Photo Simon Blackley/Flickr

L’avortement doit sortir du Code pénal

auteur: 

Eefje Goossen

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’avortement n’a toujours pas été dépénalisé dans notre pays. Pourtant, les femmes doivent pouvoir décider librement et bénéficier de tous les soins médicaux dont elles ont besoin.

Il y a cinq ans, j’ai subi un avortement. À l’époque, je n’avais ni problèmes financiers, ni problèmes de santé, ni moi ni le fœtus n’étions en danger. J’ai pourtant décidé de ne pas garder l’enfant. Je n’étais tout simplement pas prête. Je ne voulais pas être mère, et à aucun moment je n’ai regretté ma décision.

L’avortement est un droit des femmes à disposer de leur propre corps, à décider librement si et quand devenir mère

Le discours tenu sur l’avortement est en général un discours moralisateur, l’avortement n’est jugé acceptable que dans certaines situations très pénibles seulement : danger de mort, viol, pauvreté, divorce… Or le droit à l’avortement est un droit à l’autodétermination dont la femme doit pouvoir disposer à tout moment et non en dernier ressort uniquement. Même lorsque tout va bien, les femmes ont le droit de pouvoir disposer librement de leur corps. Je le répète à cette époque de ma vie, je n’avais pas de problème, et j’ai pourtant décidé de ne pas devenir mère. Et cette décision, je ne l’ai pas prise à la légère.

L’avortement n’est pas un délit

L’avortement n’a pas sa place dans le Code pénal. Il s’agit d’une intervention médicale, et non d’un délit. Un fœtus n’est pas un enfant, mais une combinaison de cellules. Quant à la femme, c’est un être humain avec une vie et un corps. Et un droit à l’autodétermination. En ne dépénalisant pas l’avortement, le message que fait passer le législateur est qu’on ne peut pas faire confiance aux femmes lorsqu’il s’agit de décider ce qui est mieux pour elles-mêmes ou pour la société et que leurs actes doivent par conséquent être régis par une loi.

Pour reprendre les paroles de Cheris Kramarae, professeur d’Études féministes aux États-Unis, « le féminisme, c’est l’idée révolutionnaire que les femmes sont aussi des êtres humains ». L’avortement est un droit des femmes à l’autodétermination. Le droit de disposer de leur propre corps. Le droit de décider librement si et quand devenir mère. C’est donc un droit qui joue un rôle important en tant qu’indicateur des droits des femmes dans un pays, et de l’égalité entre hommes et femmes.

Un choix nécessaire

Même lorsqu’il est interdit ou fait l’objet d’une législation très stricte, cela n’empêche pas les femmes de recourir à une IVG

Les opposants à l’avortement qui soutiennent qu’un assouplissement de la loi sur l’avortement entraîne inévitablement une augmentation du nombre d’avortements se basent sur des chiffres erronés. En effet, selon la juriste Morgane De Meur, le nombre d’avortements augmente proportionnellement au nombre de grossesses. Il s’agit d’une évolution tout à fait normale (étant donné l’augmentation de la population féminine). Le nombre d’avortements n’a donc pas augmenté et on constate que même lorsqu’il est interdit ou fait l’objet d’une législation très stricte, cela n’empêche pas les femmes de recourir à une interruption volontaire de grossesse. Avec toutes les conséquences que cela entraîne, car si certaines disposent des moyens financiers suffisants pour se faire avorter à l’étranger, aucun suivi n’est garanti en matière de soins. Bien souvent, ces femmes n’ont d’autre choix que de recourir à des solutions illégales, voire extrêmement risquées. Selon Morgane De Meur, le nombre de décès de femmes dans les pays où l’avortement est interdit ou soumis à une législation très stricte s’élève à environ 65 000 par an.

Chez nous, on dénombre près de 600 femmes qui, chaque année, se rendent à l’étranger, le plus souvent aux Pays-Bas, pour subir un avortement durant le deuxième trimestre, autrement dit jusqu’à la 22e semaine de grossesse. Ce qui est interdit en Belgique. Pour cette intervention, elles déboursent des centaines d’euros sans garantie de suivi. Opter pour l’avortement est toujours un choix qui pèse beaucoup plus lourd que les considérations d’ordre pratique ou les interdictions légales. C’est pourquoi permettre aux femmes d’opter librement pour l’avortement et que cela puisse se faire dans un cadre médical sécurisé est d’une importance capitale.

Droite conservatrice

Si pour Trump les femmes ne sont pas maîtresses de leur corps, les Américaines n’ont nullement l’intention de se laisser faire par ce conservateur sexiste.

En Europe et aux États-Unis, dans le monde dit civilisé, le droit à l’avortement est mis à mal. Et la montée de la droite conservatrice est en grande partie responsable. Trump a rétabli dès la première semaine de son investiture la « Global Gag Rule ». Cette règle qui interdit le financement par les États-Unis d’ONG qui, à l’étranger, mènent des campagnes de sensibilisation sur l’avortement ou le pratiquent. Il envisage également de réduire le financement des « Planned Parenthood ». Or ces centres de planning familial se trouvent pour la plupart dans les quartiers les plus démunis des États-Unis, un pays, rappelons-le, où les soins de santé ne sont pas accessibles à tous. Si pour Trump les femmes ne sont pas maîtresses de leur corps, les Américaines n’ont nullement l’intention de se laisser faire par ce conservateur sexiste. La Women’s March en est la preuve. En Europe également, et plus précisément en Pologne, les femmes ont récemment empêché un durcissement de la loi sur l’avortement grâce à leur mobilisation massive.

Nous avons tout intérêt à lutter contre ces courants qui veulent un retour en arrière. Que ce soit dans la rue ou au Parlement. C’est pour cette raison que le PTB veut remettre à l’ordre du jour la dépénalisation de l’avortement.

Semaine 
du Feminist Forum

Le groupe parlementaire européen de gauche GUE-NGL organise au Parlement européen un forum sur le féminisme durant une semaine.

Lundi 6 mars : projection du film « Vessel » sur le droit à l’avortement.

Mardi 7 mars : solidarité internationale, femmes et migration.

Mercredi 8 mars : violences faites aux femmes, prostitution et traite des êtres humains.

Jeudi 9 mars : impact des mesures d’économies sur les femmes et sur l’égalité des chances sur le marché du travail.

Vous pouvez consulter l’intégralité du programme sur la page Facebook de l’évènement. Les inscriptions sont obligatoires à l’adresse : charlotte.balavoine@europarl.europa.eu.

 

Brunch et table ronde avec Marianne

Samedi 4 mars, Marianne, le mouvement de femmes du PTB, organise un brunch et une table ronde dans le cadre de la journée internationale des droits des Femmes. Au programme : la semaine des 30 heures, l’égalité des chances sur le marché du travail, la dépénalisation de l’avortement et les violences faites aux femmes.

Tout le monde est le bienvenu dès 09h30, Boulevard M. Lemmonier 171, 1000 Bruxelles. La table ronde débutera à 11h. Pour participer au brunch, n’oubliez pas de vous inscrire à l’adresse marianne@ptb.be (7 euros).

 

Article publié dans le mensuel Solidaire de mars 2017Abonnement.