L’accord entre l’Union européenne et Chypre ne prépare que de nouvelles crises plus graves encore : en Slovénie, avant de nouveau l’Italie, voire la France et la Belgique. (Photo PEO)

L’imposture de l’Union européenne

David Pestieau

« Cet accord met fin aux incertitudes concernant Chypre et la zone euro », nous assure Jeroen Dijsselbloem, le nouveau président des ministres des Finances de la zone euro. Pour cette phrase répétée un nombre invraisemblable de fois « un accord mettant fin aux incertitudes », l’Union est mûr pour entrer dans le Guiness Book des records !

Le scénario est quasi invariable : un pays plonge dans la crise, un domino vacille et une foule de personnes haut placées pointent les errements spécifiques de la politique économique suivie par ce pays.

Prenez Chypre. On découvre soudainement que cette île est un paradis fiscal pour laver l’argent sale, une économie qui repose trop sur le secteur bancaire. Sous-entendu : les Chypriotes se sont mis eux-mêmes dans les problèmes.

Mais qui les a encouragés ? Le FMI a loué Chypre jusqu’en 2008 pour sa croissance soutenue au-delà des 3 %, son faible chômage et sa dette publique faible (50 % du PIB)1. La Commission européenne n’a jamais attaqué la faible imposition chypriote des sociétés. Puisqu’elle-même prône la concurrence fiscale et sociale comme modèle économique.

Aujourd’hui, les mêmes imposent un plan de restrictions dramatique à Chypre : le PIB de l’île devrait reculer de 15 %, le chômage exploser et la dette monter à 140 % du PIB.

Ou prenez l’Irlande. La Commission a vanté pendant des années le modèle celtique et ses facilités fiscales. Avant qu’il n’implose en 2010. Avec un plan de 85 milliards d’euros assorti de plans d’austérité. Avec une chute des revenus de 17 %.

Ou prenez la Grèce. La non-récolte de l’impôt serait « un mal grec », mais la non-imposition des riches armateurs grecs n’a jamais été un problème pour la Commission2.

L’Union européenne n’a pas d’autre politique industrielle que celle du soutien au développement des multinationales.

Toutes ces dénonciations a postériori de dérives spécifiquement nationales cachent l’imposture de l’Union européenne elle-même.

Tous ces pays sont déséquilibrés par l’Union. Qui n’a pas d’autre politique industrielle que celle du soutien au développement des multinationales. Résultat : le développement inégal des régions, avec en temps de crise économique, des fermetures qui pleuvent comme à Ford, ArcelorMittal, Duferco ou Saint-Gobain.
Pire, ce déséquilibre est amplifié par l’union monétaire : les pays de l’Europe du Nord comme l’Allemagne ont pu exporter vers les pays du Sud. Qui se sont endettés en important massivement. Ce qui a détruit leurs industries nationales.

Or, absolument rien n’a été fait depuis 2008 pour arrêter cette politique d’inégalité et de concurrence, même si elle plonge toute l’Europe dans la récession.

Aussi cet « accord » ne prépare que de nouvelles crises plus graves encore : en Slovénie, avant de nouveau l’Italie, voire la France et la Belgique. Aussi la population de Chypre, de Grèce, du Portugal, d’Irlande ou… de Belgique sont devant le même défi : résister à l’austérité, aux fermetures, au gel salarial. Contre cette Union européenne du profit. Et pour une Europe de la solidarité et de la coopération. 

1. Cyprus, Staff Reoport fort the 2011 Article IV Consultation, FMI, 3 novembre, 2011• 2. Épisode raconté dans Comment osent-ils ?, Peter Mertens, Aden, 2012, p. 92.