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Débat entre Raoul Hedebouw (PTB) et Christiane Vienne (PS) à la CGSP Tournai

auteur: 

Bruno Stas

Nous sommes habitués à la présence des porte-parole du PTB sur les plateaux de télévision depuis les élections communales de 2012. Au niveau local, des face-à-face PTB-PS devant des publics syndicaux ou autres se mettent de plus en plus souvent en place, comme ce mardi 23 octobre à Tournai dans les locaux de la FGTB. Devant un parterre de plus de 100 syndicalistes, métallos, et agents de services publics principalement, le duel entre Raoul Hedebouw, porte-parole PTB et Christiane Vienne, ancienne ministre PS, n'a pas déçu.

Trois thèmes concrets de politique gouvernementale intéressaient particulièrement le public : les salaires et l'index, les pensions et les services publics ont été abordés par les deux orateurs, nourris par une multitude de questions bien précises et bien à-propos de la part d'un public avide de réponses. Trois thèmes susceptibles, selon les organisateurs, d’offrir une vision transversale du projet de société, du rôle d’un parti de gauche en temps de crise. Nous relatons le premier et le dernier thème où les débats, s’ils se sont toujours déroulés dans la bonne humeur, ont été vifs. 

Allez-y Messieurs les négociateurs syndicalistes : pour les augmentations la voie est libre.

Sur le gel des salaires, c'est à Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, que l’on demande en premier de se jeter à l’eau. Et il le fait d’ailleurs tout de go, sans avoir pris le temps auparavant de se mouiller un peu le visage et la nuque. De fait, il rentre dans le vif du sujet. « On ne discute pas ici d’une rumeur ou d’un bruit de couloir. Un Arrêté royal bloque d’ores et déjà les salaires pendant deux ans. Le plan de la ministre De Coninck de modifier la loi de 96 pour les bloquer jusqu’en 2018 est actuellement mis « au frigo » suite aux révélations de notre journal, Solidaire. ».

À partir du moment où on est d’accord d’utiliser les travailleurs comme marge d’ajustement, on s’embarque dans une spirale vers le bas d’où aucun avantage pour les travailleurs ne peut surgir.

Ce dossier fait d’ores et déjà peur dans les milieux syndicaux : « Le pêché originel dans ce dossier comme dans d’autres, enchaîne Raoul Hedebouw, c’est d’accepter de rentrer dans le débat de la compétitivité. À partir du moment où on est d’accord d’utiliser les travailleurs comme marge d’ajustement, on s’embarque dans une spirale vers le bas d’où aucun avantage pour les travailleurs ne peut surgir. » Applaudi par la salle, il continue : « Mais la Banque Nationale Belge le dit mieux que moi. Dans leur rapport, on lit clairement que le recul du PIB résulte de la contraction de la demande. On consomme donc moins parce que le pouvoir d’achat diminue. Et la BNB précise même que ce n’est pas le « sauvetage » de l’index qui va y changer quelque chose. » Christiane Vienne rappelle que le PS n’est pas dans ce gouvernement « par plaisir », mais par sentiment de devoir, dit-elle. D’ailleurs, ils se sont donnés une triple mission en y rentrant. Trois « tabous » auxquels on ne pourrait toucher : la préservation de l’index, refuser de limiter les allocations de chômage dans le temps, et préserver la TVA.

Et d’enchaîner : « La croissance en Belgique est liée à hauteur de 50% à la demande intérieure. Augmenter les salaires reviendrait à ne plus vendre nos produits à l’étranger. D’un autre côté, les revenus n’ont pas baissé d’un centime. Ainsi, il serait faux d’affirmer que les salaires sont gelés. L’index, les augmentations barémiques ainsi que la marge de négociation par secteur garantissent le fait qu’ils continuent  à augmenter. »

S’il y a 1000 chômeurs et 900 emplois, 100 personnes resteront en tout cas sur le carreau. J'ai obtenu ce chiffre en faisant 1000-900 = 100. Si vous voulez, j'envoie le logiciel qui permet de faire ce calcul à l'Institut Émile Vandervelde (l'institut d'étude du Parti socialiste).

Raoul Hedebouw remerciera d’ailleurs dans son intervention « Mme Vienne pour sa générosité, vu que la consigne qu’ont reçue les différentes commissions paritaires était que la marge de négociation sectorielle dont elle parle serait équivalente à … zéro. Apparemment, il y a quand même de la marge !!! Je  m’attendais à ce que tu viennes distiller le discours habituel du « moindre mal ». Mais au lieu de ça, tu viens présenter un bilan soi-disant positif. Un vrai parti de gauche, face à des difficultés, ne dit pas « On se bat pour vous, rentrez chez vous, on est au charbon pour vous et sans nous ce serait pire. ». Non, un vrai mouvement de gauche, un vrai parti de gauche se bat pour donner aux gens de l’espoir. De l’espoir et de la Résistance. »

Les services publics sauvés ou sabordés par les partis socialistes d'Europe?

Raoul Hedebouw : « Il est un service public dont on ne parle quasi jamais et qui va bientôt trinquer du fait des nouvelles décisions des différents gouvernements : Les communes. Si on ne met pas rapidement un rapport de force en place afin de sauver les communes, on va droit dans le mur et les conséquences risquent d’être catastrophiques ». Le permanent CGSP responsable des communes Pascal Douliez confirme et tire à la sonnette d'alarme : dans les communes le lundi à Ath, le mardi à Perulwez, le mercredi à Lessines, je ne gère que des licenciements collectifs cette semaine. Les subsides pour l'aide aux étrangers sont retirés au CPAS. Où va-t-on ? »

Un peu piquée à vif, Christiane Vienne réagit : « Après tous les combats que le PS a menés ces dernières années pour sauver les services publics, on ne va certainement pas s’arrêter en chemin ! » Intervention que Raoul renvoie d’un revers bien balancé : « Toutes les privatisations au niveau Européen trouvent leur origine dans un texte qui a été voté par l’Europe à un moment où 13 des 15 Etats-membres étaient dirigés par … des sociaux-démocrates. Le ministre qui a mené à bien ces privatisations – appelées alors de manière ironique « consolidations stratégiques »  - s’appelait Elio Di Rupo. Si encore on l’entendait s’excuser de ses erreurs de jeunesse, je pourrais peut-être l’entendre.  Mais Elio ne s’est jamais justifié de ces privatisations. »

Réalisme du banc patronal ou de la gauche? Oser rêver ou vendre du rêve...

Christiane Vienne interpelle : « Raoul se trompe totalement de chemin, c'est celui du « Ya qu'a ». Nous en Belgique ne vivons pas sur une île. Si votre choix est demain « on rase gratis », alors vous vendez du vent. Tes promesses ne font que rêver. » La réplique de Raoul Hedebouw : « On m’accuse de rêver ? Si le gouvernement pense sincèrement qu’en appliquant l’austérité – la même déjà appliquée 1000 fois en Grèce, Portugal, Espagne, Afrique, Amérique Latine, etc. et qui ne marche pas - il va nous faire sortir de la crise, c’est le gouvernement qui rêve. » Il poursuit : « Depuis 1984 que l’on est en crise, on nous annonce le bout du tunnel dans les deux ans. C’était d’abord le gouvernement Gol-Martens. Puis sont venus Dehaene, Verhofstadt, Leterme et maintenant Elio. Tous nous promettent la sortie du tunnel. À ce rythme-là, ils auront bientôt fait le tour ! » « C’est lorsqu’on recommencera à rêver collectivement qu’on pourra poser les bases d’un monde plus juste. Quand nos ancêtres du mouvement ouvrier ont voulu sortir les enfants des mines, Cockerill de Seraing a hurlé au scandale. Cela allait faire perdre toute compétitivité au secteur minier et sidérurgique. Heureusement que nos grands-parents ont osé rêver. »

On m’accuse de rêver ? Quand nos ancêtres du mouvement ouvrier ont voulu sortir les enfants des mines, Cockerill de Seraing a hurlé au scandale. Cela allait faire perdre toute compétitivité au secteur minier et sidérurgique. Heureusement que nos grands-parents ont osé rêver.

L'ensemble des personnes présentes a pu assister à un débat franc entre gens de gauche, dans le respect mutuel, avec de belles passes d'armes idéologiques, mais aussi des moments bien teintés d'humour et d’une même volonté de refuser de ce que la droite veut imposer aux travailleurs. Les deux orateurs ont donc eu le bon goût de ne pas se tromper d’ennemi et de penser à agir ensemble plutôt qu’à se mettre des bâtons dans les roues. Les délégués syndicaux présents ont voulu encourager les orateurs à continuer dans cette voie de la reconstruction d'une alternative à gauche des partis traditionnels. Le responsable des métallos de Tournai Robert Senechal a bien clôturé l’événement : « je ne vais pas faire de conclusions politiques, mais je penche quand même hein (rires) »