Frédéric Gillot en visite de solidarité auprès des travailleurs de Carrefour en grève contre le plan de restructuration de la direction en février 2018. (Photo : Sophie Lerouge)

« J’ai appris quelques locutions latines »

Frédéric Gillot, député wallon du PTB, a accordé une interview au journal L’Avenir. « J’ai appris quelques locutions latines. Des momentum, des hic et nunc… (rire) C’est aussi révélateur d’une assemblée qui n’est pas sociologiquement “représentative de la société”. » Extrait.

Frédéric Gillot, vous avez dit au début de votre mandat wallon qu’un Parlement n’était pas un environnement naturel pour un ouvrier. Vous le pensez toujours?

Oui. Rien n’est fait pour faciliter la présence d’un travailleur.

Un ouvrier, vous voulez dire?

Non. Pour un travailleur, être candidat député, ça implique de recevoir son C4. Et si on n’est pas élu? Et après le mandat, on fait quoi? Moi, j’allais être prépensionné. Ça a été plus facile.

Vous vous êtes bien intégré, dans ce «biotope hostile»?

On a l’impression que les parlementaires vivent entre eux, isolés de la société. Déjà, on se rend compte qu’on n’y parle pas comme tout le monde. J’ai appris quelques locutions latines. Des momentum, des hic et nunc… (rire) C’est aussi révélateur d’une assemblée qui n’est pas sociologiquement représentative de la société. Il y a surtout des juristes, des avocats…

Ce n’est pas cliché, cette idée d’une élite coupée du monde?

Non. Même s’il y a bien l’un ou l’autre assistant social, des enseignants, c’est une réalité.

En disant ça, vous n’encouragez pas tellement d’autres travailleurs salariés à s’engager en politique…

Faut-il considérer que seuls les parlementaires peuvent changer les choses? Il faut y être, mais c’est toute la résistance sociale (et elle se met en place) qui doit faire vivre la démocratie. Le plus important c’est de créer un large mouvement de gauche, notamment face à l’austérité européenne, avec un rapport de force où les gens vont reprendre leur sort en main.

Certains, dans la majorité, disent que les deux élus PTB ne sont pas tellement présents aux commissions.

Pourtant, nous y sommes. C’est surtout la majorité qui voudrait qu’on n’y soit pas. Il y a des domaines où on n’a pas l’expertise. On va voir les associations, les agriculteurs dans le dossier CETA, etc. Je ne fais pas de politique à la place des gens mais avec eux. Si je fais 40 000 km par an avec ma voiture, c’est parce que je vais partout pour rencontrer les gens. Et ça, c’est enthousiasmant.

 

  • L’interview a été réalisée par Pascalle Seret pour le journal L’Avenir du 11 septembre 2018. L’intégralité de l’interview peut être consultée sur le site de L’Avenir