Ce qui a été sauvé jusqu’à maintenant de nos conquêtes sociales l’a été grâce au mouvement social et syndical. Lequel a mis la pression ce 21 février (photo) et déjà lors de la grève générale du 30 janvier 2012. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

Di Rupo et les irresponsables

David Pestieau

« Il n’y a pas les bons d’un côté, les méchants de l’autre : nous sommes tous dans le même bateau. Il est facile pour l’opposition de marcher avec les syndicats. Dans une situation si difficile, l’heure n’est pas à l’irresponsabilité. » Ainsi parle Elio Di Rupo à la tribune de la Chambre ce 21 février.

Ce jour-là, 40 000 porte-parole des travailleurs manifestent à Bruxelles. Contre le gel salarial, contre la manipulation de l’index, contre les heures sup’ qui détruisent l’emploi... Traduisant un malaise général envers la politique d’austérité. Et, tout ce que leur répond notre Premier ministre, c’est : « Vous êtes des irresponsables. »

Contre le gel salarial, contre la manipulation de l’index, contre les heures sup’ qui détruisent l’emploi...

Pas de bons et de méchants pour le gouvernement ? Depuis le 1er novembre dernier, 150 000 sans-emplois sont bel et bien punis. Ils voient leurs allocations de chômage baisser de 12 à 42 %1. Et pas mal de retraités (qui avaient droit aux périodes assimilées) verront leurs pensions baisser de 50 à 200 euros par mois avec la réforme des fins de carrière.

En décembre, le gouvernement belge a confectionné un nouveau budget d’austérité 2013 de 3,7 milliards d’euros en diminuant notamment le nombre de fonctionnaires (plus de 4 000 pertes d’emplois).

Il s’est interdit toute nouvelle politique. Sauf une, celle d’un plan de « compétitivité » contre lequel ont manifesté 40 000 personnes ce 21 février. Or ce plan rapporterait en deux ans 1,8 milliard d’euros supplémentaires au patronat et coûtera plus de 747 millions aux travailleurs2.

Et cette politique serait, elle, responsable ? Au contraire. Malgré son discours néolibéral, la Banque nationale doit admettre dans son dernier rapport que le Produit intérieur brut est en recul à cause « des efforts d’assainissement budgétaire », des pertes d’emplois et de la modération salariale qui font baisser la demande intérieure3. Le gouvernement continue toutefois dans cette voie et trouve que le tempo de l’austérité est le seul débat « responsable ». Pas sa remise en cause fondamentale.

Mais « nous avons le gouvernement le plus social d’Europe », clament Paul Magnette (PS) et Bruno Tobback (sp.a).

Le plus social ? Ils ne parlent sûrement pas de la législation sur les fermetures d’entreprises, une des plus libérales d’Europe. Ou de la proportion de logements sociaux, beaucoup plus basse que chez nos voisins. Ou de la fiscalité infernale pour les travailleurs, paradisiaque pour les plus nantis. Non, derrière le « sans nous, ce serait pire », nos éminences socialistes nous mènent droit vers le modèle allemand. Qu’on nous demande de rattraper à marche forcée pour atteindre la moyenne antisociale de l’Europe.

Sachez cependant, Messieurs Magnette et Tobback, que ce qui a été sauvé jusqu’à maintenant de nos conquêtes sociales (comme l’index) n’est pas votre mérite mais celui du mouvement social et syndical. Qui a mis la pression ce 21 février et déjà lors de la grève générale du 30 janvier 2012. Des irresponsables, comme nos grands-parents grévistes qui ont arraché congés payés et Sécurité sociale, même en période de crise.

C’est leur voie que nous voulons reprendre et que vous, vous avez abandonnée.

1. Etude FGTB, Sud-Presse, 23 février 2013 • 2. Etude du PTB, novembre 2012, voir ici • 3. Pages 49-50 et page 129, Rapport 2012 - Évolution économique et financière, Banque nationale, 22 février 2013