Photo Solidaire, Dieter Boone.

Étude : Le taux d’emploi des jeunes au plus bas depuis 15 ans...

On entend souvent l'un ou l'autre représentant des gouvernements fédéral ou régionaux se réjouir d'une supposée baisse du taux de chômage. Pourtant, une nouvelle étude du service d'études du PTB montre que la réalité est tout autre : depuis 15 ans, le taux d'emploi n'a pas bougé, et il a même diminué chez les jeunes. Y a-t-il donc réellement de quoi se réjouir ?

Résumé

Les chiffres du taux de chômage font régulièrement les titres. Celui-ci est au plus bas, annonce-t-on. Très rapidement, de nombreuses voix ont nuancé ces chiffres en expliquant que la baisse du taux de chômage est en grande partie due aux nombreuses exclusions causées par les politiques du gouvernement Di Rupo. La FGTB a même récemment montré que le chômage réel avait augmenté.

Cependant, pour pousser plus loin l’analyse, nous avons voulu étudier l’évolution du taux d’emploi1 de ces 15 dernières années. Les résultats de cette analyse confirment les commentaires critiques sur les chiffres de la dite baisse du chômage.

Si nous devions résumer notre analyse en deux points, nous pouvons conclure que :

1/ Le taux d’emploi n’a pas bougé en 15 ans. Il oscille autour des 60 à 62 %. Aucun gouvernement n’a réussi à le faire progresser de manière significative.

2/ Le taux d’emploi des jeunes n’a jamais été aussi bas aujourd’hui si on analyse les chiffres de ces 15 dernières années. On peut dire que le taux d’emplois des jeunes a particulièrement souffert des politiques d’allongement des carrières. Les chiffres sont particulièrement mauvais en Wallonie où le taux d’emplois des jeunes a baissé de plus de 30 % ces cinq dernières années.

Préalable méthodologique

Le taux de chômage revient souvent dans l’actualité. Il n’est pas rare qu’on compare les chiffres du chômage aux États-Unis et en Belgique, par exemple. Cette comparaison est particulièrement favorable aux États-Unis.

Pourtant, de nombreux économistes – en particulier à l’OCDE – contestent cette approche. Ils considèrent que le taux d’emploi est une statistique plus significative que le taux de chômage. Celui-ci peut en effet aisément être manipulé : chômeurs exclus non comptabilisés, de même que d’autres catégories d’allocataires sociaux, ou encore demandeurs d’emploi en fin de droits qui ne sont plus inscrits comme chômeurs en tant que tel…

On constate ainsi par exemple que le taux d’emploi des 25-54 ans est bien plus élevé en Belgique qu’aux États-Unis, qui ont pourtant un taux de chômage particulièrement faible.

Évolution du taux d’emploi entre 2000 et 2015

Nous avons analysé le taux d’emplois au troisième trimestre de chaque année entre 2000 et 2015. Nous avons choisi le troisième trimestre parce qu’il correspondait aux dernières statistiques disponibles2 . Une fois un trimestre déterminé, il faut comparer avec un trimestre identique d’année en année pour éviter d’avoir une analyse tronquée à cause des effets saisonniers. 

Depuis 2000, le taux d’emplois des 15-64 ans n’a quasiment pas évolué. 61,1 % en 2000 et 62,1 % en 2015. Entre les deux, des oscillations avec un minimum de 59,7 % (2003) et un maximum de 62,6 % (2008).

Évolution du taux d’emploi des 15-64 ans (en %)


Malgré tous les discours sur l’emploi et la priorité à l’emploi qui ont été tenus par tous les gouvernements, force est de constater que celui-ci n’a pas évolué.

Évolution du taux d’emploi des jeunes

En ce qui concerne l’évolution du taux d’emploi des jeunes, les chiffres sont particulièrement inquiétant. Concrètement, le taux d’emploi des jeunes n’a jamais été aussi bas en 15 ans. 23,8 % en 2015 contre 33,2 % en 2000 par exemple. En d’autres mots, la proportion de jeunes au travail n’a jamais été aussi basse.

Le taux d’emploi des 25-54 ans baisse légèrement également. La seule catégorie d’âge qui progresse est celle des 55-64 ans. Les politiques d’allongement des carrières et d’activation des anciens se sont faites au détriment des catégories d’âge inférieure. Ces chiffres accréditent la question régulièrement soulevée par de nombreux salariés : pourquoi nous oblige-t-on à travailler plus longtemps alors qu’autant de jeunes ne trouvent pas de boulot.

Évolution du taux d’emploi des jeunes et des anciens (en %)


Certains pourraient objecter que cette diminution du taux d’emploi serait due à l’augmentation du taux de scolarisation. Il n’en est rien car si le taux de scolarisation a bien augmenté dans les années 1990 avec la massification de l’Enseignement supérieur, celui-ci stagne depuis le début des années 2000.

Évolution du taux d’emploi des jeunes par région

On constate une tendance baissière du taux d’emploi des jeunes dans les trois Régions du pays. Mais cette tendance prend des tournures inquiétantes en Wallonie avec un taux plancher jamais vu dans l’histoire de la Région du Sud du pays. Si le taux d’emploi était encore de 25,2 % en 2010, il s’est effondré à 17,5 % en 2015. Une baisse de 30 % du taux d’emploi en à peine 5 ans.

Évolution du taux d’emploi des jeunes par région (en %)

Conclusions

Les chiffres de l’évolution du taux d’emploi en Belgique sont très préoccupants. En 15 ans, le taux d’emploi du pays n’a pas progressé. Plus grave encore, la progression du taux d’emploi chez les anciens s’est faite au détriment du taux d’emploi des autres catégories d’âge, et en particulier des jeunes. Celui-ci atteint un taux plancher, en particulier en Wallonie où l’on a connu une chute du taux d’emploi des jeunes de 30 % en 5 ans !

Ces chiffres devraient appeler à beaucoup de modestie de la part du monde politique. Si les différents gouvernement n’ont pas fait chuter le taux d’emploi, ils ne l’ont pas fait progresser. De plus, leurs politiques précarisent la jeunesse alors que des dizaines de milliers de travailleurs plus anciens aspirent à partir en (pré)prépension ou pension anticipée.

Les nouvelles politiques d’emploi qui visent à allonger le temps de travail en facilitant les heures supplémentaires sont également particulièrement inquiétantes en matière de création d’emplois.

Après 15 ans d’échec et de stagnation, les résultats internationaux, ainsi que l’histoire du marché du travail belge, montrent qu’il est plus qu’urgent de changer d’approche en profondeur si l’on veut réellement retrouver le plein emploi. Dans ce cadre – à l’opposé des politiques actuelles d’allongement du temps de travail – la piste de la réduction collective du temps de travail, et en particulier la semaine de 30 heures, devait être au sommet de l’agenda politique.

1. Le taux d’emploi représente le nombre de personnes ayant un emploi (les personnes occupées) exprimé en pour cent d’une population donnée.

2. http://statbel.fgov.be/fr/modules/publications/statistiques/marche_du_travail_et_conditions_de_vie/indicateurs_marche_travail_selon_l_ge_et_le_sexe.jsp