Les pompiers grecs ont déjà revendiqué plus de budget et plus de personnel. « Nous nous battons avec le peuple », est-il écrit en bas de la banderole. (Photo 902.gr)

Grèce : des flammes attisées par le vent de l'austérité et le réchauffement climatique

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Tony Busselen

La Grèce est en feu. Jeudi 26 juillet, le bilan officiel était de plus de 80 morts. Et 47 personnes sont toujours portées disparues. Le pays est en deuil, mais aussi en colère. En colère contre le gouvernement grec et la Commission européenne. Les plans d'austérité imposés aux Grecs depuis 2012 ont supprimé au moins 27 % du budget des pompiers.

Les images de maisons et de voitures calcinées laissent imaginer l'horreur qui s'est déroulée dans la région d'Athènes, couverte de grands et vieux pins. « Dans ces conditions, le feu s'est propagé de manière particulièrement rapide et a entraîné une énorme chaleur », explique le géographe et expert en catastrophes naturelles Kostis Kalambokidis dans le journal français L’Humanité.

Beaucoup de gens n'ont donc eu aucune chance d'échapper à la mer de flammes. Mardi matin 24 juillet, dans le village côtier de Mati, à 18 km d'Athènes, les pompiers ont trouvé les corps carbonisés de 26 personnes, presque toutes enlacées dans les derniers moments. Elles avaient tenté de rejoindre la mer, comme beaucoup d'autres. Les gardes-côtes ont pu aller chercher près de 700 personnes sur la plage, 19 personnes ont été sauvées dans la mer et 6 autres se sont noyées.

Les hommes du feu ont encore pu éviter de justesse une importante catastrophe industrielle alors que les flammes approchaient d'une grande raffinerie.

L'austérité aux dépens des vies humaines

En Grèce, tout le monde connaît les faits. On a fortement économisé sur les services de pompiers, comme partout ailleurs. Le budget a diminué de 27,6 % et le nombre de pompiers a été réduit dans la même proportion : il manque désormais 2 899 hommes à l'effectif, et ceux qui restent sont épuisés parce qu'ils ne peuvent prendre suffisamment de repos. Les bouches à eau sont hors-service parce qu'elles ne sont plus entretenues. La Grèce possède une dizaine d'avions pour lutter contre le feu, mais ceux-ci sont vieux, et neuf d'entre eux sont inutilisables par manque de pièces de rechange…

Le Fonds vert, un programme qui avait fait l'objet d'une loi et avait été mis sur pied en 2010 pour protéger l'environnement, pour reboiser et pour pouvoir financer la lutte anti-incendie, a dû être sacrifié pour contribuer à rembourser les dettes aux banques allemandes et françaises.

Les syndicats des pompiers avaient déjà mené des actions pour dénoncer la situation d'urgence dans le secteur et exiger de vrais investissements. En vain…

Plus encore, la Grèce doit investir davantage dans la promotion du tourisme, ce qui aiderait à rembourser les dettes. Et comment, selon les créanciers ? En bétonnant ! Y compris dans les endroits écologiquement sensibles. Il faut autoriser les constructions illégales, et encourager la vente du bord de mer en parcelles. Et ainsi, l'urbanisation anarchique de la région devient encore plus incontrôlable.

Vague de chaleur sur toute la planète

Les tragiques incendies en Grèce s'inscrivent dans une vague de chaleur qui cet été frappe toute l'Europe. Les forêts brûlent de l'Espagne à la Norvège. En Suède, ces incendies font rage au-dessus du cercle polaire, là où, normalement, une température journalière entre 15 et 20 degrés pendant l'été est considérée comme très chaude – actuellement, elle est de 32 degrés. La Suède a déjà perdu 30 000 hectares de forêts. Mais la Finlande, la Lettonie, la Norvège et même la Sibérie subissent également des incendies de forêt.

La semaine dernière, le Japon était sous des pluies torrentielles, aujourd'hui il subit une forte chaleur, extrêmement humide. Au Canada, la chaleur a causé 70 décès rien que pour la province de Québec. L'Algérie a connu la température la plus haute jamais enregistrée en Afrique, 51,3 degrés. Et à Oman, la température minimum pendant la nuit était de 42,6 degrés.

Ces températures record et les incendies de forêts causés par celles-ci sont liés au changement climatique, qui a pour conséquence que des conditions météorologiques extrêmes se produisent à une fréquence beaucoup plus grande. L'Agence européenne pour l'environnement (AEE) avait mis en garde contre le fait que le changement climatique mènerait à de graves incendies de forêt en Europe, appelant à prendre d'urgence des mesures drastiques pour diminuer les émissions de CO2.

Alors que les États-Unis se sont retirés de l'accord climatique de Paris, le gouvernement flamand entreprend toutes sortes de tentatives pour affaiblir les ambitions climatiques européennes. En Belgique, les émissions augmentent et les voitures de société continuent à être subsidiées. Les décideurs politiques qui empêchent de prendre les mesures indispensables portent une responsabilité écrasante dans le réchauffement climatique et toutes ses conséquences.