Photo Solidaire, Martine Raeymaekers

Concertation sociale : retour à la case départ ?

Le 13 janvier, les syndicats décidaient de donner une chance à la concertation sociale et suspendaient provisoirement de nouvelles actions. Après diverses négociations du groupe des 10 – qui comprend les dirigeants des organisations syndicales et patronales –, on est encore bien loin d’un accord sur une éventuelle marge salariale pour 2015-2016. Et le relèvement de l’âge de la pension à 67 ans, le maintien et la préservation des services publics et la mise à contribution des grosses fortunes n’ont même pas encore été abordés. Ces trois points constituent pourtant, outre la suppression du saut d’index et la libre négociation salariale, l’enjeu de la résistance sociale.

Patrons et syndicats en opposition frontale

Lundi 26 janvier, le groupe des 10 s’est réuni sur la marge salariale, la répartition de l’enveloppe  bien-être et les quelques détails techniques sur le statut unique (dossier ouvriers-employés). L’objectif était de conclure les négociations avec une marge salariale pour 2015-2016. Mais la réunion n’a pas abouti, ayant « à peine porté sur les salaires » [1]. « Rude négociation sur les salaires », écrivait Le Soir [2].

Patrons et syndicats sont en opposition frontale. Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, affirme très clairement que le saut d’index n'a aucune justification. Il est appuyé par la secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska, qui souligne que le saut d’index est une « question très importante ». « Du côté patronal, on ne veut pas entendre parler de retrait du saut d’index. » [3] Les syndicats exigent une marge salariale de 1% pour les deux prochaines années. Ce qui est « manifestement inacceptable pour les employeurs »[4].

Retour à une position plus dure du gouvernement et des patrons ?

Après les grèves, le Premier ministre Charles Michel avait assuré qu’il y avait un immense boulevard ouvert pour la concertation sociale. Ce boulevard évolue-t-il vers une ruelle en cul-de-sac ? Le gouvernement veut-il faire marche arrière sur la concertation sociale ? Avant les vacances de Noël, juste après les grèves très réussies, les tenants de la ligne dure du gouvernement, la NVA et l’Open VLD, ont effectué un virage. Lors des mois précédents, ils ne voulaient céder sur rien et avaient refusé toute concertation sociale sérieuse, répétant leur fameuse phrase « Cela ne figure pas dans l’accord de gouvernement ». Après la grève nationale du 15 décembre, ils ont néanmoins ouvert la porte à la concertation sociale. [5]

Depuis lors, trois éléments poussent à nouveau le gouvernement à durcir sa position.

Un. Le revirement du gouvernement n’est pas du goût de la ligne dure du patronat. Ils estiment que cette concertation sociale ne rime à rien. A la réception de Nouvel-An du VOKA, l’organisation patronale flamande, la critique du gouvernement était générale :  « Le gouvernement leur apparaît comme lâche, incapable de foncer vers les mesure attendues car il tergiverse et se perd dans des discussion jugées stériles. » [6] Cette partie du patronat ne veut faire aucune concession durant la concertation et met en permanence la pression sur le gouvernement pour qu’il durcisse à nouveau sa position.

Deux. Le gouvernement a infléchi sa position sous la pression des actions de grève, et cette pression a disparu ces dernières semaines.

Trois. Les événements autour de Charlie Hebdo ont quelque peu évincé les thèmes socio-économiques de l’actualité. Ce qui donne à nouveau davantage de marge de manœuvre aux tenants de la ligne dure au sein du gouvernement.

Certains événements récents font supposer que nous évoluons vers un nouveau durcissement de la position du gouvernement et du patronat. Prenons le refus d’un assouplissement dans le dossier de la disponibilité dans la prépension. Rien. Pas d’intervention non plus dans le dossier de l’allocation d’insertion et dans l’exclusion de plus de 40.000 chômeurs. Ou aussi le report permanent de la concertation sociale dans les services publics. [7]

Les syndicats feront bientôt une évaluation

Cette évolution sera certainement abordée dans les prochaines évaluations prévues par les syndicats dans les semaines à venir. Le vendredi 30 janvier, la FGTB fera l’état des lieux de la concertation sociale. Pour la CSC, ce sera le 10 février. Dans son dernier tract national, la FGTB écrit : « Si on doit constater une absence de résultats suite à la concertation avec le gouvernement et les patrons sur ces points essentiels [8], un plan d’action sera mis en œuvre dans le cadre du front commun syndical. » [9]

Ces dernières semaines, plusieurs centrales des deux syndicats ont  poussé à reprendre les actions. La CNE a déjà rédigé un préavis de grève pour les mois de janvier et février. [10] Les centrales des services publics des deux syndicats insistent également sur la nécessité de reprendre les actions.

 

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[1] De Tijd, 27 janvier 2015

[2] Le Soir, 27 janvier 2015.

[3] Le Soir, 27 janvier 2015

[4] Le Soir, 27 janvier 2015

[5] Pour plus d’infos, lire l’article «Geen enkele belangrijke toegeving van regering onder de kerstboom » sur ce site.

[6] Le Soir, 9 janvier 2015

[7] Voir https://openbarediensten.acv-online.be/ACV-Openbare-Diensten/Actualiteit/2014/gesprekmetpremier.html en http://www.acodonline.be/artikels/Persbericht.Aspx?nr=4409

[8] Pour les points essentiels, voir le lien ci-dessous

[9] Voir http://www.fgtb.be/web/guest/news-fr/-/article/3086458/&p_l_id=10624

[10] Voir http://www.cne-gnc.be/index.php?m=151&n=2804