Julien Lahaut, le président du Parti Communiste belge (PCB), assassiné chez lui le 18 août 1950

Julien Lahaut : un assassinat politique pour protéger l’élite financière et politique

Qui a tué Julien Lahaut, assassiné en 1950? Le CEGES a livré la réponse aujourd’hui au Sénat. Le président du Parti Communiste de Belgique a bien été assassiné à Seraing en 1950 par un réseau anticommuniste financé par des grandes entreprises comme la Société Générale, l’Union minière ou Brufina et lié à la Sûreté de l'Etat.

Les historiens Emmanuel Gérard, Widukind de Ridder et Françoise Muller ont présenté leur livre avec le résultat de leurs recherches ce mardi au Sénat sur l'assassinat de Julien Lahaut, le président du Parti Communiste belge (PCB), assassiné chez lui le 18 août 1950. Dans leur livre, ils indiquent que "s'il n'y a pas d'indices matériels, ni d'aveux directs qui conduisent aux assassins de Julien Lahaut, il est néanmoins possible de conclure (...) que le réseau anticommuniste d'André Moyen (qui était agent du renseignement militaire) est responsable de l'attentat du 18 août 1950." Très clairement, l'assassinat n'est donc pas le fait de tueurs isolés, ni à placer dans le cadre de la Question Royale. Mais bien dans le cadre de la guerre froide et du climat anticommuniste.

Un climat dans lequel des groupes paramilitaires comme le réseau anticommuniste d'André Moyen perpétuent des attentats, assassinats, et posent des bombes. Ils sont soutenus notamment financièrement par les plus grandes firmes privées belges (Société générale, Brufina, Union Minière). Ils sont également clairement en lien (et protégés par) les services de police et de renseignement officiels ainsi qu'avec les plus hautes instances du pouvoir politique (notamment le Ministre de l'Intérieur de l'époque, Albert de Vleeschauwer, PSC-CVP). André Moyen remet d'ailleurs des notes régulièrement aux services de police, aux dirigeants des grands groupes privés et à des membres du gouvernement. Ce climat continuera après l'assassinat de Julien Lahaut (« l'exécution d'un traître » comme l'indique André Moyen dans des archives). Le gouvernement Pholien a pris des mesures radicales contre les communistes : exclusion des emplois publics, ou exclusion du représentant du PCB au Conseil d'Etat, etc. La proximité entre Moyen et le Premier ministre Joseph Pholien était telle que ce dernier aurait fait pression pour que la plainte de la sûreté de l'Etat contre Moyen soit classée sans suite.

Le meurtre du président du parti communiste était donc bel et bien un assassinat politique - comme l'ont toujours dit les communistes et les progressistes qui chaque année, à Seraing, rendent hommage à Julien Lahaut-, décidé par des éléments de l'élite financière et politique qui voulait à tout prix protéger ses intérêts. Cet assassinat s'inscrit dans la série d'attentats commis à cette époque dans toute l'Europe contre les dirigeants communistes, comme par exemple la tentative de meurtre de Togliatti en 1948, secrétaire général du PC italien.

Le livre « Qui a tué Julien Lahaut? Les ombres de la Guerre Froide en Belgique » nous replonge dans l'après Seconde Guerre Mondiale, lorsque les communistes étaient vus comme des traîtres et lorsque le maccarthysme faisait du ravage aussi en Europe et en Belgique! Et les auteurs de conclure : « Aujourd'hui, un seul et même mot est d'usage pour qualifier l'assassinat, les attaques armées et les attentats à la bombe : la terreur. » Une terreur organisée et soutenue par les plus hautes sphères de la société, en toute opacité.

Raoul Hedebouw, porte-parole national du PTB, salue le travail de l’équipe du CEGES qui « contribue à apporter des réponses à cette épisode majeure de l'histoire de la Belgique. » « Respect également à toutes celles et ceux qui perpétuent la mémoire de Julien Lahaut et s'en inspirent chaque jour dans leurs combats. Julien a défendu toute sa vie la justice sociale et a donné sa vie pour un idéal : le socialisme. Julien, avec tous ceux qui défendent ton idéal, on continue ton combat ! », conclut Raoul Hedebouw.