Italie : manifestation des métallos contre la politique de la BCE

auteur: 

Marc Botenga

Des dizaines de milliers d’Italiens ont manifesté ce weekend à Rome à l’appel du syndicat du secteur de la sidérurgie FIOM, contre les mesures de réforme du marché du travail par le Premier ministre Matteo Renzi. Une manifestation avec un objectif clairement politique et offensif : abolir les lois du gouvernement, inspirées par la Banque centrale européenne (BCE).

Un centre-gauche pire que la droite

Porter « un nouveau printemps » à l’Italie, un printemps social, voilà l’espoir des dizaines de milliers de manifestants à Rome ce weekend. Il y avait évidemment les métallurgistes, mais aussi de nombreux étudiants, des personnes en situation précaire et des associations. Au premier rang de la manifestation se trouvait aussi Susanna Camusso, dirigeante du plus grand syndicat italien, la CGIL.

Le dirigeant de la FIOM Maurizio Landini a tenu un discours clair : « Nous sommes dans la rue pour défendre des choses qui n’existent plus, parce qu’ils nous ont tout enlevé. » Landini parlait notamment du Jobs Act du gouvernement Renzi, une réforme du marché du travail italien, qui a libéralisé les licenciements collectifs et, de fait, supprimé l’article 18 de la loi du travail italien. Cet article 18, dont la portée avait déjà été fortement affaiblie par des réformes précédentes, prévoyait entre autres une bonne protection en cas de licenciement illégal. L’ancien Premier ministre italien de droite Silvio Berlusconi avait essayé d’abolir cet article, mais les travailleurs italiens s’étaient mobilisés en masse. Renzi, Premier ministre de « centre gauche », a maintenant fait ce que les gouvernements de droite avant lui n’avaient jamais osé faire : supprimer l’article 18.

Une résistance...

Contre ces mesures, la résistance s’est accrue. Le 25 octobre 2014, le CGIL appelait à manifester à Rome contre les réformes. Plus d’un million de personnes ont manifesté. Le 8 novembre, 100 000 travailleurs du secteur public manifestaient en réponse à l’appel des trois plus grands syndicats (CGIL, UIL et CISL). Les fonctionnaires seraient aussi touchés : leurs salaires seraient gelés encore plus longtemps et leur effectif de plus en plus réduit avec une charge de travail de plus en plus lourde. Le vendredi 14 novembre, des milliers de personnes manifestaient dans 25 villes italiennes. Le 12 décembre, la CGIL et UIL appelaient à une grève générale bien suivie. Plus de 54 manifestations avaient lieu dans toute l’Italie, et plus de 70 % de tous les travailleurs déposaient les outils.

Landini a dit avoir « plus de consensus » que le gouvernement. Depuis dimanche, en Italie, le mouvement social repart à l’offensive. Il veut abolir les réformes approuvées par le gouvernement et proposer lui-même un projet pour le pays, avec deux mesures phares pour l’emploi : abaisser l’âge de la pension et diminuer le temps de travail.

…à dimension européenne

Le mouvement social se rend bien compte de la dimension européenne de la lutte. Landini a observé que Renzi ne fait qu’exécuter les directives de la BCE qui s’attaquent aux travailleurs, envoyées par lettre au dernier gouvernement Berlusconi en août 2011. D’après le dirigeant de la FIOM, « le gouvernement s’est allié avec la Confindustria (fédération patronale) et la Banque centrale européenne et a annulé le Statut des travailleurs sans mandat du peuple, sans que personne n’ait jamais voté pour ce programme ». Une politique antisociale que ni la FIOM, ni les manifestants ne comptent accepter. Le printemps social italien pourrait se révéler un renfort de taille pour la lutte des populations européennes qui, de Dublin à Athènes, luttent contre l’autoritarisme et les politiques antisociales de la BCE.

 

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