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Frédéric Gillot, député wallon :: Un sidérurgiste au Parlement

Frédéric Gillot a 51 ans. Originaire du village de Blegny, près de Liège, cet ouvrier sidérurgiste dispose d’une longue expérience de lutte syndicale. Qui lui sera bien utile au Parlement wallon où il va siéger.

Après l’annonce de son élection, au soir du 25 mai, Frédéric Gillot s'est empressé de remercier ses camarades sidérurgistes qui l’ont soutenu dans sa campagne dans un contexte difficile et surtout s'est exprimé dans son style propre: « Je ne pourrais pas faire un long discours, car je dois me rendre directement au Parlement wallon à Namur pour une interview. Et cette fois, camarades, on nous laissera entrer! Et on ne pourra pas nous repousser, comme la dernière fois, avec des autopompes… » Le ton est donné.

Frédéric, « Fred », a deux enfants : Nicolas, 23 ans, qui fait des études pour devenir professeur de sciences et Marie, 21 ans, qui est en dernière année d’assistante sociale. Lui même a fait des études en électromécanique A2. Après le service militaire, il a commencé à travailler dans la sidérurgie. Très vite, il est délégué FGTB chez Cockerill-Sambre (ancêtre d’ArcelorMittal).

En parallèle, Fred mène son combat à un niveau politique. Mais pas au PTB, à l’origine. « Pendant pas mal d’années, j’ai fait partie du PS. J’ai même été président de la section locale de Blégny. Pour moi, la rupture avec le PS s’est faite au moment du Pacte des générations, après avoir dû avaler pas mal de trucs. Dès lors qu’on demandait aux travailleurs de travailler plus longtemps, alors que leurs gosses étaient au chômage, c’était pour moi inacceptable. C’était l’origine de la rupture. Nous sommes des milliers à nous êtres demandés ce qu’ils foutaient au gouvernement. »

Sa formation ? Il l’a doit en grande partie à la FGTB, mais aussi à la fréquentation de ses collègues : « Politiquement, je me suis formé au départ dans le syndicat, dans la FGTB, mais aussi sur le tas. C’était une formation d’instinct. Tu combats les injustices sans même être formé. Cela dit, j’ai également pu bénéficier de la formation de très bons délégués, des anciens, pour comprendre le monde. C’était des formations pratiques, sur le terrain, par des gars qui n’étaient pas tellement politisés. Ils étaient souvent au PS, mais surtout parce qu’il n’y avait pas d’autre parti pour eux. »

« Arrêter de mettre les Régions en concurrence »

En dehors du combat syndical et politique, le nouveau député wallon aime la pêche. « Quand j’ai annoncé à mes collègues que je me présentais sur les listes PTB-go!, certains m’ont dit : “Fredo, ça fait 30 ans que tu te bats, tu n’en profiterais pas pour aller à la pêche ?” Mais j’ai le luxe de pouvoir choisir le projet de société auquel je veux adhérer. J’ai donc décidé de continuer le combat. La pêche, ce sera pour plus tard. » Il aime aussi le foot. Enfin, avant. « J’ai longtemps joué au foot et j’ai accompagné des jeunes joueurs. Mais aujourd’hui, il y a trop d’argent impliqué, là-dedans. Ça ne m’intéresse plus. C’est devenu du pain et des jeux. Quand je veux me détendre, je vais faire un tour à moto. L’an dernier, je suis allé voir deux ou trois fois le F.C. Liégeois. Je ne suis pas fan de l’une ou l’autre équipe de foot. Je suis fan des travailleurs. » Et au niveau musical, c’est un véritable connaisseur du blues. « J’aime la vraie musique, les racines de la musique… Le blues, John Lee Hooker, Robert Johnson, Muddy Waters, ce genre de gens… J’écoute le blues pour les histoires. De vraies histoires humaines. Souvent, d’esclaves qui parlent de leur situation. Nous sommes exploités, mais ils l’étaient encore bien plus. »

Que sera sa priorité en tant qu’élu au Parlement wallon ? « Arrêter de mettre les Régions en concurrence les unes avec les autres. De manière concrète, cette politique revient à mettre les travailleurs en concurrence dans les ateliers. C’est eux qui voient leurs conditions de travail, leurs conditions de vie se dégrader de plus en plus. Je suis allé – par initiative personnelle – en visite de solidarité aux piquets de grève à Florange (France), dernièrement en Allemagne, ou à Tessenderloo ou Genk. Moi, je n’ai pas de limites de frontières, la situation des travailleurs est la même partout. Si les frontières sont artificielles, les classes sont universelles. »

« Notre réalité, c’est le milieu hostile »

S’il a dû attendre le 1er avril pour se lancer totalement dans la campagne, « parce que, jusqu’au 31 mars, j’étais à 100 % délégué syndical, pour être aux côtés de mes camarades qui reçoivent tous les jours leur C4 par dizaines », il a tout donné dans la campagne. Comme le samedi 15 mars, à la soirée de soutien à sa candidature. Plus de 300 personnes, dont des dizaines de (ex)-sidérurgistes, syndicalistes et leur famille, des travailleurs de Techspace Aero, de chez Ikea et de nombreuses autres entreprises s’étaient réunis autour d’un spaghetti et un verre à Herstal. Ils étaient tous venus parce qu’ils voulaient aider à élire enfin un ouvrier au Parlement wallon. Chose faite, donc.

Et le Parlement, un milieu hostile pour les ouvriers, ne lui fait pas peur. « On vit déjà dans un milieu hostile ! (…) On ne m’a pas fait de cadeau à ArcelorMittal. On est déjà dans le conflit, dans la lutte de classes. Notre réalité, c’est la lutte. Notre réalité, c’est le milieu hostile. Alors maintenant, que des gars en cravate soient hostiles avec moi, vous croyez que j’en ai peur ? J’ai connu des choses plus graves que ça en trente ans de militantisme syndical. »

 

Retrouvez ses interventions à l’émission de la RTBF, Regiopoly

Lire l’interview de Frédéric Gillot réalisée lors de l’annonce de sa candidature

Lire l’interview croisée avec Gaby Colebunders, CSC Ford Genk

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