Le gouvernement grec choisit la démocratie directe

auteur: 

Marc Botenga

auteur: 

Jo Cottenier

Le 5 juillet, les Grecs iront voter pour un référendum sur la politique austéritaire européenne. Le Premier ministre Alexis Tsipras a été clair : « Avec un non clair et massif, nous enverrons le message que la Grèce ne capitulera pas ». Mais la démocratie, cela ne plaît pas à la nouvelle aristocratie européenne.

L'Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances de la zone euro, a éjecté la Grèce de sa réunion ce samedi. La Banque centrale européenne, autre organe non élu, a été ainsi mis en état de bloquer l'accès aux liquidités à la Grèce. Le Premier ministre Alexis Tsipras (Syriza) a été clair ce samedi soir au Parlement grec : « Avec un non clair et massif, nous enverrons le message que la Grèce ne capitulera pas », faisant appel à la tradition de la Résistance durant la seconde guerre mondiale.

La fin des non-négociations

Les prétendues négociations n'en étaient plus depuis longtemps. Comme l'a résumé le président de l'Eurogroupe, le social-démocrate néerlandais Jeroen Dijsselbloem : « La porte reste ouverte aux Grecs pour accepter nos propositions ». Les six dernières années d'austérité n'ont mené la Grèce qu'à une chute vertigineuse de l'économie et une crise humanitaire sans précédent. Le 25 juin, le peuple grec a voté pour le changement. Le gouvernement grec s'est dès lors présenté devant le FMI et les institutions européennes avec ce nouveau mandat. « La Grèce a sa place dans l'Union européenne mais une autre politique devait être possible », ont défendu les nouveaux dirigeants grecs.

Mais de l'autre côté de la table, il n'y avait pas de place pour la discussion. On allait leur faire la leçon à ces Grecs rebelles et à tous ses gouvernements potentiels de gauche à venir de Madrid à Dublin. Ou bien le gouvernement grec devait renier son programme, ou bien il devait s'en aller. Le président de la Commission Jean-Claude Juncker a même pu affirmer en janvioer dernier : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Un gouvernement qui respecte son mandat

Le gouvernement grec pliait mais ne capitulait devant le chantage sur base de faillite et de Grexit (une sortie de la Grèce de la zone euro). Son mandat exigeait qu'il fasse tout pour garder la Grèce au sein de la zone euro tout en refusant l'austérité. Athènes a alors fait de grandes concessions. Mais sans céder.

Jusque là et pas plus loin, a dit Tsipras. La dernière « offre » de l'Eurogroupe a été désignée comme « humiliante », « étouffante » et « antidémocratique ». Dans cette proposition, la politique austéritaire cruelle était tout simplement prolongée de cinq mois. Les licenciements collectifs devaient être facilités. Les conventions collectives de travail interdites. Et bien que 45 % des pensions sont en-dessous du seuil de pauvreté, elles devaient encore être réduites. La taxation des bouteilles d'oxygène médicales et de l'alimentation devait augmenter. Les plus grand bénéfices des entreprises exemptés d'impôts.

Selon Tsipras, ces propositions violent les droits sociaux et fondamentaux européens. « Elles montrent, a-t-il déclaré, que le but de certains partenaires et institutions n'est pas un accord viable et mutuellement bénéfique, mais l'humiliation de tout le peuple grec » Le Premier ministre a appelé la population à ne pas céder: « Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. Notre responsabilité est l'avenir du pays. Et cette responsabilité exige de répondre à l'ultimatum sur base de la volonté souveraine du peuple grec. »

Le gouvernement veut mobiliser la population. Il lui demande son soutien pour contrer la politique austéritaire, et toutes les conséquences potentielles de ce choix, y compris un éventuel Grexit.

Déstabilisation financière

Un gouvernement qui respecte ses promesses ? Qui demande l'avis du peuple ? Ils n'y sont pas habitués. La réaction est vite arrivée. C'est tout simplement effroyable pour ces nouveaux aristocrates financiers européens. Un tel référendum est « triste » affirme l'Eurogroupe. « Assez bizarre » dit le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA). Ce genre de référendum, peut-on entendre, ferme la porte aux négociations. Christine Lagarde, présidente du FMI, menace de déclarer la faillite de la Grèce au 1 juillet. Pourtant, selon les règles du FMI, le pays aurait encore droit à un délai d'au moins un mois.

Les faucons de l'Eurogroupe ont même refusé une semaine de répit. Sans attendre le résultat du référendum, la Grèce s'est faite expulser de l'Eurogroupe. « En ce jour ensoleillé, le dernier semblant démocratique de l'Eurogroupe vient de tomber, le social-démocrate Dijsselbloem jouant un bien triste rôle », a déclaré Peter Mertens, président du PTB. La décision a aussi envoyé un message à la Banque centrale européenne. Il était l'heure de fermer l'accès aux euros des banques grecques. C'est faire le choix de la panique en Grèce quand les banques rouvriront leur portes la semaine prochaine.

L'Eurogroupe ne voulait clairement pas attendre un référendum «dangereux » et a décidé d'étouffer la Grèce. Depuis vendredi, des queues se formaient devant certaines banques. Le gouvernement grec risque de devoir passer au contrôle des capitaux et potentiellement à la fermeture des banques, comme l'Union européenne l'a fait à Chypre il y a quelques années. Cette fois, cela ressemble à une procédure pour chasser la Grèce de la zone euro. Un « Grexit » pour excès de démocratie.

Démocratie contre Moyen Age

Déstabiliser un pays pour empêcher un référendum démocratique contre la politique austéritaire européenne, tel est l'enjeu actuel. Car l'Europe de la nouvelle féodalité craint l'Europe de la solidarité. Tsipras l'a déclaré clairement ce samedi soir à la Vouli, le Parlement grec : « Le choix critique du peuple grec concerne l'avenir de l'Europe et l'avenir de notre peuple » Et de préciser: “Si nous ne remettons pas en question le dogme du TINA (There is no alternative, il n'y a pas d'alternative), nous acceptons une Europe de chantage et de l'extorsion. »

« D’abord, ils veulent mettre les Grecs à genoux, puis les Espagnols, puis les Irlandais, et puis ce sera notre tour. Et donc, nous disons, pas après-demain, pas demain, mais nous le disons dès aujourd'hui : No Pasaran! », a dit Peter Mertens, président du PTB le 13 juin au meeting de clôture du Congrès de la solidarité. Qui concluait : « C’est l’heure de vérité pour tous les démocrates en Europe. A Athènes, ce sont deux visions de l’avenir de ce continent qui s’affrontent. Ou bien nous permettons que l’intégration européenne s’accomplisse dans un contexte de démocratie, de développement régional, d’égalité et de solidarité. Ou bien nous continuons à foncer vers une fracture dans la zone euro. C’est la stratégie de la double Europe, avec un noyau central qui décrète unilatéralement des dures restrictions pour le reste du continent. Nous choisissons notre camp. Le camp d’une Europe solidaire, coopérative et démocratique. » Pour une Europe solidaire et coopérative: soutenons les Grecs! Non à l'austérité, OXI au FMI! ‪#‎standwithGreece‬ ‪#‎aveclesGrecs‬

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Commentaires

Très juste la réaction grecque.Assez de cette Europe non démocratique qui impose une austérité et crée la haine sociale partout .Il n'y a jamais eu autant de haine sociale. Il déteste les pauvres,les travailleurs. Le PTB doit être le fer de lance en Belgique de cette lame de fond qui dit non à l' Europe des riches et non au gouvernement MR NVA .Je désire de la justice ...
Bas les masques ! La réaction de l'UE à la proposition de referendum, est révélatrice. Ne pas vouloir appauvrir les pauvres pour enrichir les riches, ce n'était déjà pas bien, mais demander son avis au peuple,ça c'est totalement inacceptable ! Bravo, monsieur Tsipras !
Comme l'expression "inquisition néolibérale" est bien choisie par Peter Mertens. Car pour que le pouvoir de la charité redevienne une valeur sacralisée, il faut des pauvres et nos milliardaires n'ont vraiment pas envie que leur fortune les amène à être déconsidérés par la lucidité des peuples. Contre le Moyen-âge tant vanté par leurs organes de presse et si présent depuis qques décennies dans l'espace culturel comme un des fondamentaux de nos civilisations européennes, résistons et, luttons, luttons pour que notre seule garantie d'égalité sociale triomphe : le maintien et l'évolution de nos droits, des droits de tous les peuples à décider d'eux-mêmes, et à décider de ne pas endosser la grande "tristesse" de M. Jüncker si adapte non pas du respect de la personne humaine mais de la fortune que certains désirent bâtir. Espérons que la résistance du peuple grec depuis l'élection du mois de janvier sera le meilleur feuilleton de téléréalité produit ces dernières années et que nombreuses seront les manifestations dédiées à le soutenir et à espérer.
Tout à fait d'accord avec lejeux. L'Europe actuelle est l'Europe des riches et si cela continue on va revenir au moyen âge !! Tous des jacouilles !!
La Grèce est le mouton rebelle de la bergerie européenne. Mouton rebelle car elle a tout compris et voit là où d’autres n’ont rien vu (et ne voit pas venir ?) : la dictature qui permet aux puissants d’être encore plus puissant et à ceux qui ne le sont pas encore devenus (classes moyennes), de rejoindre les pauvres… Combien de temps cela va-t-il encore durer ; cet acharnement sur tout un peuple. Quel pays accepterait d’être poussé jusqu’à l’agonie. Je trouve cela inhumain, voir criminel de traîner tout un pays vers un état d’appauvrissement tout en sachant parfaite que lorsqu’il sera mis à genou, il ne sera plus à même de se relever ! Que nous apporte réellement cette union européenne, à nous citoyens des pays participants ? On n’est loin des projets et des promesses faites par ses instigateurs. Un grand marché européen où chaque pays participant s’engage à commercialiser chez lui les atouts de chacun (c’est entre autre ce que nous imaginions) et non pas chercher à appauvrir des pays participants en instaurant un régime dictatorial. Cette Europe et sa monnaie est devenue le plus grand délit financier que de chers non-élus sont parvenus à échafauder. Solidaire de la Grèce, rendons lui sa liberté…
Ce n'est pas la Grèce qui doit sortir de la zone euro, mais bien les JUNCKERS, MERKEL, DIJSSELBLOEM et autres DRAGHI ! A quand un dépôt de plainte conjointe de la part du PTB, de SYRIZA et PODEMOS pour calomnies et diffamations contre ces tristes individus ? Et si nous lancions une pétition ? Aux armes citoyens !