Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, a rencontré ce 27 novembre une délégation des gilets jaunes de la région liégeoise.

Face à l'arrogance du gouvernement, les gilets jaunes ont raison de continuer de se mobiliser

Le mouvement des gilets jaunes impressionne par sa détermination. Face à cette mobilisation des politiciens traditionnels grassement payés par nos impôts réduisent la colère des gens à un problème de « perception ». « Dans quel monde vivent-ils ? » réagissent les gilets jaunes, qui restent mobilisés. C’est que leur mouvement porte sur bien plus de choses que la seule hausse du carburant.

« Gilets jaunes : les accises sur le diesel vont continuer à augmenter, affirme Charles Michel ». Voilà ce que titrait le journal Le Soir le 23 novembre dernier. Olivier Chastel déclare, lui, que le pouvoir d'achat a augmenté et que c'est « la perception qui est trompeuse ». Des propos arrogants qui n'entendent pas la colère d'en bas. Des politiciens grassement payés par nos impôts et qui réduisent la colère des gens à un problème de « perception ».

Les problèmes de pouvoir d'achat ne sont pas une question de perception, mais une réalité bien concrète pour laquelle il faut agir rapidement

Politiciens du gouvernement : mais dans quel monde vivent-ils ?

Le prix des carburants augmente. La taxation de l'électricité passe de 6 à 21 %, ce qui contribue à faire de notre électricité une des plus chère d'Europe. Le gouvernement trafique notre salaire avec un saut d'index qui nous a fait perdre 2 % de salaire ou encore une loi qui empêche les augmentations de salaire. Des jeunes sont exclus du chômage. Nos pensions sont parmi les plus basses d'Europe (entre autre à cause des mesures du gouvernement Michel). On supprime des services de proximité (bureau de poste, hôpitaux…), ce qui fait qu'on doit plus se déplacer pour y avoir accès. Etc., etc.

Mais, malgré tous ces faits, pour nos ministre, la baisse du pouvoir d'achat ne serait qu'une question de « perception ». Ce ne serait pas le résultat de la politique de ce gouvernement et des précédents, mais juste un problème dans notre tête. Ce ne serait pas réel.

Mais dans quel monde vivent ces politiciens ? Simple : dans un monde de salaires de 6 000 à 12 000 euros par mois. Un monde des privilèges et de réunions dans des salons feutrés. Un monde complètement coupé des réalités de la Belgique d'en bas. Un monde où l'on considère que si le peuple est en colère, c'est « qu'il n'a pas bien compris ».

Les militants du PTB ont rencontré dans leur travail de terrain quotidien, lors de piquets de grève, dans leur quartier, sur leur lieu de travail ou pendant la campagne électorale les postiers et postières qui gagnent 1400 euros par mois pour un travail très éprouvant, les travailleurs et travailleuses d'Aviapartner, de Lidl, de Ryanair, des hôpitaux, des usines, des jeunes exclus du chômage, des pensionnés qui n'arrivent pas à nouer les deux bouts…

Et si ces messieurs les politiciens ouvraient les portes et fenêtres de leurs ministères et du Parlement, ils se rendraient compte que les problèmes de pouvoir d'achat ne sont pas une question de perception, mais une réalité bien concrète pour laquelle il faut agir rapidement.

Racket fiscal ou politique écologique ?

En fait, les taxes dites écologiques servent surtout comme justification pour exercer un véritable transfert de taxation où la population paie plus au profit des entreprises

Le gouvernement essaie de faire croire que l'augmentation des accises sur le diesel aurait un but écologique. Mais qui peut croire cela ? En particulier de la part d'un gouvernement qui n'arrivent toujours pas à définir un vrai plan pour le climat, qui sous-investit dans les transports publics (nos trains sont plus lents, plus en retard, plus bondés et plus chers qu'il y a 20 ans) et qui n'a toujours pas élaboré de vrai plan de sortie du nucléaire.

L'hypocrisie des taxes dites « écologiques » prend du relief quand on sait qu'aucune mesure n'est prises contre les gros pollueurs : les grands pétroliers qui profitent de la hausse du prix du baril pour faire un maximum de profit, les grosses multinationales grandes dépensières en énergie… Le kérosène des avions, cent fois plus polluant que les voitures, n'a, lui non plus, aucune taxe.

L'hypocrisie de ces taxes prend aussi du relief quand on sait qu'elles ne servent en rien à développer une véritable politique écologique ou des alternatives écologiques structurelles. Au contraire, on supprime des lignes de train, des gares sont fermées ou des lignes sont supprimées.

Alors que l'augmentation des accises de ces trois dernières années permettrait largement de financer la gratuité des transports publics de proximité (Tec, De Lijn et Stib). Cela pourrait constituer une mesure bonne sur le plan social, sur le plan de la mobilité et de le de l'écologie. Mais on en est très loin. Aucun parti traditionnel ne soutient cette idée pourtant mise en application dans de nombreuses villes d'Europe.

En fait, les taxes dites écologiques servent surtout comme justification pour exercer un véritable transfert de taxation où la population paie plus au profit des entreprises. C’est justement la logique du fameux « tax-shift » du gouvernement. Des milliards de cadeaux ont été fait aux entreprises en baissant les cotisations sociales, c’est-à-dire le salaire indirect des travailleurs (la partie du salaire qui finance nos pensions, les caisses de chômages ou les allocations familiales). Et comment ces cadeaux ont-ils été payés ? Par… l'augmentation de la TVA sur l'électricité ou l'alcool et l'augmentation des accises sur les carburants. En résumé, un vrai racket fiscal au profit des plus riches.

Le mouvement pour la justice sociale et le combat pour le climat ne doivent faire qu'un

Mais le diesel, cela pollue quand même ? Il faut quand même décourager les comportements polluants, non ? Ces questions peuvent sembler juste, mais elles prennent le problème à l'envers.

En Belgique, 300 grandes entreprises sont responsables de 40 % des émissions. Et rien n’est fait pour réellement les contraindre à polluer moins.

On ne fera pas d'écologie contre le peuple mais avec le peuple. On ne fera pas de l'écologie par la culpabilisation du citoyen pendant que les multinationales polluent à grande échelle

Bien sûr, il faut une politique écologique. Bien sûr, il faut réduire le nombre de voitures et de camions sur nos routes. Mais ce n’est pas en faisant payer monsieur et madame Tout-le-monde qu’on va y arriver. Non seulement c’est injuste, parce qu’une taxe sur le diesel est payée de la même façon par le milliardaire Albert Frère que par Maria la postière, mais en plus cela ne permet en rien de mettre en œuvre le changement radical qui est nécessaire pour sauver le climat.

Au contraire, il faut un plan. Un plan s'attaque d'abord aux plus gros pollueurs. Cela passe par un plan massif d'investissement dans l'énergie renouvelable, dans le stockage d'énergie via l'hydrogène. Cela passe par des milliards d'investissement dans la révolution écologique financés entre autre par une taxation des géants du pétrole (Exxon, Total, Shell,…) qui profitent actuellement de la hausse des prix pétroliers.

Cela passe par le développement d'alternative comme les transports publics de qualité et bon marché (et gratuit pour les transports de proximité). Cela passe par le redéploiement et le refinancement de services de proximité qui évitent des trajets et transports inutiles.

Bref, tout l'inverse de ce que le gouvernement fait jusqu'ici.

Soutenir les aspirations des gilets jaunes et se mobiliser pour le climat le 2 décembre prochain, cela fait partie d'un même combat. On ne fera pas d'écologie contre le peuple mais avec le peuple. On ne fera pas de l'écologie par la culpabilisation massive du citoyen pendant que les multinationales polluent à grande échelle et pendant que rien n'est fait pour développer des alternatives.

Le PTB a lancé une pétition pour réintroduire les carburants dans l'index pour que, si le prix du carburant augmente, nos salaires doivent suivre, de même que les pensions et autres allocations. Nous sommes aussi contre la hausse des accises et pour la baisse de la TVA sur l'électricité, et nous voulons investir dans les transports publics et les alternatives durables, et les rendre accessibles.