(Photo European Parliament, Flickr)

Juncker à la Commission européenne : vieille recette, nouvel emballage ?

auteur: 

Jo Cottenier

Le 1er novembre, l’ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker succèdera à José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Le groupe des Verts lui a même accordé son soutien. Reste qu’il est plus que douteux que la désignation de Juncker apporte un quelconque grand changement.

Mardi dernier, Juncker a obtenu avec une large majorité de voix (422 sur 729) le fiat du Parlement européen. Il accède ainsi au sommet du pouvoir dans l’appareil européen, car seule la Commission peut proposer des lois et est aussi garante de leur contrôle.

Cette large majorité, Junker la doit avant tout au soutien de trois grands groupes politiques du Parlement européen, les démocrates-chrétiens, les socialistes et les libéraux. Le candidat de la social-démocratie européenne, Martin Schulz, s’est retiré au profit de Juncker et est gratifié d’un deuxième mandat de président du Parlement. Guy Verhofstadt et les siens se sont également rangés derrière Juncker et comptent bien sur une nomination à un autre haut poste comme compensation.

Monsieur secret bancaire

Plus surprenant lors de ce vote : Juncker a également pu compter sur le soutien de nombreux Verts. Par exemple, Philippe Lamberts, d’Ecolo (coprésident du groupe des Verts), et Bart Staes, de Groen. D’où vient cet appui inattendu pour la « grande coalition » qui jusqu’ici porte la responsabilité intégrale de tous les diktats d’austérité et d’économies ? Juncker se serait-il pendant tout ce temps opposé au rouleau compresseur asocial et antidémocratique de la Commission et du Conseil européen ? Voilà une supposition que le Luxembourgeois considèrerait comme insultante. En effet, non seulement celui-ci a été, avec d’autres, à la base du Traité de Maastricht, mais il a également été président de l’Eurogroupe de 2005 à 2013, donc durant la période où les mesures les plus dures ont été prises pour faire survivre l’euro. Il a contribué à élaborer les plans que la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) allait imposer aux pays sous curatelle. Au point le plus fort de la crise grecque, en 2011, il a plaidé pour une agence de privatisations sur le modèle de la Treuhand, le monstre qui a bradé toute l’industrie est-allemande au secteur privé. En soi, déjà, des raisons suffisantes pour ne pas se rallier à un tel homme politique, entièrement pétri des principes libéraux du marché. Et qui, en outre, durant ses 18 années comme Premier ministre du Luxembourg, a obstinément protégé le secret bancaire en vigueur dans son pays.

Renforcement de l'UE

La première explication de ce soutien venu du côté écolo réside dans la formation d’une large coalition contre le Premier ministre britannique Cameron et les nationalistes à la Marine Le Pen, qui se sont taillé plus d’un quart des siège dans le nouveau Parlement européen. Cameron a exprimé son veto contre Juncker parce que celui-ci est partisan d’une Europe forte, fédérale, soit une image honnie parle Royaume-Uni. Et, pour les nationalistes d’extrême droite (comme le Vlaams Belang en Belgique), le désir d’affaiblissement et de sortie de l’Union européenne est presque sur le même pied que leur haine des étrangers. Ce vote indique donc que les Verts considèrent le renforcement de l’Union européenne comme une bonne chose en soi, indépendamment des choix politiques qui sont faits. Ce qu’ils contesteront certainement : en effet, dans sa déclaration de politique suite à sa désignation, Juncker n’a-t-il pas annoncé un grand changement de cap ?

Et puis, il y a aussi la promesse d’investir 300 milliards d’euros durant les trois années à venir dans le transport et dans le haut débit pour lutter contre le chômage. Une promesse qui devrait faire plaire aux 25 millions de chômeurs – « le 29e Etat membre de l’Union ». Il a également promis de s’atteler à un salaire minimum européen. Pour Juncker, les négociations commerciales avec les Etats-Unis (le TTIP) doivent aussi être plus transparentes et ne peuvent nuire aux normes sociales et écologiques européennes.

Le soutien d'Angela Merkel

Il va de soi que l’on ne devient pas président de la Commission européenne si l’on ne fait pas quelques efforts pour insérer quelques « accents sociaux » dans sa note d’intention. Mais, simultanément, Juncker jure fidélité aux pactes d’austérité et de compétitivité qui ont aspiré l’Union européenne dans une spirale de déflation vers le bas. Le grand plan d’investissements s’adressera avant tout au secteur privé, la lutte contre le chômage sera menée sans toucher à l’élargissement des contrats précaires, et il n’est en aucun cas question d’un choix clair qui aille à l’encontre des diktats d’austérité et d’économies. Dans le jargon officiel de l’Union européenne, c’est : « nous devons trouver un équilibre entre discipline budgétaire et nécessaire soutien à la croissance ». Sans toucher aux fondements libéraux à la base du grand plan d’assainissement qui n’a pour seul but que d’imposer les normes allemandes de compétitivité à toute l’Union européenne. D’où le soutien précoce et affirmé d’Angela Merkel à la candidature de Juncker.

Dans la même file d’attente des désignations importantes, les paris vont bon train à propos de deux autres mandats européens : la succession d’Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen, et celle de Catherine Ashton, haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères. Par ailleurs, Juncker s’attelle désormais à la composition de la nouvelle Commission. Pour la Belgique, ce sont surtout Karel De Gucht (Open VLD) et Marianne Thyssen (CD&V) qui sont dans la course.

Débat « Europe, crise et résistance »

A ManiFiesta, la fête de la solidarité organisée par Solidaire et Médecine pour le Peuple, se tiendra un intéressant débat (le 20 septembre) : « Europe, crise et résistance », avec Peter Mertens (PTB), Raoul Hedebouw (PTB), Emile Roemer (dirigeant du SP néerlandais), Pierre Laurent (secrétaire national du Parti communiste français).

Infos sur www.manifiesta.be

Ajouter un commentaire

Commentaires

Le consensus sur Juncker des partis traditionnels de gauche et de droite,nous fait l'effet d'une gifle,nous savons que c'est un homme de centre droit,et de l'Europe de la finance ,rien de nouveau à l'horizon pour une régulation du marché sauvage,et de son impact socio-économique.Seul bémol,il serait un peu moins intégriste de la droite capitaliste que les autres,c'est pourquoi il aurait été choisi. La droite est perdue sans ses meilleurs alliés sociaux démocrates de droite et de gauche,qui cautionnent les politiques de croissance qui n'ont d'intérêts qe pour les capitalistes,et qui n'induisent pas nécessairement une meilleure rémunération des travailleurs jeunes ou moins jeunes,des pensionnés,des allocataires sociaux. Et qui donc ne leur donne pas de meilleurs conditions de vie vu la hausse incessante des prix dans tous les domaines de la vie courante. Versant de jour en jour un plus grand nombre de personnes dans la pauvreté en toute hypocrisie et en tout bénéfice pour les nantis. Par sympathie.