Photo Solidaire, Sophie Lerouge

France : « Étudiants, cheminots, infirmières, postiers... C'est nous qui faisons tourner ce pays »

Pour la première fois depuis dix ans, tous les syndicats de la Fonction publique, qui compte 5,4 millions de salariés en France, étaient dans la rue ce mardi. Rejoints par de nombreux secteurs, ils luttent contre la volonté du président Macron de supprimer 120 000 emplois, casser leur statut, ouvrir la porte aux contrats précaires... Reportage au milieu du cortège parisien.

Décidément, le printemps social français s'inscrit dans la durée. 130 manifestations ont eu lieu partout en France pour la défense des services publics. Infirmières, postiers, cheminots, enseignants, etc. avaient un message à faire passer : « Nous faisons tourner ce pays. »

A la manifestation de Paris, une délégation du PTB et de Comac, son mouvement étudiant, était présente. Témoignages de manifestants belges dans la capitale française.

Miguel, aiguilleur, délégué CGSP Cheminots : « Si les travailleurs français, par leur lutte déterminée, arrivent à faire plier leur gouvernement, ça va avoir un énorme impact pour nous. Les attaques venant de l'Union européenne, on subit, ou on subira les mêmes. En tant que délégué, j'apprends énormément de leur lutte. Mes collègues aussi. On en parle beaucoup au boulot. C'est énorme de voir comment nos collègues français sont arrivés à contrer l'image que le gouvernement voulait leur coller (des “privilégiés”, etc.)... On était d'ailleurs 200 cheminots, des quatre coins de la Belgique, à débarquer lors de la manifestation du 22 mars. »

Pour Martine, employée chez Belfius, cette solidarité internationale est naturelle : « Je suis venue car après la France, ce sera au tour de la Belgique, de l'Italie, de l'Espagne, etc. Le résultat de cette lutte aura des répercutions partout en Europe. C'est donc important de la soutenir concrètement en venant ici. Ce qui m'a étonnée, c'est la motivation des manifestants. Et surtout, la diversité. Jeunes, ainés, femmes, hommes, de plein de secteurs... »

Martine, employée chez Belfius (à gauche) et Miguel, délégué CGSP Cheminots. (Photo Solidaire, Sophie Lerouge)

« Motivé comme jamais pour mener la lutte en Belgique »

En parlant d'aînés, Charles, jeune militant du PTB de 77 ans, se sent rajeunir par la manifestation : « C'est la toute première fois que je viens à Paris ! Si je suis venu, c'est parce que la situation empire de plus en plus. Les grands capitalistes et les gouvernements à leur solde ne sont jamais satisfaits, ils leur en faut toujours plus. Pour se battre contre eux, il faut s'allier avec les forces de gauche partout en Europe. Je repars motivé comme jamais pour mener la lutte en Belgique. J'ai la chance d'avoir une pension à peu près raisonnable. Mais quand je vois ce que les jeunes risquent de toucher, c'est inacceptable. »

Charles, pensionné. (Photo Solidaire, Sophie Lerouge)

A ses côtés, avec quelques années de moins (55 exactement) Maxime, étudiant en Histoire et membre de Comac, ajoute : « La lutte est peu connue du côté néerlandophone. Mais à Comac, on s'y intéresse très fortement. Ici, les cheminots sont soutenus par les étudiants qui mènent leur propre lutte mais qui font le lien avec les travailleurs dès qu'ils le peuvent. Plus globalement, on sent que les cheminots ont fait un gros travail de sensibilisation envers les usagers et les travailleurs d'autres secteurs... »

Charlotte, elle, est une habituée des manifestations en France depuis quelques semaines. Cette jeune responsable de Comac vient de passer une semaine à participer à la lutte des étudiants dans la région parisienne. « Défendre les services publics en France, c'est les soutenir en Belgique. Ce sont des conquêtes sociales que nous ne pouvons pas perdre. En même temps, les étudiants luttent pour le refinancement de l'enseignement et contre la sélection à l'université (lire ici). Aujourd'hui, c'était très chouette de voir tant de secteurs en mouvement. Et, malgré les examens, j'ai été étonnée de voir autant d'étudiants ! »

Maxime et Anna, deux militants de Comac, mouvement étudiant du PTB. (Photo Solidaire, Sophie Lerouge)

« Merci »

Youssef Handichi, député bruxellois du PTB, a lui aussi fait le voyage : « En tant que chauffeur STIB, je devais aller soutenir mes collègues français. Et apporter la solidarité du PTB. Cette solidarité internationale a été fortement appréciée ! Ce qui m'a vraiment bluffé, ce sont les discours des cheminots tout au long du parcours. Ils ont mis l'accent sur les caisses de solidarité. Ils disaient : « Après deux mois de grève, ça commence à devenir très difficile. On n'a pas de problème à manger des pommes de terre tous les jours mais on n'arrive que difficilement à payer le loyer... » Je voyais plein de gens leur donner de l'argent. A la manifestation, tout le monde comprend leur lutte et sont prêts à les aider concrètement. Cette solidarité, ça me rebooste.

Je suis venu avec Karim, président d'Elite taxi belgium, une association de taximen. Il est déjà venu manifester avec ses collègues des taxis parisiens. Pour lui, et il a raison, il faut lutter ensemble, travailleurs du public et du privé. »

Youssef Handichi, député bruxellois du PTB. (Photo Solidaire, Sophie Lerouge)

Il est temps de reprendre le métro. Alors que les militants belges discutent avec entrain du mouvement auquel ils viennent de participer, un jeune navetteur les interpelle : « Vous manifestez pourquoi en fait ? » Après quelques explications, et une discussion animée, il s'étonne : « Vous venez de Belgique pour manifester ici ? Waw ! » Alors qu'il a raté son arrêt, il se lève au suivant et, serrant la main des militants avec un grand sourire, glisse : « Merci ! »

Prochain arrêt : la manifestation du 26 mai prochain, à l'appel d'organisations, de partis et de syndicats. Cette semaine est décidément animée chez nos voisins. Et quelque chose nous dit que c'est loin d'être fini.

 

 

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Commentaires

Pour certains seulement , car les cheminots hormis emmerder le plus grande nombres de personnes , alors que sans eux ils ne toucheraient pas de salaires mais en plus ce n'est qu'un ramassis de feignasses et d'alcoolos . Et en plus ces derniers font partis des privilégies mais ils ne s'en rendent même pas compte (trop con pour ça !!!)