Les cinq cubains réunis à Cuba, ce 18 décembre. Photo Estudios Revolución

Cuba obtient un changement de cap fondamental des États-Unis

auteur: 

Marc Botenga

« 12 heures de blocus équivalent à toute l'insuline nécessaire pendant un an pour les 64.000 patients du pays. » Photo Flickr/ stml
1er juin 2013, journée internationale de solidarité avec les cinq cubains. Ici, manifestation à Bruxelles devant l'ambassade américaine. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)
Fernando Gonzalez, un des cuban five, à ManiFiesta, fête de la solidarité de Solidaire et Médecine pour le peuple (septembre 2014) Photo Katrien De Muynck

Raoul Hedebouw, député fédéral du PTB, se réjouit de la normalisation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba: "C'est le résultat de plus de 60 ans de lutte d'un peuple de seulement 10 millions d'habitants."

Raoul Hedebouw, député fédéral du PTB, se réjouit de la normalisation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba : « C’est une chose positive. C’est le résultat de plus de 60 ans de lutte du peuple de cet Etat de seulement 10 millions d’habitants. Le gouvernement américain a enfin pris en compte la réalité et a bien dû admettre que la politique de l’embargo n’a pas marché. C’est aussi un bon signe pour tous les pays du tiers-monde où souffle un vent d’indépendance. Les Etats-Unis doivent comprendre qu’ils ne peuvent plus jouer le rôle de gendarme du monde. Actuellement, les Etats-Unis ont des soldats dans un pays sur deux dans le monde, vous vous rendez compte ? »

Une victoire pour la population cubaine

La décision du président Barack Obama de changer fondamentalement de cap par rapport à Cuba constitue une grande victoire pour le peuple cubain. Pendant près de 55 ans, les Etats-Unis ont essayé d’isoler Cuba au plan diplomatique et de l’étrangler économiquement. Washington voulait punir La Havane suite à la révolution cubaine de 1959 qui a renversé le dictateur pro-américain Fulgencio Batista, qui a choisi sa propre voie et déclaré vouloir construire une société socialiste. Depuis lors, l’agression américaine envers Cuba a pris différentes formes. L’embargo meurtrier, qui a entre autres fortement limité la disponibilité de la technologie médicale, est le plus connu. Raoul Hedebouw fait une comparaison avec la Belgique : « Si, demain matin, les Etats-Unis décidaient d’appliquer un tel embargo à la Belgique et interdisaient nos exportations, notre économie, tout comme toutes nos réalisations sociales, seraient complètement anéantie par une crise sans précédent. »

La société cubaine, organisée en un grand nombre d’organisations de base, a cependant persévéré dans sa voie. D’une part, pour un pays pauvre et inexpérimenté du tiers-monde, cela n’est pas toujours allé de soi ; et, clairement, des erreurs ont été commises, tant au plan interne qu’au plan international. D’autre part, les réalisations cubaines ont obtenu de grands résultats, entre autres dans le domaine de la santé, qui sont aujourd’hui l’objet d’éloges tant de l’Organisation mondiale de la santé que de plusieurs présidents de la Banque mondiale. L’espérance de vie a grimpé à 78 ans, juste en dessous de la moyenne des Etats-Unis. La mortalité infantile est de 4,7 pour 1000, ce qui est même plus bas que les Etats-Unis, pays pourtant environ 8 fois plus riche que Cuba. Et les centaines de médecins et infirmiers cubains partis en Afrique de l’Ouest lutter contre le virus Ebola font l’objet de louanges internationales.

L’échec de la politique agressive des États-Unis

Au cours des dernières années, l’échec de la politique américaine envers le peuple cubain est devenu de plus en plus évident. Au lieu d’isoler Cuba, ce sont les Etats-Unis qui se sont de plus en plus isolés. En octobre, 188 des 193 membres de l’Assemblée générale des Nations unies ont voté pour une levée de l’embargo économique, commercial et financier américain. Seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre. Et seuls les mini-Etats de Palau, Micronésie et des Iles Marshall se sont abstenus. En avril 2014, malgré la résistance de Washington, le Sommet des Amériques, une rencontre formelle des chefs d’Etat d’Amérique du Nord, du Sud et centrale, a également exigé que Cuba soit représenté en 2015. Cuba fait aussi partie d’autres organisations de coopération latino-américaines comme l’ALBA, l’Unasur et la Celac, dont les Etats-Unis ne sont pas membres.

La normalisation des relations avec les Etats-Unis peut apporter pas mal d’améliorations à la société cubaine. Une levée progressive ou partielle du blocus, l’accroissement des nécessaires investissements, des contacts avec les Cubains aux Etats-Unis et plus de touristes devraient pouvoir booster le développement économique et social de l’île. Le spécialiste de Cuba Marc Vandepitte a expliqué à l’émission télévisée Terzake (VRT) que la normalisation peut aussi avoir pour effet que « les Cubains et la société cubaine vont aussi pouvoir adopter une position moins crispée. Actuellement, ils ont en quelque sorte le sentiment d’être une forteresse assiégée, après toutes ces années d’agression économique, diplomatique, etc. Ce qui a entraîné un certain durcissement de l’intérieur. Cette société va donc probablement s’ouvrir davantage à l’avenir. » En même temps, cela place évidemment aussi toute la société cubaine devant de nouvelles incertitudes et de nouveaux défis. Obama montre en effet clairement d’autres manières pour en finir avec le système cubain.

Les Cuban Five libres

Ce 17 décembre, la libération par les Etats-Unis de ceux qu’on appelle les « Cuban Five » a été pour Cuba un élément essentiel dans la restauration des relations diplomatiques avec Washington. Ces cinq Cubains avaient été arrêtés en septembre 1998 à Miami et accusés d’espionnage, mais La Havane avait précisé qu’ils étaient là pour rassembler des preuves sur des groupes et personnes spécifiques qui préparaient des attentats terroristes contre Cuba. Les procès contre les « Five » avaient suscité des critiques internationales de la part d’avocats et d’organisations des droits de l’homme. Leur libération est aussi le succès d’une impressionnante campagne internationale de solidarité, en partie mise sur pied en Belgique.

Parallèlement à la libération des Cinq, Cuba a laissé un espion américain anonyme retourner aux Etats-Unis, tout comme le prisonnier américain Alan Gross. Gross avait été condamné à 15 ans de prison pour avoir, sous le couvert d’un travail de « développement », tenté d’installer un réseau de communication sophistiqué à Cuba, peut-être sur instructions de la CIA, au mépris des lois cubaines.

Dans son discours après l’annonce de la libération des « Cuban Five » par les Etats-Unis, le président cubain Raul Castro a souligné que Cuba maintiendrait son cap et poursuivrait dans son modèle de société. D’après lui, il est possible de discuter des nombreux avis divergents entre les deux pays, mais cela doit se faire sur un pied d’égalité et dans le respect de l’indépendance des Etats respectifs. Le pas en arrière que doit aujourd’hui faire l’Etat le plus puissant au monde est clairement un signe d’espoir pour chaque pays en développement qui veut suivre sa propre voie et pour tous ceux qui défendent la justice sociale.

Ce changement politique des Etats-Unis signifie aussi une chance pour l’Union européenne d’accélérer et approfondir la redéfinition et la normalisation de ses relations avec Cuba, dans le plein respect de la souveraineté cubaine.

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