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France :: Hollande-Valls, ces socialistes “durs avec les faibles”

auteur: 

Axel Bernard

Marche contre l'austérité, Paris, 12 avril 2014 (photos PCF)
Marche contre l'austérité, Paris, 12 avril 2014 (photos PCF)
Marche contre l'austérité, Paris, 12 avril 2014 (photos PCF)
Marche contre l'austérité, Paris, 12 avril 2014 (photos PCF)

Samedi 12 avril, 100 000 manifestants français rejoignaient la place de la République, à Paris, où la statue a été affublée d’une banderole « Hollande, ça suffit ! ». Deux ans après l’élection de François Hollande à la tête de la France, le malaise est profond. Et dire qu’en 2012, Paul Magnette y voyait un « rééquilibrage » à gauche au niveau européen …

C’était il y a deux ans, notre Premier ministre, Elio Di Rupo, s’était « réjoui de travailler avec François Hollande » suite à l’élection de ce dernier comme président de la France. « C’est très important pour l’avenir de l’Europe » réagissait quant à lui Paul Magnette, le président faisant fonction du PS belge. Il poursuivait : « Aujourd’hui, notre sort est en grande partie déterminé par ce qui se décide au niveau du Conseil européen qui aujourd’hui est au trois quarts à droite. Demain, qu’un des grands pays européens, l’un des piliers du Conseil européen, passe à gauche, cela ne va pas être la révolution du jour au lendemain, mais cela va commencer à rééquilibrer les choses. »

Deux ans plus tard, alors que les sociaux-démocrates sont au pouvoir dans 19 des 27 pays de l’Union européenne, force est de constater que ce « rééquilibrage » n’a rien rééquilibré du tout. Les « grands pays », l’Allemagne, l’Italie, la France, les Pays-Bas, etc. sont dirigés ou codirigés par des sociaux-démocrates. Pour quels résultats ? Il n’y a aucun changement significatif du rapport de force. Partout les socialistes se retrouvent avec la finance à prendre des mesures qui font payer la crise au monde du travail. Rappelons que les premiers à céder aux sirènes de l’austérité, la Grèce, le Portugal et l’Espagne, étaient à l’époque dirigés par des sociaux-démocrates. En France, où les socialistes sont pourtant majoritaires, il n’y a également aucun signe de « rééquilibrage ». 

50 milliards d’austérité, 30 milliards de cadeaux aux patrons

Pire, avec la nomination de Manuel Valls comme premier ministre, c’est un signe que, malgré la gifle reçue lors des municipales du mois dernier, le président français entend poursuivre plus loin sa politique néolibérale. De tout le gouvernement, l’ex-ministre de l’Intérieur incarne le plus l’aile droite du PS, son aile ultra-sécuritaire et la plus ultralibérale. Le voilà aux commandes du gouvernement français et il va à droite toute. Ses premières mesures ne laissent en effet pas beaucoup de place à l’interprétation. 50 milliards de réductions de dépenses publiques, dont 10 milliards en moins pour l’assurance maladie française, près de 11 milliards pour les autres prestations sociales (gel de presque toutes les prestations sociales jusqu’en 2015 - pensions, chômage, allocations famille … -) ou le gel des salaires des fonctionnaires. C’est un gouvernement « dur avec les faibles et faible avec les durs », analyse Thierry Lepaon du syndicat CGT. Les mesures passent mal d’autant que le plan d’austérité est mis en oeuvre par le gouvernement français pour compenser les 30 milliards d'euros de cadeaux accordés aux entreprises dans le cadre du « Pacte de responsabilité » (accord entre le gouvernement et le MEDEF prévoyant une baise des cotisations payées par les entreprises pour financer la branche famille de la Sécurité sociale, baisse de l’impôt sur les sociétés, etc.). Ainsi, la plupart des charges pour un employeur d’un travailleur payé au smic (salaire minimum français) vont être supprimées. De quoi faire de la compétitivité par le bas et encourager tous les employeurs à faire de même.

Besoin d'un signal fort le 25 mai

Lorsque François Hollande a été élu, il portait en France l’espoir d’une autre politique (après l’ère Sarkozy). Il y a deux ans, il prétendait combattre la finance et protéger les travailleurs. Il a fait le contraire, dégoûtant les travailleurs, faisant la danse du ventre devant le MEDEF et appliquant les mêmes recettes néo-libérales que son prédécesseur de droite. En Belgique, le PS et le sp.a justifient leur politique libérale par le fait de devoir gouverner avec des partis de droite. Mais comme le montre l’exemple français, même avec une majorité absolue, avec un gouvernement 100 % PS, la politique est la même. Il faut stopper ces politiques sans issues et qui nous poussent droit dans le mur. En France comme en Belgique, on a besoin plus que jamais de changer de direction et prendre la première à gauche. 

Les résultats de la social-démocratie française sont un signe supplémentaire que ce 25 mai, le retour de la gauche de la gauche aux Parlements n’est pas seulement souhaitable, mais nécessaire. Comme le rappelait le journaliste Hugues Le Paige, cosignataire de l’appel à voter PTB-go! « Même si comparaison n’est pas raison, les mésaventures de la gauche française me confortent dans la conviction qu’il faut envoyer un signal fort lors de nos propres élections du 25 mai. Pour la première fois depuis 30 ans, la possibilité se présente d’envoyer des élu-e-s de la gauche de la gauche dans les assemblées parlementaires. Face aux inégalités croissantes, nous avons besoin de voix qui relaient les luttes syndicales, environnementales ou sociétales. »