Le 13 avril dernier, la salle d'audience était pleine à craquer. Le 15 juin, la FGTB appelle à remettre le couvert. (Photo Solidaire, Karina Brys)

Dix ans de prison pour participation à un piquet de grève ? Le PTB soutient l’appel à mobilisation

Le 15 juin comparaîtront devant le tribunal Bruno Verlaeckt et Tom Devoght, deux syndicalistes anversois qui risquent une peine de prison de cinq à dix ans pour avoir participé à un piquet de grève. Lors de la précédente audience, la salle était remplie de sympathisants et militants venus soutenir les deux syndicalistes. La FGTB appelle à remettre le couvert, avec le soutien de la CSC. Le PTB sera également présent.

« Nous sommes conscients que tout le monde n'entrera pas dans la salle d’audience, mais nous sommes convaincus que, grâce à notre présence massive, nous montreront clairement aux juges et aux procureurs qu’on ne rigole pas avec le droit de grève et que nous réclamons ni plus ni moins que l'acquittement de nos camarades à tous les niveaux. »

Avec cet appel on ne peut plus clair, la FGTB appelle à la solidarité avec Bruno Verlaeckt, président de la FGTB pour la région Anvers-Waasland, et Tom Devoght, délégué syndical FGTB dans l'entreprise chimique Arlanxeo.

Rendez-vous le vendredi 15 juin à partir de 8h devant le tribunal, Bolivarplaats 20/1 à Anvers.

En avril dernier, à l’occasion de leur première comparution devant le juge, nous avions rencontré Tom Devoght.

De quoi s'agit-il exactement ?

Tom Devoght. Le 24 juin 2016, avec la FGTB, nous avons mené une grève nationale contre les plans du gouvernement Michel-De Wever. Selon la tradition, avec les militants syndicaux du secteur pétrochimique anversois, nous avions organisé un piquet de grève commun à la Scheldelaan, dans le port. C'est là que sont situées plusieurs entreprises pétrochimiques d' Anvers. Les patrons, soutenus par le bourgmestre N-VA  Bart De Wever et le gouvernement de droite, voulaient à tout prix briser cette grève. Nous avions à peine installé notre piquet que nous avons été confrontés à des troupes de police venues en masse et très remontées. Armés de boucliers et de matraques et à l'aide de véhicules blindés et d'un canon à eau, ils venaient « nettoyer » nos piquets. Or les militants syndicaux présents n'ont à aucun moment fait usage de violence.

En vidant le droit de grève de sa substance, on veut priver les travailleurs et les syndicats de leur arme la plus importante

Rapidement après l'arrivée de ces forces de police, notre président Bruno Verlaeckt a été sorti du groupe, menotté et emmené. Après avoir protesté contre cet acte injustifié de la part de la police, j'ai également été arrêté. Les autres piquets sur la Scheldelaan ont également « dégagés » et la grève a été brisée.

Que risquez-vous ?

Tom Devoght. Nous devons comparaître devant le tribunal correctionnel. Nous sommes accusés d'« entrave méchante à la circulation » et nous risquons une peine de prison de cinq à dix ans ! Même si j'étais condamné avec un sursis, cela signifierait quand même que j'aurais un casier judiciaire. Et cela pourrait hypothéquer en partie mon avenir. Je suis extrêmement choqué. Quel chef d'accusation ! Et ça, juste parce que j'ai participé à une action syndicale.

Comment expliquez-vous cette intervention musclée de la police et cette poursuite judiciaire ?

Tom Devoght. Pour moi, il est clair qu'il s'agit d'un procès politique pour criminaliser un piquet de grève. Si le tribunal nous condamne, cela aura comme conséquence concrète qu'à l'avenir toute personne présente à un piquet de grève pourra risquer une peine correctionnelle. C'est une énième attaque contre le droit de grève par ce gouvernement. Voyez aussi le service minimum pour la SNCB. Tout le monde doit dire à l'avance s'il fera grève ou pas. Le personnel est ainsi mis sou pression pour ne pas participer à la grève. Ou voyez les propositions du monde politique de faire appel à des intérimaires les jours de grève. Le but est ainsi de faire du droit de grève un droit purement théorique, quasiment impossible à exercer dans la pratique.

Le procès est donc une attaque directe contre le droit de grève ?

Tom Devoght. J'en suis certain. Dans le procès-verbal original, il était clairement écrit que nous avions été interpellés parce que nous aurions excité le groupe présent au piquet. Plus d'un mois plus tard, le procureur a demandé de rédiger un nouveau procès-verbal – cette fois par d'autres agents. Ceux-ci allaient alors nous accuser d' « entrave méchante à la circulation », ce qui est une accusation bien plus grave. Pour moi, cela indique clairement qu'il y a plus derrière tout ça.

En vidant le droit de grève de sa substance, on veut priver les travailleurs et les syndicats de leur arme la plus importante et ainsi étouffer dans l'œuf les protestations contre la politique antisociale. Ce n'est pas un hasard si les attaques contre nos droits démocratiques et syndicaux vont de pair avec celles contre nos pensions, nos salaires, nos services publics, etc. Ce procès est donc aussi important pour tout le monde associatif. C'est pourquoi, avec la FGTB nous appelons à une présence massive au palais de justice d'Anvers.