Photo Solidaire, Karina Brys

Débat ManiFiesta | Quelle voie pour l’Europe ?

auteur: 

Marc Botenga

Les Britanniques ont choisi de quitter l’UE. L’économie grecque poursuit sa dégringolade. L’Espagne et le Portugal risquent des sanctions européennes. Les Français protestent en masse contre la Loi Travail. Et en Italie se profile une crise politique. L’appel à une Europe radicalement différente est de plus en plus strident.

Fin juin, les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union européenne. En Grèce, l’économie poursuit sa descente aux enfers. L’Espagne cherche désespérément un gouvernement et est, tout comme le Portugal, menacée de sanctions par la Commission européenne. La France fait face à un énorme mouvement de contestation sociale contre la Loi Travail – inspirée par l’UE. Et l’Italie prépare un référendum constitutionnel qui pourrait entraîner une sérieuse crise politique. 

Des plaintes systématiquement ignorées

Le référendum britannique pour ou contre le Brexit a été organisé par un Premier ministre qui cherchait avant toute chose à sauver sa peau. La plupart des Britanniques qui ont voté pour le Brexit l’ont fait parce qu’ils en avaient assez des fermetures de commerces, des bas salaires et du dumping social. En Grande-Bretagne, en huit ans, les salaires réels ont diminué de 10,4 % et les rues commerçantes se sont vidées. De son côté, l’élite cherche à minimiser les conséquences du référendum. Cette attitude est classique au sein de l’Union européenne. En 2005, par exemple, les Français et les Néerlandais se sont exprimés contre la Constitution européenne, mais leur appel au changement a été ignoré. En 2008, les Irlandais ont voté contre le Traité de Lisbonne, mais ils ont dû revoter. Et le résultat du référendum néerlandais, opposé à l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, a lui aussi été balayé sous le tapis. Aujourd’hui encore, l’élite britannique et européenne reste sourde aux plaintes du peuple britannique. 

Une nouvelle crise « grecque »

À l’autre bout de l’Europe, les choses vont également très mal. Voici un peu plus d’un an, l’Union européenne imposait à la Grèce un terrible diktat : tout devait être privatisé, y compris les îles, et il fallait économiser encore davantage. Un an plus tard, les conséquences s’avèrent dramatiques. La Grèce produit de moins en moins et, selon le Fonds Monétaire international (FMI), la dette publique pourrait atteindre 250 % du PIB. Une nouvelle crise « grecque » semble de plus en plus inévitable. 

Démission de Renzi ?

La situation en Italie inquiète également l’élite européenne. Cet automne, un référendum constitutionnel y sera organisé. Le Premier ministre social-démocrate Matteo Renzi veut revoir la Constitution. L’objectif est d’octroyer davantage de pouvoir au gouvernement. Renzi a promis de démissionner si le référendum échouait, ce qui pourrait alors entraîner une grande crise politique. En effet, le pays, déjà confronté à une faible économie, doit aussi faire face à un système bancaire fragilisé avec jusqu’à 20 % des emprunts émis qui ne seraient plus remboursés. Renzi propose de verser des milliards aux banques, alors que les simples citoyens se serrent la ceinture depuis des années. 

Quant à l’Espagne et au Portugal, la Commission européenne envisage de les sanctionner pour ne pas avoir suffisamment appliqué la politique européenne. Mais elle n’ose pas le faire pour l’instant, car la crise est beaucoup trop importante. Sans oublier que l’Union européenne y est impopulaire. Lors des dernières élections en Espagne, la liste Unidos Podemos, qui insiste sur la nécessité de changer fondamentalement l’Europe, a remporté une voix sur cinq. 

Cinq personnalités qui défient l’élite européenne

De Londres à Athènes, l’appel à une Europe fondamentalement différente recueille une forte adhésion. Mais dans quelle direction l’Europe peut-elle et doit-elle aller ? Pour débattre de cette question, ManiFiesta accueillera cinq personnalités éminentes qui toutes se sont opposées à l’Union européenne.

Zoe Konstantopoulou : « Ce qui se passe aujourd’hui en Europe, avec l’aide et la collaboration directe des représentants des institutions européennes, est totalement illégal et contraire à la démocratie, et finira par déchirer l’Europe. »

Le 6 février 2015, Zoe Konstantopoulou était élue présidente du Parlement grec. Cette avocate qui comptait parmi les membres les plus dynamiques et les plus francs du Parlement s’est radicalement opposée aux diktats de l’Europe et à sa politique d’austérité. Elle a également organisé un audit de la dette publique grecque, dont la conclusion soulignait que le peuple grec n’était pas responsable de la dette et qu’en conséquence, ce n’était pas à lui d’en payer la facture. En août 2015, après l’acceptation d’un nouveau mémorandum européen par le gouvernement Tsipras, Zoe Konstantopoulou a quitté le parti Syriza.

Alberto Garzón : « Le référendum sur le Brexit n’est pas le problème, il en est juste un symptôme. Le symptôme d’une maladie qui secoue l’Europe depuis des décennies, mais qui s’est aggravée avec la crise. »

En Espagne, lors des dernières élections, Alberto Garzón, leader de la coalition de gauche Izquierda Unida, a fait campagne aux côtés de Pablo Iglesias, chef de file de Podemos. Il a été élu au Parlement pour la première fois en 2011, à l’âge de 26 ans, devenant ainsi le plus jeune député d’Espagne. Communiste affirmé, il est aujourd’hui le politicien le plus aimé dans son pays, au point même que le quotidien financier The Financial Times a souhaité l’interviewer. 

Pierre Laurent : « Nous refusons le faux dilemme imposé par les partisans de l’austérité, entre l’enfoncement dans la crise sociale et l’autoritarisme, ou la dislocation sur fond de rivalités nationalistes. »

Pierre Laurent, ancien rédacteur en chef du quotidien français L’Humanité, est aujourd’hui le secrétaire national du Parti communiste français (PCF). Le PCF compte 96 fédérations et 120 000 membres, dont un quart de jeunes de moins de 30 ans, et la Fête de L’Humanité rassemble chaque année environ 600 000 personnes. Lors des élections municipales de 2014, le parti a obtenu, en alliance avec Jean-Luc Mélenchon et d’autres formations de gauche, une moyenne de 10,71 % dans les communes où il était représenté. Dans 160 communes de plus de mille habitants, les listes du PCF ont obtenu une moyenne de près de 25 % des voix. 

Ron Meyer : « L’UE de la concurrence et des inégalités, c’est une profonde scission entre riches et pauvres. »

Ron Meyer, élu à la fin de l’an dernier président du SP, le parti de gauche radicale néerlandais, a d’abord milité pendant des années comme syndicaliste et directeur de campagne pour la Confédération syndicale néerlandaise FNV. Ron Meyer a également joué un rôle important lors de la grève du secteur du nettoyage en 2012, qui a duré 105 jours et est ainsi devenue la plus longue grève de secteur menée aux Pays-Bas depuis les années 1930. Ron Meyer est aussi une figure importante du mouvement de jeunesse Young & United.

Peter Mertens : « Si nous ne voulons pas abandonner l’Europe aux mains de nationalistes blancs et bornés, nous devons en changer les fondements. Nous avons besoin d’une Europe totalement différente, une Europe fondée sur les 99% et non sur les 1%. »

Depuis 2008, Peter Mertens est le président du PTB. Après une campagne couronnée de succès, il a été élu au conseil communal d’Anvers et a obtenu le troisième meilleur score des voix de préférence pour la ville. Son livre Comment osent-ils ? a été un best-seller. Il y décortique l’Union européenne des multinationales, de l’austérité et de la concurrence. 

Article publié dans le mensuel Solidaire de septembre 2016Abonnement.