Piquet de bpost à Bruxelles. (Photo Solidaire, Fabienne Pennewaert)

Grève chez bpost : six leçons de cette première mi-temps

auteur: 

Simon De Beer

Après Lidl, Ryanair et Aviapartner, c'était au tour des postiers de se mobiliser pour plus de respect et le droit de travailler dans de bonnes conditions. Un mouvement exemplaire qui, même s'il n'est pas encore fini, a déjà fait trembler la direction. Voici six leçons que l'on peut tirer de cette première mi-temps sociale.

1. Une grève tournante particulièrement bien pensée

La grève des postiers est exemplaire à bien des points de vue. Nationale, en front commun et réunissant l'ensemble du personnel, elle était organisée par tournantes, permettant à chacun de participer sans être trop sanctionné financièrement. Trieurs, camionneurs, facteurs, guichetiers, personnel de nettoyage et agents des call-centers, tous ont ainsi pu suivre le mouvement avec la même détermination, bloquant toute la distribution pendant plus d'une semaine.

2. Emploi et salaires : les deux priorités des postiers

La grève a commencé sur fond de ras-le-bol général des postiers, et c'est bien normal. Pression à outrance, manque de respect, mauvaise communication... : les raisons d'être en colère chez bpost ne manquent pas. Au fur et à mesure de la grève, cependant, deux priorités ont commencé à se dessiner plus clairement : l’emploi et les salaires. Avec comme demandes concrètes l’engagement immédiat d’au moins 500 CDI (pour permettre aux postiers de souffler un peu) et le maintien de la prime de production. Plus largement, les postiers ont aussi avancé l'idée d'une revalorisation générale des salaires, avec notamment la suppression du statut d'agent auxiliaire. Des revendications toutes ignorées par la direction, ce qui explique pourquoi les postiers ont largement rejeté les propositions de bpost.

3. Une grève qui a fait mal à la direction

Mise sous pression par un mouvement très largement suivi, la direction a tout fait pour pousser les postiers à reprendre le travail. Elle a posé sur la table 13 propositions « en vue d’un accord qui reconnaisse la légitimité des revendications et ramène une paix sociale marquée par le respect de tout le personnel ». Des propositions jugées à juste titre totalement insuffisantes par les postiers mais qui démontrent un chose : il existait au sein du management un profond malaise, qui l'a forcé à négocier. Cela prouve que, unis et organisés, les travailleurs peuvent prendre la main.

4. Les colis : le talon d'Achille de bpost

La direction a tout fait pour stopper la grève le quatrième jour, juste avant qu'elle ne s'étende aux colis. Et pour cause : les colis sont ce qu'il y a de plus précieux aux yeux de bpost, car c'est ce qui rapporte le plus. Mais c'est aussi son talon d'Achille. Bloquer les colis, c'est le meilleur moyen de mettre la pression sur la direction. Les postiers l'ont d'ailleurs bien compris en maintenant leurs piquets le cinquième jour.

5. Le gouvernement a choisi le camp des actionnaires

Il y a eu un débat sur bpost à la Chambre. Le ministre ministre des Telecom et de la Poste, Alexander De Croo (Open Vld), a défendu pleinement les choix actuels du CEO Koen Van Gerven. Pour De Croo, bpost doit entrer à fond dans la course aux colis et jouer le jeu de la concurrence. Ce qui implique de poursuivre une politique de compression salariale et de flexibilité à outrance. De son côté, Raoul Hedebouw, député fédéral PTB, a pleinement donné raison aux travailleurs en colère, déclarant : « Il faut augmenter les salaires chez bpost et il faut embaucher du personnel supplémentaire pour que le rythme de travail soit tenable. Notre modèle de société ne peut pas être qu'au nom de la concurrence, de plus en plus de travailleurs soient cassés. Cette nouvelle économie, qui exige une flexibilité totale, et qui offre de tels mauvais salaires, ce n'est pas la société que l'on veut. » (Voir la vidéo ici)

6. Le besoin d'une vraie poste publique

Dans cette grève, nombreux sont les postiers qui ont mis en avant le besoin d'une vraie poste publique : une poste ayant pour mission de rendre service à la collectivité, et non d'enrichir une poignée d’actionnaires. Beaucoup faisaient à juste titre le lien entre les nombreux dysfonctionnements de l’entreprise et la libéralisation. Le maintien de la tournée journalière revenait régulièrement sur les lèvres, avec la même fierté de vouloir bien faire son travail. D'ailleurs, les usagers ne s'y sont pas trompés. Ils ont très largement soutenu les postiers en lutte. Ce qui est un point fort supplémentaire du mouvement.

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Commentaires

Je ne comprends pas que le gouvernement n'aie pas demandé la démission de Van Gerven. On en a viré pour moins que ça ! PS : à quand un syndicat PTB chez bpost ? Si vous cherchez des délégués, je suis là !