Des jeunes ont été sanctionnés à Anvers pour avoir lancé, sur une voiture d’un agent de police en civil, des ...boules de neige. Les grands fraudeurs diamantaires, ou Mittal, qui poussent des familles à la rue ? Ils ne risquent pas, eux, d’être condamnés. (Photo Dwayn)

La démocratie des boules de neige

David Pestieau

Dans le Sud de la France, des policiers sont venus chercher une fillette de 5 ans à la cantine scolaire car ses parents n’avaient pas payé les repas. Chez nous, des jeunes ont été sanctionnés à Anvers pour avoir lancé... des boules de neiges sur une voiture de police en civil.

Les grands fraudeurs diamantaires ? Acquittés. Encore deux la semaine passée. Impunis, comme cet homme, un des plus riches au monde, qui a pu décider de jeter dix mille familles liégeoises à la rue. Exactement comme la famille Ford l’avait fait au Limbourg.

Pour ceux-là, pas de prison, pas d’amendes, pas de procès-verbal, pas même de sanctions administratives communales (SAC). Mais pour les lanceurs de boule de neige, pour ceux qui ne savent plus payer leur repas de leurs enfants, la police est au poste.

Comme l’a dit Peter Mertens, le président du PTB, à la réception anversoise du Nouvel An : « Les jeunes doivent pouvoir être jeunes, et de temps en temps jeter une boule de neige. Sans avoir l’épée de la loi au-dessus de leur tête, avec une sanction administrative à la clé. Les jeunes doivent pouvoir être eux-mêmes, et aussi écouter la musique qu’ils veulent. Sans que le grand chef leur assène que le hip-hop conduit à la criminalité1. Les jeunes doivent pouvoir aller ensemble au parc, se promener sur une place sans que la police les considère comme une nuisance. Les jeunes ont le droit d’avoir un avenir, un boulot décent dans une Europe ravagée par le chômage. »

" Les jeunes doivent pouvoir être jeunes, et de temps en temps jeter une boule de neige. Sans avoir l’épée de la loi au-dessus de leur tête, avec une sanction administrative à la clé".

Dans la zone euro, le chômage des jeunes atteint 22 %. En Espagne, en Grèce ou dans certains quartiers de Bruxelles, même de plus de 50 %. L’Organisation internationale du travail (OIT) pointait récemment le nombre grandissant de jeunes en décrochage complet – pas d’emploi, pas d’enseignement, pas de formation : 12,7 % dans les pays européens, un jeune sur huit !2

Or nos dirigeants politiques se plient aux lois de l’ordre économique, ils se résignent à ce que la nouvelle génération soit une « génération perdue ». Ils préfèrent la présenter comme un groupe à activer, une charge, une source de problèmes. Voire même à une menace potentielle. Ils ne croient pas à la capacité des jeunes à construire un avenir où ils peuvent travailler, vivre ensemble, se détendre. Car sinon, ils changeraient d’urgence les lois.

Ces lois qui sont parmi les plus libérales d’Europe en matière de licenciement. Ces lois qui poursuivent les victimes de cette crise, les chômeurs, en leur diminuant leurs allocations. Ces lois qui permettent à monsieur Mittal de faire 5,8 milliards de profit en quatre ans, de payer seulement 1,4 % d’impôt et de pouvoir s’en aller sans crier gare, en brisant d’un trait de plume l’avenir de toute une région.

C’est une urgence démocratique de changer ces lois. Et d’empêcher que ceux d’en haut ferment la bouche à « ceux d’en bas » qui se lèvent pour ce changement : des lanceurs de boules de neige aux chanteurs de hip-hop, des jeunes qui veulent un meilleur enseignement aux travailleurs qui luttent pour leur avenir et celui de leurs enfants.

1. Allusion à Bart De Wever qui avait fait le lien entre le style de musique écouté par les jeunes et leur prétendu « comportement criminel » dans une récente carte blanche au Standaard (voir Solidaire du 24 janvier) • 2. Echo, 23 janvier 2013

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