Les étudiants en médecine des facultés francophones se mobilisent depuis plusieurs semaines pour le droit à un numéro INAMI pour tous. (Photo FEF)

INAMI :: Une question de politique d’accès aux soins de santé pour tous

Médecine pour le Peuple (MPLP) et le PTB soutiennent les étudiants de médecine qui dénoncent le manque de numéros INAMI, nécessaires pour pouvoir exercer le métier. Les médecins de MPLP vivent la pénurie de médecins sur le terrain quotidiennement et trouvent dès lors incroyable qu’on empêche les nouveaux diplômés en médecine d’exercer leur métier.

Depuis 1996, le nombre de médecins pouvant accéder à la formation complémentaire (soit de généraliste, soit de spécialiste) est limité. Tandis que la Communauté flamande a mis en place un examen d’entrée, le mouvement étudiant réussi à empêcher limitation à l’entrée des études en médecine dans la Communauté française, grâce aux luttes des étudiants. En conséquence, ces dernières années, il y avait plus de médecins diplômés du côté francophone que ce que le contingentement autorisait. Dès lors, jusqu’à l’année dernière, les universités fournissaient plus de numéros INAMI que le quota prévu… ce qu’ils vont arrêter de faire à partir de cette année-ci.

Aussi, en Wallonie et à Bruxelles, des centaines d’étudiants en médecine risquent aujourd’hui de ne pas pouvoir exercer leur métier. En même temps, en Flandre, on empêche chaque année autant d’étudiants d’entamer les études de leurs rêves par l’examen d’entrée.

Or, selon les médecins de MPLP, ce numérus clausus est indéfendable en raison de la pénurie de médecins dans différents secteurs. Celle-ci est ressentie quotidiennement dans maisons médicales. Selon Sofie Merckx, généraliste à la maison médicale MPLP de Charleroi, « les patients doivent attendre plusieurs mois pour avoir un rendez-vous chez le spécialiste, et des nouvelles demandes d’inscription en maison médicales affluent quotidiennement par manque de généralistes. »

La question n’est donc pas de savoir s’il faudrait un examen d’entrée des deux côtés de la frontière linguistique, comme certains le proposent. « D’ailleurs, souligne Tim Joye, jeune médecin diplômé en Flandre et responsable des jeunes MPLP, un tel examen d’entrée renforce encore les inégalités présentes dans l’enseignement secondaire, où une sélection structurelle existe déjà, influencée par des déterminants socio-économiques. À l’inverse, il faut investir dans une formation en médecine qui vise la réussite au lieu de renforcer les inégalités avec un examen d’entrée. »

C’est pourquoi, étant donné la pénurie de médecins perçue sur le terrain, MPLP et le PTB s’opposent clairement à la limitation du nombre de médecins.

Limiter la « surconsommation » ou augmenter la prévention ?

Les défenseurs du contingentement prétendent souvent qu’en limitant le nombre de médecins, on évite une « surconsommation » induite par les prestataires et on garantit des honoraires raisonnables pour tous les médecins en Belgique. Pourtant, ce n’est pas un « surplus de médecins » qui fait qu’on gaspille de l’argent en examens et prestations non nécessaires. Le paiement à l’acte renforce au contraire une médicalisation inutile et du gaspillage.

« Dans les maisons médicales au forfait, nous ne sommes pas payés à l’acte, mais par patient. Nous ne sommes donc pas incités à demander des examens ou des prestations de trop, explique Sofie Merckx. Ainsi nos médecins peuvent à fortiori s’occuper des soins pour leurs patients et moins se soucier de la garantie de leur revenu. »  

Pour que tout le monde en Belgique ait accès aux soins de santé, il faut investir dans un système de première ligne publique, accessible à tous et dirigée vers un maximum de prévention. Pour cela, il faut d’abord suffisamment de médecins généralistes bien formés. Une revalorisation du statut de généraliste serait aussi à envisager.

Enfin, les généralistes et les spécialistes doivent être rémunérés pour leur travail de prévention visant à éviter les maladies, la guérison rapide et l’autonomisation des patients, au lieu de récompenser la consommation médicale poussée.

La lutte des étudiants de médecine pour un numéro INAMI pour tous est donc aussi une lutte pour des soins de santé accessibles et de qualité. C’est pourquoi MPLP et le PTB la soutiennent en exigent :

  • un cadastre du personnel médical et des besoins réels dans toutes les spécialités, à réaliser au plus vite par le gouvernement fédéral. Seul un tel cadastre permettrait de mener une réflexion sur l’accès aux soins de santé pour tous ;
  • la suppression du numérus clausus et des limitations à l’entrée et à la sortie des études de médecine ;
  • un investissement massif dans la formation de médecins et une revalorisation du statut de généraliste ;
  • la suppression progressive de la médecine payée à l’acte.

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