Despotisme éclairé

David Pestieau

La N-VA défend l’indépendance et le PS se dit résolument à gauche. Point commun : tous les deux soutiennent l’Union européenne. Qui ne permet ni l’indépendance ni une politique de gauche.

Notre pays a manqué de recevoir une amende européenne – de 750 à 950 millions d’euros – pour « déficit excessif ». Calimero Elio, qui ne trouvait pas ça juste, a écrit une lettre au commissaire européen Olli Rehn : « Aucun État membre de la zone autre que la Belgique n’a connu une augmentation aussi faible de son taux d’endettement. » Et encore : « Au total, les mesures décidées par le gouvernement atteignent un impact cumulé de 20 milliards d’euros. »1 L’élève Di Rupo écrit en somme : « Je ne dois pas être mis au coin car j’applique bien vos leçons. Et, pour montrer ma bonne foi, la Belgique fera un effort supplémentaire d’un milliard en 2013. »

Lors du contrôle budgétaire de mars 2013, le PS affirmait avoir obtenu de « haute lutte » que notre pays économise... un milliard en moins : un « ballon d’oxygène ». Un ballon éclaté, entretemps. Et le gouvernement l’a promis-juré : nous économiserons encore 3,5 milliards en 2014. Le tout décidé avant le 21 septembre.

Ce qui nous garantit de nouvelles attaques antisociales, en plus de celles, en cours, sur les salaires et statuts et celles sur les pensions . Le « ouf » de soulagement poussé par le gouvernement – pour avoir évité l’amende – est un énorme soupir pour la population.

Les peuples n’acceptent plus ce despotisme éclairé. Ils veulent reprendre en mains leurs destins et descendent dans la rue

Les effets étouffants du Traité budgétaire européen se font déjà sentir. La Commission prend de plus en plus le contrôle des politiques budgétaires et sociales. Où se trouve encore la démocratie s’il ne peut plus y avoir d’autres choix politiques ? Le journaliste Pascal Lorent note : « La ratification du Traité budgétaire européen était l’occasion d’un vaste débat incluant élus, associations, citoyens... Au lieu de cela, les députés vont docilement voter, en se préoccupant plus de loyauté entre partenaires de majorité que des conséquences d’une telle adoption. Dans quelques années, ces mêmes élus, en nous resservant l’austérité, se défausseront sur cette “vilaine Europe”. En réalité, l’absence de débat sur ce traité est un aveu : la démocratie est un jeu que le politique accepte jusqu’à un certain point. Au-delà, il préfère pratiquer un despotisme éclairé. » 2

Peter Van Rompuy, sénateur CD&V et fils d’Herman, doit avouer : « Nous savons ce que nous devons faire. Mais nous ne savons pas comment survivre aux prochaines élections. » Que la Commission européenne place « ce gouvernement et le prochain sous curatelle » comme l’écrit le journal économique De Tijd, devient pratique pour ces partisans du despotisme éclairé. Ils peuvent affirmer qu’il n’y a rien à faire car « l’Europe l’a imposé ». Mais ce transfert de pouvoirs spéciaux, ce sont pourtant bien eux qui l’ont organisé !

Mais les peuples n’acceptent plus ce despotisme éclairé. Ils veulent reprendre en mains leur destin et descendent dans la rue. Au Portugal, en Italie, en Grèce et, aujourd’hui, en Turquie. Et ce 6 juin en Belgique.

1. Voir lettre révélée dans Le Soir et De Standaard du 31 mai. • 2. Le Soir 28 mai 2013