De Chypre à la Belgique, changer d’urgence le moteur de l’Europe

David Pestieau

J’ai failli tomber de ma chaise l’autre jour. Un journaliste a demandé : « Les recettes de l’austérité finiront par payer, dites-vous, ce ne sont pas des efforts vains qui cassent la machine économique ? » Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a répondu : « Pas du tout. D’ailleurs, la récession n’est pas due à l’austérité. Qui a, en Europe de l’Ouest, été très graduelle. Le problème fondamental, c’est la confiance. Il y a beaucoup de pouvoir d’achat, mais beaucoup de gens gardent leur argent sur leur compte épargne et ne le dépensent pas. Par notre politique, nous devons rendre confiance aux consommateurs et alors la croissance reviendra... »1.

Vous avez bien lu : « La récession n’est pas due à l’austérité. » Herman n’a visiblement pas lu les chiffres en Italie, en Grèce ou en Espagne. Ni les données de la Banque nationale de Belgique, qui démontrent le contraire.2.

L’austérité « graduelle » ? Pour les 150 000 chômeurs qui ont vu leur pouvoir d’achat baisser de 12 à 42 % depuis novembre ? Pour les centaines de milliers de travailleurs qui ont vu leur carrière s’allonger de deux à quatre ans ?.

On vous demande de dépenser le fruit de vos économies et, si vous êtes méfiants, on vous le prend pour sauver le secteur bancaire.

Non, « le problème fondamental, c’est rendre la confiance aux petits épargnants ». Au moment même où une taxe sur les épargnants chypriotes était prise sous l’impulsion de l’Union européenne. On vous demande de dépenser le fruit de vos économies et, si vous êtes méfiant, on vous le prend pour sauver le secteur bancaire. Il faut le faire !

Van Rompuy a décrit le consensus atteint au sommet européen de la semaine dernière : « Notre stratégie reste la stabilité financière et l’assainissement budgétaire (l’austérité, NdlR), mais avec une certaine flexibilité. Mais ce qui est fondamental, ce sont les mesures structurelles. »

Des mesures structurelles ? Van Rompuy veut dire réforme du chômage et des pensions, comme chez nous. Il veut dire blocage salarial, généralisation des heures supplémentaires. Et aujourd’hui, le gouvernement pourrait faciliter les licenciements, comme le demandent les dirigeants européens. Ainsi, dans le cadre de l’harmonisation du statut employé-ouvrier, le gouvernement pourrait avaliser une diminution des préavis et du montant payé pour 57 % des travailleurs du privé : les employés.

Dans les prochains jours, le Parlement fédéral et les parlements régionaux doivent approuver le Traité budgétaire européen qui graver l’austérité dans le marbre.

Ceux qui mettent en œuvre ces réformes structurelles, ceux qui votent ce genre de traités se rendent complices de cette politique qui plonge l’Europe chaque jour davantage dans la crise.

Face à la classe qui dirige cette Europe de l’inégalité et de la concurrence, le monde du travail a besoin d’une autre Europe : celle de la solidarité et de la coopération. Qui fait payer enfin banquiers, millionnaires et spéculateurs pour leur crise. Un large mouvement populaire peut faire changer la peur de camp. Comme le pressent Jean-Claude Juncker, qui était jusqu’il y a peu le président de l’Eurogroupe : « Je n’exclurais pas que nous courions le risque de voir une rébellion sociale. »3

1. RTBF radio, 18 mars. • 2. Voir notre dossier « 6 mythes sur les salaires », Solidaire n°11 du 14 mars 2013. • 3. Point presse après sommet européen, 14 mars 2013.