Il n’y a aucune raison valable d'exclure le PTB de la commission d'enquête Publifin

auteur: 

Damien Robert

La commission d’enquête du Parlement wallon sur le scandale Publifin sera-t-elle aussi transparente qu’un mur de brique ? En se basant sur le règlement du parlement, les partis traditionnels excluent le PTB et Ecolo de la commission. Pourtant, le PTB est le seul parti à ne pas être du tout impliqué dans l’affaire Publifin. L’entre-soi est une mauvaise habitude très tenace.

L'article 46 du règlement du parlement wallon explique qu'il faut être « un groupe reconnu » pour qu'un parti fasse partie d'une commission d'enquête. Or, le PTB, comme Ecolo, n'est pas considéré comme « un groupe reconnu » car il compte moins de cinq députés dans l'assemblée. Une bonne raison pour exclure le PTB de la commission ? Absolument pas.

Ce raisonnement est inacceptable politiquement. « Il sera difficile de crier à la transparence et au renouveau démocratique si on exclut ceux qui dérangent », a commenté le député wallon du PTB Frédéric Gillot. Le raisonnement ne tient pas non plus la route juridiquement, puisqu'il suffit qu'une majorité politique se dégage pour changer la réglementation. Au niveau du Parlement fédéral, des commissions d'enquête se sont d'ailleurs déjà tenues de manière à ce que toutes les forces politiques soient représentées. Si le gouvernement wallon veut vraiment faire toute la lumière et faire respecter le droit à chaque parti de participer à cette commission, il doit soit changer en urgence le règlement du parlement wallon, soit faire une exception.

Pas de marchandage

Il semblerait que le cdH et le MR soient prêts à céder un de leurs sièges en commission à Ecolo. Le PTB doit-il marchander ainsi sa place dans la commission ? Nous voulons obtenir notre place de plein droit dans la commission. Cette place ne doit pas être un cadeau. C'est un droit.

Ce marchandage est d'autant plus absurde et hypocrite que le PS, lors des discussions sur l'installation de la commission d'enquête sur le Kazakhgate au Parlement fédéral, s'est dit indigné de ne pas voir tous les partis participer à la commission. À l'époque, Laurette Onkelinx avait défendu cela en défendant le droit de tous les partis à être représentés : « Le groupe PS est indigné. L’objet de la commission d’enquête concerne précisément le cœur de la démocratie parlementaire, et c’est ce cœur qui est ici visé. Il est donc dans l’intérêt de la démocratie que cette commission d’enquête puisse remplir sa mission dans la plus grande transparence possible. » Aujourd'hui, trois mois plus tard, c'est son parti qui est visé par une commission. Et le PS adopte au Parlement wallon la même attitude que le MR et la N-VA au Parlement fédéral. Il semblerait que l'indignation et la recherche de transparence soient sélectives...

Au moins un gage de vérité

Toujours concernant la participation du PTB dans cette commission comme membre de plein droit, le président du parlement de Wallonie, André Antoine (cdH), a déclaré que la présence du PTB ne garantirait pas la recherche de la vérité et qu'il n'était pas convaincu de l'assiduité de ses députés. Non seulement les députés wallons du PTB sont bien présents dans les débats parlementaires, mais en plus, comme députés qui ont fait le choix de vivre avec un salaire moyen et de continuer à être sur le terrain, ils sont bien placés pour parler et juger d'éthique en politique. Ils apportent ce regard et cette voix des travailleurs soucieux du bien public et de sa gestion dans l'intérêt de la collectivité et non du profit personnel de quelques uns. Le PTB est enfin le seul parti à ne pas être impliqué de près ou de loin au scandale Publifin. C'est une des raisons qui pousse André Antoine à paniquer et à déclarer que le PTB « n'est pas la garantie de la recherche de vérité ».

Monsieur Antoine ferait mieux de faire le ménage au sein de son propre parti. On pourrait se demander pourquoi il n'a pas dénoncé son collègue Dominique Drion, qui a été vice-président de Nethys et qui a cumulé jusqu'à 25 mandats en 2016 (dont 10 rémunérés) tout en étant président de la commission d'éthique de son parti …

Un député sur 12, Monsieur Antoine, ce n'est peut-être pas une garantie. Mais venant du seul parti qui n'est pas impliqué dans le scandale, c'est au moins un gage de vérité. C'est quand même ce que vous recherchez, non ?

 

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