Photo Solidaire, Salim Hellalet

Étude : Les fonctionnaires travailleront plus longtemps pour 300 euros de pension en moins

Dans une nouvelle étude, le service d'études du PTB a analysé l'impact de la réforme de la pension des fonctionnaires. Il en ressort que les fonctionnaires vont devoir travailler plus longtemps pour 300 euros de pension en moins. « Il faut augmenter les pensions des travailleurs et des petits indépendants, au lieu de diminuer celles des fonctionnaires », avance Kim De Witte, spécialiste PTB des pensions et auteur de l'étude.

Découvrez ici l'étude complète.

L'impact de cette réforme va très loin. « La pension des fonctionnaires est détricotée pour être ramenée au niveau de celle des travailleurs du privé », explique Kim De Witte, spécialiste PTB des pensions. « Mais ces pensions du privé sont bien trop basses. L'écart des pensions entre la Belgique et ses pays voisins va jusque 40 %. Près d'une personne âgée sur cinq en Belgique vit sous le seuil de pauvreté. En France, une sur dix. Aux Pays-Bas, une sur vingt. » Au lieu d'y remédier, le gouvernement réduit la pension de Joseph le facteur, de Richard le gardien de prison, de Petra l'enseignante et de Stéphane le fonctionnaire fédéral : 

• Joseph, facteur, 41 ans : selon les modalités de pension actuelles, il aura droit après une carrière de 40 ans à une pension de 1 584 euros par mois (net) ; avec les mesures du gouvernement concernant la pension, il devra travailler cinq ans de plus et perdra 329 euros par mois.

• Richard, gardien de prison, 50 ans : aujourd'hui, après une carrière de 40 ans, il a droit à une pension de 1 567 euros par mois (net) : avec les mesures du gouvernement concernant la pension, il devra travailler cinq années de plus et perdra 194 euros par mois.

• Albert, gardien de prison et chef d'équipe : actuellement, après une carrière de 40 ans, il a droit à une pension de 1 667 euros par mois (net). Avec les mesures du gouvernement concernant la pension, il devra travailler cinq années de plus et perdra 276 euros par mois.

• Petra, enseignante dans l'enseignement secondaire, 50 ans : aujourd'hui, après une carrière de 40 ans, elle a droit à une pension de 1 971 euros par mois (net). Avec les mesures du gouvernement concernant la pension, elle devra travailler trois années de plus et perdra 193 euros par mois.

• Stéphane, fonctionnaire fédéral (de niveau C), 30 ans : aujourd'hui, après une carrière de 40 ans, il a droit à une pension de 1 457 euros par mois (net). Avec les mesures du gouvernement concernant la pension, Stéphane perdra 174 euros par mois.

Pour rappel, lors du conclave budgétaire, il a été décidé de supprimer les bonifications liées au diplôme et de porter tous les tantièmes à 60. Ensuite, l'accord de gouvernement comporte encore deux mesures qui vont détricoter encore plus la pension des fonctionnaires : l'abandon de la prise en compte des années comme contractuel et le calcul de la pension sur une plus longue durée de carrière. Ces quatre mesures viennent s'ajouter à deux autres mesures : la suppression du bonus de pension et la suppression de la constitution de pension en cas d'interruption de carrière.

« Cette réforme est une rupture de contrat à l'égard des droits de pension constitués pour les fonctionnaires », déclare Kim De Witte. « Un postier, un pompier, un policier, un gardien de prison, une infirmière dans un hôpital public... tous ont choisi leur profession en sachant qu'il correspondait à un certain traitement. Le traitement direct, que l'on reçoit à la fin de chaque mois, et le traitement ''indirect'', que l'on reçoit via la sécurité sociale. On ne peut pas s'en prendre ainsi à ces droits. Plusieurs pays, dont la Belgique, ont déjà été condamnés sur cette base par la Cour européenne des droits de l'Homme. »  

Le gouvernement essaie de vendre sa politique comme « nécessaire ». Mais, selon la Commission d'étude sur le vieillissement, nous paierions autant pour nos pensions en 2060 que ce que paient déjà actuellement l'Autriche et la France. « Est-ce irréalisable, dans ce cas ? Bien sûr que non. C'est une question de choix dans la politique sociale et fiscale », ajoute Kim De Witte.

« Une meilleure répartition de la richesse permettrait d'augmenter les faibles pensions de travailleurs et des petits indépendants et de réduire ainsi l'écart des pensions avec nos pays voisins. Introduisez une taxe des millionnaires et attaquez-vous à la grande fraude fiscale. Il y a assez d'argent pour payer des pensions décentes à tous : fonctionnaires, travailleurs du privé et petits indépendants », conclut Kim De Witte.