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« L’élan des 120 000 du 6 novembre pour un autre avenir ne s’arrêtera pas, Messieurs Michel et De Wever »

David Pestieau
Photo Solidaire, Vinciane Convens
Photo Solidaire, Martine Raeymaekers

« Aujourd’hui, je suis à l’écoute », a dit le Premier ministre Charles Michel, au soir de la plus grande manifestation syndicale organisée depuis 30 ans. Mais a-t-il entendu les 120 000 manifestants de Bruxelles ?

A-t-il entendu ces travailleurs venus de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles, salariés du public et du privé ? A-t-il entendu ces milliers de jeunes qui avaient pris la tête de la manifestation pour ne pas être une génération sacrifiée ? A-t-il seulement perçu le signal de ces milliers d’acteurs de l’associatif, du mouvement citoyen du Nord du pays Hart boven Hard, des réseaux de lutte contre la pauvreté, des organisations pour la paix, celles pour le climat et les droits de l’Homme, des mouvements de femmes et de ceux de défense des sans-papiers, des artistes et des associations culturelles, des mutuelles ?

A-t-il vu ces 120 000 porte-parole de toutes ces couches actives de la société qui sont descendus, unis, contre les mesures de son gouvernement, des gens souvent venus manifester pour la première fois ?

Oui, Monsieur Michel, le malaise est très profond : « C’est tellement trop qu’on ne sait pas par où commencer pour dire tout ce qui nous insupporte », a résumé une manifestante. La colère des 120 000 du 6 novembre est générale : elle ne porte pas seulement sur quelques mesures mais sur l’ensemble de la vision de société qui est écrite à la mesure des plus puissants. Sur le fossé entre la politique et la vie quotidienne des travailleurs résumé joliment par cette expression : « Michel fils-à-papa, le travail tu ne connais pas ». Sur l’impunité des riches escrocs qui, en allant au Luxembourg, ont dévalisé l’État. Sur la violence dans la société. Sur le contraste entre l’achat annoncé de F-35 et les restrictions dans l’enseignement. Sur cette société qui se marchandise, où tout a un prix et où seul le profit compte. Sur ce « no future » que nous prépare ce gouvernement.

Oui, ceux du 6 novembre sont venus pour l’avenir de leurs enfants, de leurs petits-enfants et même de leurs parents qui ne reçoivent pas toujours les soins nécessaires. Ils veulent une société solidaire, pas une société de l’avidité du profit, de la compétitivité et des « criminels en col blanc ». C’est la raison pour laquelle la manifestation était tellement diverse et c’est ce qui unissait tous ceux qui y étaient. Oui, ceux du 6 novembre veulent que la politique prenne un tout autre cap. 

Parce que cette politique n’a reçu aucun mandat des électeurs, de la population. La hausse de l’âge de la pension à 67 ans ne figurait dans aucun programme électoral. Et ceux qui siègent aujourd’hui comme ministres ont été élus sur base de fausses promesses qu’ils se sont empressés de jeter à la poubelle. Oui, le gouvernement apparaît à chaque jour qui passe comme un gouvernement ayant reçu le mandat du cartel patronal FEB-Voka.

Charles Michel a écouté, mais il n’a rien entendu

Oui, ce 6 novembre Charles Michel a écouté, mais il n’a rien entendu.  Il a promis de la concertation sociale mais revenir sur les décisions essentielles n’est pas possible. Il y a un « espace immense » pour les corrections sociales mais la direction antisociale qu’a choisi le bateau gouvernemental ne change pas. Le Premier ministre de l’ombre, Bart De Wever, l’a rappelé à la télévision… néerlandaise : « Il n’y a pas d’alternative à notre politique. Nous devons continuer et offrir une perspective aux gens. D’autres pays qui nous ont précédé sont aussi passés par cette phase difficile. » Sur ces autres pays qui sont passés par cette phase difficile, il évoque justement les Pays-Bas qui sont aujourd’hui... en pleine récession. C’est sans doute « la perspective qu’il veut créer » aussi en Belgique.

Pas d’alternative ? Les 120 000 ont juste affirmé le contraire. On a rarement vu dans une manifestation à Bruxelles autant de pancartes contre la fiscalité injuste et les plus riches, contre le 0 % d’impôt des multinationales, pour « un impôt sur les grandes fortunes, pas sur la classe moyenne ».

Car Monsieur De Wever, il y a bien une alternative. Tout le monde ne doit pas se serrer la ceinture. Non, c’est la richesse qui doit être activée. C’est indispensable pour pouvoir à nouveau construire au lieu d’économiser et  démolir. Et non, les travailleurs ne doivent pas passer à la casse. Ils n’ont fait qu’apporter leur contribution de manière discontinue depuis la crise des années 1970.

Toutes des restrictions qui ont été faites en vain car nous sommes toujours dans la crise. Logique car l’austérité n’est pas la solution mais le problème. Cela mine le pouvoir d’achat et plonge l’économie vers le bas. L’austérité ne profite qu’aux riches qui n'en deviennent que plus riches.

Et là, justement, réside la solution.

Les plus riches doivent (un peu) se serrer la ceinture, pour que la richesse soit utilisée pour réactiver l’économie. Pour augmenter les salaires, pour créer de l’emploi, pour avoir une véritable transition énergétique vers le renouvelable et une politique innovante de mobilité de transports publics. Pour réinvestir dans l’enseignement, les pensions et les soins de santé.

L’élan du 6 novembre pour amplifier la résistance sociale

« Du discours de Raoul Hedebouw (député PTB qui venait juste de revenir de la manifestation, NdlR) à cette tribune, je déduis que la lutte de classes est toujours bien vivante... », a dit jeudi Patrick Dewael à la Chambre, chef de la fraction parlementaire de l’Open Vld. En rajoutant : « Dans les temps difficiles existe souvent le conservatisme chez les citoyens : garder ce qu’on a, sans trop de changements car on en a peur. »

Bien sûr, Monsieur Dewael, la lutte de classes est bien vivante. C’est un choix de société : les gens ne veulent pas qu’on leur prenne le peu qu’ils ont. Mais ils veulent bien un changement : que ceux qui ont vraiment beaucoup passent à la caisse. Et oui, les gens ont peur. Mais depuis jeudi, le gouvernement et ses amis du grand patronat commencent eux aussi à avoir peur. Que les choses ne se passent comme ils l’ont pensé. Peur d’une résistance sociale qui monte, peur d’une alternative qui peut germer de ce mouvement de ce fond. Ensemble, nous devons continuer l’élan du 6 novembre jusqu’à ce que le plan Michel-De Wever soit retiré et que des mesures soient prises pour activer la fortune des 1 % les plus riches. Cette fois-ci, ils doivent payer pour sortir de la crise.

Le plan d’action syndical à venir – avec des grèves régionales le 24 novembre, le 1er décembre, le 8 décembre – et la grève générale du 15 décembre, mais aussi les nombreuses initiatives citoyennes et associatives, sont les premières étapes. Pour faire reculer les Michel, De Wever, Dewael de ce pays. Pour donner un autre avenir aux nouvelles générations.

 

 

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Commentaires

Très justement dit. Il faut aller chercher l'argent là où il se trouve.Cela fait 25 ans que je le crie haut et fort.... J'ai remarqué que depuis le 06 novembre les médias donnent beaucoup la parole aux personnes du gouvernement fédéral, soyez vigilant car on entend parler que d'ouverture au dialogue mais sans retrait des mesures.Ils veulent contrôler les débats pour essouffler le mouvement de rébellion qui se met en place. Il faut aller jusqu'au bout de l'idée du 1% sur les grosses fortunes et des plus nantis. La colère gronde ne laissez pas retomber cet élan de protestation. C'est maintenant ou jamais après il sera trop tard....
Vous n'abordez pas le sujet sur les futurs réformes du gouvernement Wallon car voyez-vous on ne va pas être gâté de ce côté là ,j'aimerais que vous abordiez le sujet
Il ne faut surtout pas laisser tomber les actions prévue dans les différentes régions et le 15 décembre...et pourquoi pas un hiver 60.... Monsieur Peeters veux bien discuter si les actions sont annulées....il est plus idiot que je le pensais....ce gouvernement Charlot ( supervisé par Bart de wever car c'est bien ce "monsieur" qui dirige tout depuis Anvers )n'est pas viable... Il fallait discuter avec les différents partenaires sociaux avant et pas après la formation....Monsieur Michel croyais que son peuple allais lui baiser les pieds ...pour la suite de la phrase je reste poli... J'ai rencontré dans le train certaines personnes dans le train qui traitais dont moi de cons ...je leur ai souhaité (dans ma tête )de perdre leurs emplois et de ne plus toucher d'allocations de chômage et la ils vont pleurer et ce sera a leurs tours d'aller manifester....et oui c'est cela être solidaire...je travaille je gagne assez bien ma vie mais j'ai mal pour les démunis et les "sans dents" un sans abri a été retrouvé mort la semaine passée et Charles est a Ypres bien au chaud... IL faut continuer les actions sans violences et ne pas céder...
"Le plan d’action syndical à venir – avec des grèves régionales le 24 novembre, le 1er décembre, le 8 décembre – et la grève générale du 15 décembre, mais aussi les nombreuses initiatives citoyennes et associatives, sont les premières étapes." Je sens que les prochaines grèves prévues vont partir dans le cafouillage le plus total. Pourquoi ne pas faire une manif bien organisée dans sa région, plutôt que des "initiatives citoyennes et associatives"? Je sais: difficile de faire des manifestations comme le 6 car il n'y aura ni trains ni autres transports en commun. Mais je suppose qu'il y a quand même moyen de prévoir quelque chose qui ait de la cogne. S'il n'y a que quelques centaines de pelés ou de tondus un peu partout sans cohérence, ça ne le fera pas question sérieux et cohésion.