’est-à-dire l’épuisement lié au fait qu’on doit travailler plus longtemps et le stress lié à la flexibilité, ne sont pas du tout abordées. Pour nous, il faut réfléchir globalement, et donc supprimer les mesures touchant aux prépensions et aller vers une semaine de 30 heures avec maintien de salaire. »