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Depuis 10 ans, ING Belgique a déduit 1,9 milliard d’intérêts notionnels

Pour lundi prochain, à 7 heures, un Conseil d’entreprise extraordinaire a été convoqué chez ING. L’inquiétude est très grande chez les membres du personnel. Selon les informations qui filtrent dans la presse, près de 4 000 personnes seraient concernées par la restructuration annoncée. Notre étude de l’évolution de l’entreprise, confirmée par plusieurs témoignages de travailleurs de celle-ci, montre que les actionnaires d’ING ont effectué un véritable hold-up.

Résumé

Pour lundi prochain, à 7 heures, un Conseil d’entreprise extraordinaire a été convoqué chez ING. L’inquiétude est très grande chez les membres du personnel. Selon les informations qui filtrent dans la presse, près de 4 000 personnes seraient concernées par la restructuration annoncée. Une grande partie des agences seraient fusionnées, fermées, voire franchisées (avec des conditions de travail et des salaires plus bas).

ING Belgique a bien rapporté à ses actionnaires avec l’aide de la politique fiscale de l’État belge. Depuis 10 ans, ING Belgique a fait presque 11 milliards de bénéfices et reversé 7,2 milliards de dividendes. Elle a, en outre, bénéficié de 1,9 milliard de déductions d’intérêts notionnels.

Notre étude de l’évolution de l’entreprise, confirmée par plusieurs témoignages de travailleurs de celle-ci, montre que les actionnaires d’ING ont effectué un véritable hold-up :

  • en vidant la filiale belge au profit d’ING Pays-Bas d’une grande partie de son savoir-faire et de ses activités les plus rentables
  • en demandant des sacrifices importants aux travailleurs
  • en pratiquant visiblement le dumping social
  • en augmentant les salaires des dirigeants de l’entreprise

Étude

7,2 milliards de dividendes distribués à la maison-mère

1. En additionnant les comptes consolidés d’ING Belgique sur dix ans, de 2006 à 2015 (dernière année disponible), on atteint le montant astronomique de 7,2 milliards d’euros qui remontent sous forme de dividendes vers la maison-mère néerlandaise (voir tableau 1).

Tableau 1 – Dividendes distribués par ING Belgique

1,9 milliard de déductions d’intérêts notionnels

2. Le service d’études du PTB a épluché les comptes annuels (non consolidés) d’ING Belgique à la Banque nationale. Il en ressort que ING Belgique se porte très bien. Sur la même période de dix ans (2006-2015), ING Belgique a réalisé près de 10,9 milliards de bénéfice avant impôts.

La banque a bénéficié de diverses déductions fiscales, dont les fameux intérêts notionnels qui, sur dix ans, ont réduit la base imposable de 1,9 milliard d’euros. Avec les autres déductions obtenues, ING Belgique n’a payé que 1,36 milliard d’impôts sur les 10,9 milliards de bénéfices, soit un taux d’imposition de 12,47 %. Soit une économie d’impôts de 2,3 milliards par rapport à la charge fiscale qu’elle aurait eue en payant le taux officiel de 33,99 % (voir tableau 2).

Tableau 2 – Résultats et impôts d’ING Belgique

ING Belgique a donc bien rapporté à ses actionnaires. Mais une étude de l’évolution de l’entreprise, qui nous est confirmée par des travailleurs de celle-ci, montre que les actionnaires d’ING effectuent un véritable hold-up.

Depuis la reprise de la BBL par ING Pays-Bas, l’entreprise belge est systématiquement mise à sec

3. Depuis la reprise de la BBL (Banque Bruxelles Lambert ) par ING Pays-Bas, l’entreprise belge est systématiquement mise à sec. ING Pays-Bas, en son temps un groupe d’assurance et une banque postale au choix de services très limité, a envoyé systématiquement des collaborateurs à la BBL, qui proposait, elle, une gamme complète de services bancaires et de services à la clientèle (banque d’affaires, banque privée, détail, investissements, paiements, marchés financiers, management des investissements, etc.) pour y apprendre toutes les ficelles du métier. 

Par la suite, ces services et produits ont été copiés aux Pays-Bas et les départements rentables ont été délocalisés aux Pays-Bas et fermés en Belgique. Le département « marchés financiers » a été décimé et transféré à Amsterdam. Les institutions financières en Belgique ont été fermées, ainsi que le management des investissements, transféré à La Haye, ou encore le marché des actions et d’importantes parties des paiements... 

Pour ING Pays-Bas, « chercher des synergies » est toujours synonyme de copier les produits et services développés en Belgique, de les mettre en place aux Pays-Bas et, ensuite, de les fermer en Belgique même. De ce fait, ces dernières années, ce sont des milliers d’emplois qui se sont perdus en Belgique.

Quelle plus-value la reprise d’ING Belgique par ING Pays-Bas a-t-elle rapportée ? Des milliers de collaborateurs belges se posent des questions à propos de cette plus-value d’ING Pays-Bas : inertie, structures lourdes, frais d’entreprise élevés – dont, entre autres, les nombreux voyages d’agrément dans le monde entier pour les hautes instances d’Amsterdam, la contribution à alourdir encore les milliards de pertes, le démantèlement de l’emploi local et la mise à sec systématique de l’entreprise. Tel est le triste sort qui accable ING Belgique depuis plus d’une décennie. 

Le personnel d’ING Belgique a consenti de nombreux sacrifices

4. Le personnel d’ING Belgique a consenti de nombreux sacrifices. Il a travaillé dur : chaque jour, des milliers d’heures supplémentaires ont été prestées sans que la banque n’ait payé de cotisations sociales sur ces heures. Depuis plus de 10 ans, plus une seule CCT n’a été conclue pour assurer des augmentations barémiques au personnel : chaque fois, celui-ci a reçu un certain nombre de chèques cadeaux, très avantageux pour l’entreprise, et qui, après expiration de la CCT, tombaient de nouveau et étaient ensuite prolongés et, par conséquent, présentés une nouvelle fois comme « nouvelle hausse du pouvoir d’achat »... Ces dernières années, le personnel a été forcé d’accepter la modération salariale, et ce, « afin d’assurer l’avenir ».

Des pratiques de dumping social

5. Il y a des indications qu’ING a pratiqué le dumping social à grande échelle. Le nombre de collaborateurs indiens au sein d’ING Belgique a incroyablement augmenté : ils ne travaillent pas directement pour ING, mais pour ses sous-traitants et à des conditions nettement plus désavantageuses...

Cela coûte manifestement moins cher à ING Belgique de faire venir en Belgique des Indiens de l’autre bout du monde et de les payer d’un bas salaire. Ils peuvent également être licenciés plus facilement.

Ensuite, un département opérationnel a également été fondé aux Philippines, lequel a repris une fois de plus des milliers d’emplois du groupe.

Modération salariale pour les travailleurs, augmentation des salaires de 28 % pour le CEO

6. Une chose ne fait l’objet d’aucune discussion pour les actuels administrateurs : on ne touche pas au profit de l’actionnaire, même en ces temps difficiles, et au détriment de tout le reste. La clientèle doit payer de plus en plus pour de moins en moins de service, le personnel doit subir de lourdes restrictions, tant sur le plan salarial que sur celui des effectifs et il croule sous les burn-out, la pression du travail et une absence chronique de véritable perspective à long terme. 

Seul l’actionnaire est gagnant : d’abord, le contribuable a dû éponger les milliards de pertes et a dû ainsi sauver la banque par une injection de capital à hauteur de 10 milliards d’euros en 2008.

Six ans plus tard à peine, la somme imposante de 13,8 milliards d’euros avait déjà été remboursée, ce qui n’a pas empêché pendant tout ce temps ING de réaliser aussi des bénéfices.

Chaque fois, le personnel s’entend adresser le même message : des temps difficiles sont en vue... On ne les remarque toutefois pas dans les bénéfices ou les bonus des grands administrateurs. Ainsi, au moment même où il réclamait une modération salariale pour son personnel aux salaires les plus bas, le président Ralph Hamers s’est en revanche octroyé une augmentation d’au moins 28 %.

Cette nouvelle a été annoncée en mars 2015 : le patron Ralph Hamers peut compter sur plus de 28 % d’augmentation salariale. Son salaire fixe est passé de 1,27 million d’euros en 2014 à 1,63 million en 2015. De même, les administrateurs Patrick Flynn et Wilfried Nagel qui, en 2014, recevaient encore 772 000 euros fixes, passaient à 1,18 million en 2015.

Le patron d’ING a défendu son augmentation salariale devant les caméras de la TV néerlandaise NOS en déclarant que son salaire, en fin de compte, est encore de 20 % inférieur à ce qu’on lui avait promis au départ et précisant : « Il faut du courage pour accepter comme je le fais une diminution de 20 %. » 

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