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L'énergie verte est trop importante pour la laisser aux mains d'Electrabel & co

« On ne sauvera pas le climat en achetant de l’air non pollué en Pologne. La Belgique doit investir dans des énergies vertes abordables et répartir les coûts équitablement », estime Tom De Meester, spécialiste PTB des questions énergétiques et tête de liste à la Chambre en Flandre Orientale.

À l’occasion du sommet européen sur l’énergie, qui se tiendra ces 20 et 21 mars à Bruxelles, le PTB-go! présente ses cinq propositions rouges pour la production d’énergie verte. « Il est temps de changer de cap », explique Tom De Meester. « Réduire drastiquement les émissions de CO2 est une priorité absolue, du moins si nous voulons pouvoir limiter le réchauffement planétaire. L’interdiction imposée par l’Europe sur le charbon et la conversion des centrales à combustibles fossiles en une énergie verte durable est une mesure cruciale. »

Sous l’emprise du marché

L’an dernier, les autorités belges et flamandes ont acheté pour près de 200 millions d’euros d’air non pollué à la Pologne et autres pays. C’est tout simplement honteux. Si le climat était une banque, il aurait été sauvé depuis longtemps. Malheureusement le climat n’est pas une banque, et le problème s’enlise. La Belgique produit à peine 10 % d’énergie verte, en grande partie dans des centrales à biomasse. Pour ces centrales à charbon converties, Electrabel et E.on n’utilisent ni écorces ni déchets de bois locaux, mais des granulés de bois compressés venus du lointain Canada. Malgré les protestations des associations de défense de l’environnement, on prétend officiellement que cette technique controversée générerait bel et bien une énergie « verte » – et d’énormes bénéfices grâce aux importants subsides du gouvernement flamand. La centrale Max Green d’Electrabel située dans le port de Gand engloutirait à elle seule 8 millions d’euros de subsides... par mois ! Le gouvernement flamand injecte 3 fois plus d’argent dans les centrales au bois d’Electrabel & co que dans les éoliennes.

L’avancée du charbon

Suite à l’effondrement des prix du charbon et celui des droits d’émission de CO2, les multinationales énergétiques multiplient les investissements dans les centrales à charbon. Le charbon est donc bel et bien de retour. Les géants énergétiques consomment du charbon à profusion, alors que ce n’est pas ce qui était prévu. On sait que les centrales à charbon émettent énormément de CO2 ainsi que d’importantes concentrations de particules fines, d’oxyde d’azote et d’oxyde de soufre, mais comme les droits d’émission ne coûtent pas grand-chose, ceux qui optent pour le charbon ne sont pratiquement jamais interpellés sur cette pollution. C’est ce qui explique donc le retour de l’or noir. Les distributeurs d’électricité importent en Belgique de l’énergie produite à partir de charbon en Allemagne et aux Pays-Bas. Ce qui a des conséquences désastreuses pour le climat.

L’arnaque des panneaux solaires

La politique menée par le gouvernement flamand en matière d’énergie verte a fait faillite au sens propre comme au figuré.

Ces dernières années, tous ceux qui en avaient les moyens ont investi dans des panneaux solaires, stimulés par les subsides versés par les autorités. Près de la moitié de ces subsides ont été versés aux grands parcs de panneaux solaires. Industriels et banquiers d’affaires ont ainsi érigé 4721 parcs en guise d’investissement. Fernand Huts, par exemple, le patron de Katoen Natie a fait équiper ses hangars du port d’Anvers de panneaux solaires, ce qui lui rapportera 10 millions d’euros de subsides par an, pendant vingt ans encore. En attendant, c’est nous qui payons l’addition. En effet, ces immenses parcs solaires coûtent au consommateur de 75 à 150 euros par an puisque le gouvernement flamand a décidé de répercuter les subsides solaires sur la facture d’énergie des ménages. Nous y contribuons donc tous. Autrement dit, même les plus pauvres, ceux qui parviennent à peine à payer leur propre facture d’énergie et (sur)vivent avec un compteur à budget, paient pour les panneaux solaires du milliardaire Fernand Huts.

Vent ou argent ?

Le parc éolien de Zeebrugge compte 54 turbines éoliennes hypermodernes. Si le vent souffle pour tous, les bénéfices vont aux seuls actionnaires. En effet, le parc éolien C-Power n’est pas une institution d’utilité publique, mais un consortium privé. Le géant des travaux hydrauliques, DEME, y tient la barre avec les géants énergétiques EDF et RWE, qui exigent des rendements.

Et une fois encore, c’est le consommateur qui paie l’addition. Sur chaque euro d’énergie produite par un parc éolien, le gouvernement ajoute deux euros de l’argent des contribuables.

D’ici 2018, sept parcs éoliens seront opérationnels, au total près d’un milliard d’euros de subsides. Ce qui risque d’alourdir considérablement la facture du consommateur. Pourquoi les ménages, y compris les plus pauvres, doivent-ils  financer le coût des subsides versés aux entreprises d’énergie éolienne qui font des bénéfices ? Le bonheur des actionnaires privés fait le malheur de la société, tel est la devise du libre marché. Cette logique est injuste, c’est au contraire aux épaules les plus solides de supporter les charges les plus lourdes.

Power to the people

Si nous voulons réellement lutter contre le réchauffement climatique, il importe de convertir notre approvisionnement énergétique rapidement et à grande échelle. Il faut résorber les énormes bénéfices du nucléaire, qui sont actuellement injectés dans les sièges de GDF Suez & co, et investir dans la production d’une énergie durable.

Sur le plan technologique, c’est tout à fait possible, surtout si on coopère à l’échelle européenne. Ceci dit, dans chaque état membre les possibilités sont bien plus grandes que les misérables 10 % d’énergie verte actuellement produite.

À la place d’un libre marché chaotique, nous proposons une approche planifiée, ciblée et démocratique. Notre société doit pouvoir choisir librement le secteur énergétique qu’elle veut pour l’avenir : un secteur durable et démocratique. Voici donc notre programme pour une révolution verte.

5 principes rouges pour la production d’une énergie verte : durable et sociale

  • 1. Une société publique d’énergie pour une électricité verte abordable

Il est temps de prendre notre avenir en main. Les bénéfices faramineux engrangés par Electrabel & co doivent être résorbés et investis dans la production d’énergie durable. Le gouvernement pourrait très bien créer une société d’énergie nationale qui investirait dans les parcs éoliens, la biomasse à petite échelle, la géothermie et l’énergie solaire, et fournirait cette électricité verte à la population directement et à bon prix. C’est ce que nous entendons par durable et sociale.

Pour assurer un contrôle démocratique, le conseil d’administration ne serait pas nommé politiquement, mais démocratiquement élu par les consommateurs, et il serait également composé de représentants des organisations de défense de l’environnement et des syndicats. Les citoyens auraient un droit de parole et toutes les assemblées seraient publiques et retransmises en direct sur internet.

  • 2. Démanteler le marché du CO2

Plutôt que d’acheter de l’air propre à l’étranger, le gouvernement doit élaborer un  plan d’équipement national, prévoyant des investissements dans une production (durable), ainsi que le développement de lignes haute tension et une capacité de stockage d’électricité verte. Pour cela, la priorité doit être donnée aux gens et à l’environnement, et non au marché et aux gains des entreprises énergétiques. C’est la seule manière de réduire les émissions de CO2 de ce secteur.

  • 3. L’électricité verte ne peut être reprise dans le prix de distribution

Plutôt que de répercuter le coût des subsides des panneaux solaires sur tous les consommateurs, nous estimons que c’est aux épaules les plus larges de supporter les charges les plus lourdes.

⁃ L’électricité verte ne peut être reprise dans le coût de distribution facturé au consommateur, c’est à Electrabel & co de payer.

⁃ Les grands parcs de panneaux solaires doivent être soumis à un audit. La rentabilité de chaque parc doit être évaluée, quant aux subsides versés aux parcs existants, ils doivent être limités et plafonnés. On pourra de cette manière mettre fin aux subsides excessifs versés aux milliers de grands parcs de panneaux solaires.

⁃ Les petits propriétaires de panneaux solaires ne seront pas touchés. L’indemnité instaurée par le gouvernement flamand pour les petites installations doit être abolie.

  • 4. Investir dans l’isolation

L’énergie la moins chère est celle qu’on ne consomme pas. Nous proposons donc un programme d’isolation à grande échelle, principalement tournés vers les ménages les plus pauvres. Nous voulons appliquer le système du tiers payant pour l’isolation, les chauffe-eau solaires et chaudières de chauffage peu énergivores. Les coûts de la rénovation seront avancés par le gouvernement, cet argent sera récupéré par la suite grâce aux économies sur la facture d’énergie.

  • 5. Aménagement de réseaux de chauffage urbains

Le système des réseaux de chauffage urbains pour le chauffage des habitations, pour le chauffage de l’eau sanitaire et des serres et, à l’inverse, pour le refroidissement, est une technique éprouvée, efficace et mise en avant par l’Europe également. Ces réseaux de chauffage peuvent être alimentés grâce à la chaleur résiduelle des industries, des incinérateurs de déchets ou de la production électrique. Cela permettrait de mettre fin au gaspillage d’énergie dans le secteur de l’énergie et l’industrie. On pourrait également travailler à la production d’électricité renouvelable avec des pompes à eau.

Si vous désirez en savoir plus, nous vous invitons à lire l’intégralité du programme climat et énergie du PTB-go!.