Photo Solidaire, Salim Hellalet

Josy Dubié : « Une voix radicale de gauche pour s’attaquer à la fracture sociale grandissante »

Josy Dubié, ancien reporter, ancien sénateur, ancien Ecolo, reste un militant résolu pour une justice sociale et écologique. Signataire de l’appel PTB-go!, il soutient activement l’émergence de la gauche de la gauche. À quelques semaines des élections, nous lui avons demandé de faire le point sur l’importance d’une émergence du PTB-go!.

Pouvez-vous rappeler l’origine de votre engagement dans l’appel « Il est des rendez-vous à ne pas manquer », à l’origine de l’ouverture des listes PTB-go! avec la « gauche d’ouverture » ?

Josy Dubié. Quand j’ai quitté Ecolo, j’ai envoyé une lettre à plusieurs dirigeants du parti, dans laquelle j’expliquais que je quittais le parti parce qu’il n’était pas assez social. Il s’occupait bien d’écologie, mais il fallait aussi penser au social, et même d’abord au social, puisque, comme je l’ai toujours dit, les premières victimes des dégradations environnementales sont les pauvres, ici et ailleurs. 

Aussi, quand j’ai claqué la porte, je souhaitais qu’il y ait un rassemblement des forces à la gauche de la gauche qui défende la justice sociale et l’environnement. Dès lors, quand j’ai vu que cette initiative commençait à se réaliser avec l’appel de la FGTB Charleroi et les listes PTB-go!, je me suis dit qu’il fallait que je les soutienne. 

Le PTB se positionne aujourd’hui clairement pour un développement durable, en priorité pour ceux qui en ont le plus besoin : les pauvres

Ce rassemblement permettait de s’unir, ce qui est indispensable parce qu’il y a urgence. Et, comme je l’ai dit lors des différents meetings où j’ai pris la parole, l’urgence absolue, aujourd’hui, c’est l’augmentation exponentielle des inégalités. On n’a jamais produit autant de richesses et elles n’ont jamais été aussi mal réparties. Les 85 personnes les plus riches dans le monde cumulent aujourd’hui autant de richesse que la moitié de l’humanité, c’est-à-dire 3,5 milliards de personnes. C’est inacceptable ! 

C’est cela qui m’a amené à soutenir cette initiative, et j’espère qu’il y aura enfin dans les différents parlements une voix radicale de gauche qui proposera des solutions précises pour s’attaquer à cette fracture sociale grandissante.

 

L’aspect social est central dans la campagne et le programme du PTB-go!. Il est également couplé au volet écologique. Vous avez d’ailleurs rappelé plusieurs fois le plaisir que vous avez eu en lisant le livre de Raoul Hedebouw, Première à gauche, dans lequel il expose la vision écologiste du PTB.

Josy Dubié. Absolument. Ce qui m’a ravi, c’est de voir que le PTB avait tiré des leçons des erreurs productivistes du passé, notamment en Union soviétique, qui ont provoqué des catastrophes terribles. Ce que j’ai lu dans le livre de Raoul Hedebouw, c’est qu’aujourd’hui, le PTB se positionne clairement pour un développement durable, et en priorité pour ceux qui en ont le plus besoin. Il s’agit donc de respecter la nature dans une perspective sociale. Une raison de plus d’adhérer au projet. 

 

On a récemment entendu des représentants des partis de gauche traditionnels (PS et Ecolo) avancer que la montée du PTB-go! fragiliserait la gauche et renforcerait la droite. Que pensez-vous de cette analyse ?

Josy Dubié. D’abord il faut se demander ce qu’est la gauche. Est-ce qu’on doit qualifier de gauche des partis qui votent sans discuter le traité d’austérité européen qui impose l’austérité pour les décennies à venir (le fameux TSCG, NdlR), et qui va surtout encore plus s’attaquer à ceux qui sont déjà pauvres ? 

À quoi ça sert d’avoir une majorité Olivier si c’est pour mener une politique de droite ? Ça ne sert à rien !

Le PTB-go! permet de rouvrir le débat sur la gauche. Déjà, le PS s’est repositionné durant la campagne, en montrant un visage et un discours plus marqué à gauche. La montée du PTB-go! force ces partis à tourner le dos à la politique de droite qu’ils mènent de plus en plus. C’est en particulier le cas pour Ecolo, qui est encore plus hypocrite que les autres, puisqu’ils ont voté contre le TSCG au fédéral, et pour aux régions et à la Communauté française. 

 

Vous avez évoqué le repositionnement à gauche d’autres partis grâce à la campagne et à la présence du PTB-go!. C’est un rôle qu’un élu PTB-go! pourrait avoir aussi dans les parlements ?

Josy Dubié. Bien sûr. J’espère très sincèrement que Marco Van Hees sera élu, parce que, pour avoir été sénateur Ecolo pendant 9 ans, je peux vous dire qu’avoir quelqu’un comme lui en commission des finances pourrait faire beaucoup de bien pour confronter le ministre. J’aurais vraiment adoré voir Marco Van Hees en commission face à Didier Reynders, avec la connaissance des dossiers qu’il a. D’ailleurs, c’est grâce à lui et au service d’études du PTB que certains chiffres incontestés ont été révélés. À savoir, par exemple, que la femme de ménage d’Albert Frère paie plus d’impôts que lui, ce qui est un scandale absolu. 

Je souhaiterais vraiment que des élus du PTB-go! dans les commissions et dans les parlements puissent amener une voix différente et radicale pour critiquer la politique qui est actuellement menée par l’ensemble des gouvernements, Ecolo et socialistes compris.

 

En effet, il n’y a pas que le gouvernement fédéral, dans lequel sont les libéraux, il y a aussi les majorités Olivier (PS-Ecolo-cdH), que certains accusent le PTB de compromettre à l’avenir…

Josy Dubié. Le PTB-go! n’empêche rien du tout, au contraire ! D’ailleurs, la question est surtout de faire un Olivier pour quoi ? À quoi ça sert d’avoir une majorité Olivier si c’est pour mener une politique de droite ? Ça ne sert à rien ! Il faut un Olivier qui mène effectivement une politique engagée à gauche pour plus de justice sociale, etc. Et seul un mouvement puissant à la gauche de la gauche peut amener la soi-disant gauche au gouvernement à mener une telle politique. La montée du PTB-go! est donc essentielle et utile à la gauche.

J’ai rencontré dans les meetings du PTB-go! des ouvriers, des travailleurs, des syndicalistes... Pouvoir les appeler « camarades » m’a fait beaucoup de bien

 

Vous avez eu l’occasion de participer à plusieurs meetings de campagne du PTB-go! Avez-vous vécu un moment plus marquant que les autres?

Josy Dubié. C’est surtout la chaleur humaine que j’y ai trouvée qui m’a marqué. C’était le cas partout : à Liège, à Bruxelles, mais particulièrement à Charleroi. J’ai aussi été très heureux de retrouver des gens de toutes les classes sociales — ça change des assemblées générales d’Ecolo... Le fait de me retrouver dans un milieu très mélangé avec notamment beaucoup d’ouvriers, de travailleurs et de syndicalistes m’a fait beaucoup de bien. Le fait de pouvoir les appeler « camarades » m’a aussi fait du bien — je l’ai d’ailleurs dit à la tribune —, parce que c’est un très joli nom, « camarade », comme le disait Jean Ferrat.