De Wever veut se passer de la justice

Le président de la N-VA Bart De Wever propose que le bourgmestre ou la police puisse incarcérer, mettre sur écoute, prendre en filature n’importe qui ou encore lire ses e-mails, et ce, sans l’intervention d’un juge d’instruction. La justice fera ainsi place à l’arbitraire du bourgmestre et de la police.

Selon ses propres mots, De Wever veut une « administration armée ». Il veut pouvoir fermer des maisons dont « il sait qu’il s’y passe des choses suspectes », il entend faire suivre des personnes par sa police et les services de renseignement, placer leurs GSM sur écoute et les faire arrêter sans mandat judiciaire. « Actuellement, je ne puis intervenir qu’après que des faits répréhensibles ont été commis. Je ne peux pas intervenir de façon préventive », regrette-t-il.

Il qualifie sa proposition de « Patriot Act » belge. Il s’agit d’une loi introduite par le président Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Ce que De Wever ne dit pas, c’est qu’elle s’est soldée par un fiasco total. Elle n’a déjoué aucun attentat terroriste, mais a toutefois fait en sorte que des centaines de personnes se retrouvent en prison sans aucun forme de procès.

De Wever fait comme si, aujourd’hui, l’on ne disposait d’aucun moyen pour intervenir de façon préventive contre des suspects. Pourtant, la justice peut faire filer ce genre d’individu, mettre son GSM sous écoute et l’appréhender. Le suspect n’a pas besoin d’avoir commis un méfait pour appliquer ces mesures. Mais c’est la justice qui décide, et non un bourgmestre ou un commissaire de police. Malgré ces possibilités, les attentats n’ont pas cessé. Cela signifie que la justice doit disposer non pas de moins, mais de davantage de possibilités. Ainsi, depuis les attentats de Paris déjà, la PTB propose qu’il y ait plus de juges d’instruction, que, pour chaque combattant en Syrie, une enquête judiciaire soit ouverte et que l’on tienne étroitement à l’œil les individus dangereux. Au lieu de perdre du temps avec des contrôle arbitraires, la police pourrait suivre les individus dangereux de façon ciblée, sous les ordres et le contrôle d’un juge d’instruction.

On pourrait se demander ce que De Wever cherche, en fin de compte. Veut-il faire suivre des gens qui ne se comportent pas de façon suspecte ? Désire-t-il également mettre leurs GSM sous écoute, boucler leurs maisons et les arrêter préventivement ? Si c’est le cas, on se retrouve dans un régime autoritaire et dans une société totalement sous contrôle policier. C’est ainsi que se développe un comportement policier qui ne tient plus aucun compte des dispositions légales mais débouche entièrement sur l’arbitraire. « Je ne suis pas un partisan de Big Brother », dit De Wever. N’empêche qu’il s’en rapproche dangereusement.  

Il y a d’ailleurs de fortes chances que le régime répressif que défend De Wever se solde par plus de radicalisation et de division encore. Sa proposition n’a rien d’efficace, elle est antidémocratique et les mesures qu’il préconise pourraient être utilisées contre n’importe qui. D’ailleurs, qui sont ces personnes que De Wever compte tenir à l’œil ? Il parle aujourd’hui de jeunes qui se radicalisent. Ces jeunes uniquement ? Lors de l’agitation sociale d’il y a quelques mois, la N-VA parlait des « terroristes syndicaux » et le ministre président flamand Geert Bourgeois faisait savoir tout récemment qu’il valait mieux cracher sur les actions sociales. En ce sens, syndicats et grévistes sont-ils également visés ?

Une lutte efficace contre le terrorisme peut être organisée d’une tout autre manière.

Sur le sujet, voir la « résolution du PTB en vue d’une lutte efficace et démocratique contre le terrorisme »