Photo Solidaire, han Soete

COP22 : ne laissez pas le débat sur le climat aux diplomates et lobbyistes

auteur: 

Wiebe Eekman

auteur: 

Liza Lebrun

auteur: 

Jos D’Haese

Qui sait que, ce lundi 7 novembre, a débuté un très important sommet climatique ? Combien de nos compatriotes sont-ils au courant de ce que « notre » délégation belge va défendre de l'autre côté de la Méditerranée ? Il est temps que nos ministres de l'Environnement abordent le débat avec toute la société.

Du lundi 7 au vendredi 18 novembre, les négociations climatiques s'installent à Marrakech, au Maroc. C’est la COP22, qui succède au sommet de Paris (COP21) lors duquel, en décembre 2015, le débat public imprégnait toutes les couches de la société. Aujourd'hui, c'est un silence de mort qui règne...

2015 aurait dû être une année charnière. Dès 2007 déjà, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations unies déclarait que les rejets mondiaux de gaz à effet de serre devaient drastiquement diminuer. Bien que l'énergie renouvelable et l’écocitoyenneté aient incontestablement le vent en poupe, l'inflexion de la courbe ne s'est pas produite. En dépit du vent froid de novembre qui souffle chez nous, 2016 aura bel et bien été l'année la plus chaude depuis le début des relevés de température. La température mondiale à dépassé le degré symbolique de réchauffement et le CO2 dans l'atmosphère a franchi la barrière de 400 ppm.

« The time is now » (le moment, c'est maintenant) entend-on depuis longtemps déjà du côté des organisations environnementales. Mais, aujourd'hui, cette nécessité s'est encore accrue. Des rapports récents expliquent que, pour limiter le réchauffement à deux degrés Celsius, on ne peut plus ouvrir de centrale au charbon ni forer de puits de pétrole. Les rejets doivent baisser de façon draconienne et nous devons même nous mettre activement à capter du CO2 dans l'atmosphère via le reboisement et la remise en place d'écosystèmes. Les nouvelles technologies pour capter le CO2 des gaz de combustion ou pour le retirer de l'atmosphère sont aujourd'hui suffisamment perfectionnées pour être appliquées.

Nous avons beaucoup de choix à faire, en tant que société. Des choix concernant un avenir durable et la façon d'y arriver. Des choix en faveur de la justice sociale et sur la façon dont nous allons payer la facture de la transition verte. Ces choix méritent un débat.

Il y a bien eu un « Sommet climatique flamand », même s'il était significatif qu'il se soit déroulé dans les bâtiments de la banque KBC. Les dirigeants d'entreprise ont eu largement l'occasion d'y prendre la parole. Les syndicats, par contre, n'avaient pas été invités.

Et, bien sûr, il y a eu des « rencontres d'actionnaires » concernant la concrétisation de l'accord de Paris et la préparation de Marrakech. Peter Wittoeck, le principal négociateur belge, fait du bon travail en informant les représentants des organisations environnementales, des syndicats et des entreprises. Mais ces réunions sont tellement saturées de jargon compliqué (à moins que vous ne sachiez ce que signifient LULUCF, CDM, JISC et AFOLU ?) que seuls des spécialistes peuvent s'y retrouver. Quelles sont malgré tout, dans ces rencontres, les informations extrêmement importantes qui filtrent vers la population en général ? Quels en sont les retours vers le monde associatif au sens large ? Il y en a bien trop peu, malheureusement. Les solutions et compromis proposés risquent par conséquent de n'être pas portés par la population. Une base portante fait en tout cas défaut, actuellement.

La commotion provoquée par la signature de l'accord de libre-échange CETA ne nous enseigne-t-elle pas que des accords ayant un tel impact méritent bien un large débat ? Et le climat n'est-il pas par excellence un thème d'un intérêt universel ? Le sommet climatique des Nations unies à Marrakech (la COP22) mérite plus qu’une concertation diplomatique en vase clos, comme c’est le cas actuellement.

L'accord de Paris – une amorce, selon les Nations unies – n'est entré officiellement en vigueur qu’il y a quelques jours – le 4 novembre. À Marrakech, les paroles devraient se muer en actes. À propos de la justice sociale, par exemple. Nombre d'organisations africaines se sont réunies à Casablanca, en septembre, pour préparer la COP22. Une fois de plus, elles ont mis l'accent sur le fait que c'étaient les nations les moins responsables du réchauffement climatique qui, aujourd'hui, en subissaient les dommages les plus graves. Les pays les plus riches tentent toujours de se soustraire à leur responsabilité historique.

De même, la question du financement sera une fois de plus débattue, à Marrakech. Selon l'accord de Paris, les pays les plus riches devraient aider les plus pauvres à progresser sur la voie d'une économie pauvre en carbone. Ces mêmes pays riches paieraient également les pertes et dégâts encourus du fait de catastrophes naturelles relatives au climat. Mais, ici aussi, nous remarquons que ces pays riches, dont la Belgique, restent très éloignés des promesses qu'ils avaient faites à Copenhague en 2009. Et, maintenant que le réchauffement de la terre d'un degré entier est un fait accompli, les besoins sont encore plus grands et nous restons encore plus à la traîne avec nos promesses non tenues.

Ce n'est donc pas la matière à débats qui manque à Marrakech. Voici cinq points autour desquels nous aimerions voir la discussion démarrer le plus tôt possible.

1. La justice sociale. Il s’agit d’une revendication récurrente de la Confédération syndicale internationale. Les principes figurent sur papier, mais la mise en pratique, comme nous l'avons écrit plus haut, se fait attendre. Comment allons-nous faire en sorte que personne ne soit abandonné sur le côté du chemin censé mener à un avenir vivable ?

2. L'ambition. Greenpeace a calculé pour nous que, pour ne pas dépasser le seuil de 1,5 degré de réchauffement, toutes les centrales au charbon devront être fermées d'ici dix ans et qu'en 2030, plus aucune voiture ne devrait encore rouler à l'essence, au diesel ou au gaz. Pendant ce temps, la FEB s'obstine à prétendre que les objectifs européens ont été fixés trop haut pour la Belgique. Comment allons-nous transformer les belles paroles de Paris en actes ?

3. La politique énergétique de l'Europe. L'Union européenne parle du passage à une économie pauvre en carbone. En même temps, elle veut surtout que les entreprises européennes soient « plus compétitives ». Cette politique de l'énergie orientée sur le marché ne doit-elle pas être revue ? Aujourd'hui, dans divers pays européens, les entreprises énergétiques municipales sont les pionnières de la révolution verte. Les autorités ne doivent-elles pas adopter l'écologie et le social comme premiers critères ?

4. Le commerce des émissions. Les discussions sur la réforme de ce système, dans lequel de l'air propre se négocie comme des pommes et des poires sur le marché, atteignent des sommets. Mais le vrai débat ne serait-il pas de savoir si, quoi qu'il en soit, ce système a lieu d’être ? Il semble surtout d'une inefficience définitive et il constitue une pierre d'achoppement à toute politique climatique ambitieuse. En 2050, l'Europe devra pratiquement être libérée du carbone. N'est-il pas temps que nous planifiions la chose par étapes et que nous établissions des normes et des obligations intermédiaires ?

5. Les taxes sur le carbone. L'organisation patronale FEB plaide pour la fixation d'un prix sur le carbone. Comme ce prix est calculé de la même façon que s'il s'agissait d'une simple marchandise, le marché pourrait remplir « son office ». Pourtant, les mouvements écologiques asiatiques et latino-américains combattent cette idée depuis 2009 déjà. Même le pape l'a rejetée dans son encyclique. Le principe du « pollueur payeur » ne risque-t-il pas, sinon, de se muer en un mécanisme du « payeur pollueur » ? L'air propre n'est-il pas un bien commun qui n’a pas de prix ?

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Commentaires

Vous avez constaté que les syndicats n'avaient pas été invités dans le nord du pays. Sachez que dans les dictatures d'extrême droite les syndicats sont toujours ignorés. Et pour le pays il y a beaucoup de chances que le point de vue flamand prévale .Il ne faut pas compter sur nos pauvres couards de politiciens du sud faisant partie du gouvernement pour s'opposer aux décisions des milieux patronaux du nord du pays et leurs acolytes . Ils s'arrangeront pour que ce soit les Autres qui paient c'est à dire NOUS!