Il est parfois difficile de séparer le vrai du faux dans l’affaire des finances de l’ACW. Surtout quand on sait que des forces de droite verraient d’un bon œil la marginalisation d’un mouvement social présent dans le moindre coin de Flandre. (Photo De Wereld Morgen)

L’ACW, la banque et la N-VA

David Pestieau

« Tout ça se passe au-dessus de nos têtes, mais mon engagement reste intact. » Il y a du dépit mais aussi de la détermination chez ce bénévole de l’ACW1, interviewé à la télé.

Il est parfois difficile de séparer le vrai du faux dans l’affaire des finances de l’ACW. Surtout quand on sait que des forces à droite de l’échiquier politique verraient d’un bon œil la marginalisation d’un mouvement social présent dans le moindre coin de Flandre. Elles rêvent d’une Flandre égoïste, corporatiste, pro-patronale et nationaliste.

Face à cette pression, la clarté sur les responsabilités est nécessaire. Car 800 000 coopérateurs d’Arco (le bras financier de l’ACW) risquent de voir leurs économies s’envoler en fumée et 59 millions d’euros de la caisse de grève de la CSC ont été perdus. Si beaucoup a été écrit sur cette affaire, peu l’a été sur ses origines profondes.

Elles remontent à plus de vingt ans, quand des gens comme Hubert Detremmerie, le chef financier de l’ACW, ont fait basculer la gestion financière du mouvement : d’une coopérative à celle d’une banque à caractère privé, comme la BACOB. En dépit des protestations de beaucoup de militants de l’époque. Elles remontent à Jean-Luc Dehaene qui a privatisé le Crédit communal, transformé en Dexia, dans laquelle la BACOB est venu se fondre sous la forme d’Arco. Engagé dans cette logique des marchés, l’argent des coopérateurs d’Arco mais aussi celui du mouvement et de la caisse de grève du syndicat n’était plus à l’abri de la spéculation et des crises financières. « Il était faux de penser qu’un modèle coopératif était compatible avec une entreprise cotée en Bourse », admet aujourd’hui Patrick Develtere, président de l’ACW2.

Le but de la N-VA est de jeter le discrédit sur tout le mouvement ouvrier et de briser le tissu social.

Ainsi les banquiers comme Pierre Richard et Axel Miller à la tête de Dexia ont pu jouer à leur guise en Bourse avec de l’argent du mouvement social. Et tout ça sous le contrôle de politiques de tous les partis traditionnels. S’il faut traîner des responsables en justice, ce sont ces banquiers et ces politiques comme Yves Leterme, Didier Reynders, Jean-Luc Dehaene et consorts. Et si la débâcle de Dexia démontre une chose, c’est que le mariage entre logique de profit et mouvement social doit être banni.

Mais cela n’intéresse pas du tout la N-VA. Au contraire. Son but est de jeter le discrédit sur tout le mouvement ouvrier et de briser le tissu social.

Si elle s'épanche des heures durant sur les finances de l’ACW, elle est muette comme une carpe quand il s’agit de dénoncer les fraudes de grandes entreprises en cours. Avez-vous entendu quelqu’un de la N-VA ce week-end quand on a appris que la société diamantaire Omega Diamond, soupçonnée d’une fraude de trois milliards d’euros, pourrait conclure un règlement à l’amiable avec l’Inspection spéciale des impôts (ISI) et le parquet pour... 150 millions d’euros3 ? Non, sans aucun doute. Serait-ce parce qu’un des hommes forts de la N-VA, Jan Jambon, est le président du Diamantclub, un groupe de parlementaires qui défend les intérêts du secteur. Juste pour rappel : trois milliards, c’est le trou à combler pour le budget 2013. Et c’est le double du total de l’épargne des coopérateurs d’Arco.

1. Le mouvement ouvrier chrétien flamand (dont le pendant francophone est le MOC), qui regroupe syndicat, mutualités, association de femmes... • 2. De Wereld Morgen, 7 mars 2013 • 3. De Tijd, 9 mars 2013